20.06.2008
Mardi c’est rêverie

C'est foot-u
C’était un mardi, au cœur d’un printemps fuyant sans même s’être présenté. Ce jour-là, les foules sentimentales autrefois chantées par les radios s’étaient prises à rêver d’un idéal fait de cris et de filets. Elles s’y sont longuement cramponnées caressant le souhait de voir le carton chimérique se réaliser pour extirper cet idéal de sa cage d’espoir.
C’était un mardi, la presse avait maquillé les cris et les crises de bleu, de blanc et de rouge pour bercer les oreilles en mal de buts. Les maillots bleus étaient passés et repassés sur les écrans qui craignaient, les uns comme les autres, qu’ils ne fassent pas un pli. De fil en aiguille, le système de jeu était détricoté, les spécialistes se tiraient la bourre et les sponsors tissaient les désirs de crochets bénéfiques tout en croisant les doigts pour que les jacquards en herbe ne filent pas du mauvais cotton.
C’était un mardi où la Terre ne fut jamais aussi ronde que des deux côtés des alpes. Le coq et la botte planchaient sur le jeu en triangle ou en losange pour optimiser les chances de mettre la tête au carré à leurs voisins respectifs. Carrés, chacun espérait que les pieds adverses le seraient afin que le ballon rond soit exclu de la sphère et que le rectangle vert puisse offrir quelques vibrations victorieuses.
C’était un mardi pendant lequel Vingt-deux hommes en uniformes, musclés et transpirant se battaient pour un morceau de cuir. Émis du fond d’un fauteuil, de la bouche d’une admiratrice ou d’un admirateur passionné par ces ébats footeux, insultes et cris de jouissance tapissaient l’ambiance nocturne des terres romaines comme des airs gaulois. En pleine partie de jambe en herbe, sous les respirations suaves et les tapes viriles, un corps frappé du coq pris par l’arrière un athlète azuréen venant brisé l’étreinte tout juste entamée. Cette main mal placée fit virer cette rencontre au rouge poussant le partenaire d’un soir à rouler sa bosse et à se glisser sur la touche. A peine remis de la perte de sa force, le fatalisme français vit le romantisme italien embrassé les filets prenant, par la même occasion, le dessus du tête-à-tête. Les minutes se succédaient, le rythme des corps était dicté par les Italiens qui n’hésitèrent pas à remettre le couvert et à transpercer les petits bleus une dernière fois. Le sifflet vint transporter les Italiens au sommet de l’orgasme direction les quarts pendant que le coq déplumé dut se contenter de son simple car, sans baiser ni regard mais avec une bague au doigt pour l’éleveur.
C’était un mardi en Suisse entre France et Italie. Les foules sentimentales sont venues, ont vu et parfois même vaincu. Le temps d’un jour, les yeux et les cœurs étaient tournés vers les théâtres modernes où se jouent des pièces sans scénario mais aux spectateurs en nombre. Le sifflet, remplaçant du bâtonnier, a laissé tombé le verdict. Des rêves se sont envolés, des espoirs confirmés et des nuits écourtées. Le petit bleu range son maillot humidifié convaincu que les demains seront chantants, la mama italienne affiche son sourire et observe les rues valsées au son des klaxons avant que la vie reprenne. Tracas et joies de l’existence ressaisissent les rennes du jeu, ni sifflet ni carton ne seront capables de les suspendre éternellement.
C’était un mardi où l’Italien triomphant n’avait pourtant ni short, ni crampons mais seulement ces quelques mots :
Panem et circenses
Elbe
Source de l'image: madeinitaly-asso.fr
Article publié sur le web Etu de Lyon 2 section point de vue
15:24 Publié dans Notre époque | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : foot, domenech, france, italie, défaite, pas grave
21.01.2008
Service+Pub : le hic

Une époque en chasse une autre laissant ses souvenirs sur une bribe de son temps. La bribe de l’Homme préhistorique était une caverne et un silex, celle du moyen âge courrait les parchemins, les hiéroglyphes étant celle de l’Égypte antique avant que les lumières laissent l’encyclopédie comme bribe du savoir de leur temps. Chaque époque à sa mémoire et son support. Q’en est il de nous ? Nos souvenirs bégayent sur une pellicule, mesurent entre trente secondes et une minute trente, sont ponctués par une bande sonore plus ou moins réussie et s’achèvent sur un slogan pompeux ou efficace. Nos hiéroglyphes sont donc nos publicités. L’époque coloniale possède son Banania, la mère Denis a fait vibrer les ménagères et le Yop a fait sourire les cours d’écoles. Traces du temps et de la pensée d’un monde, la pub a traversé les mutations de l’âge moderne s’adaptant comme tout bon communicant à l’air du temps.
De l’air, voilà ce que le président de la république française a promis le 8 janvier 2007 au service public audiovisuel. Fini le temps de la pause café pendant qu’on nous vend Grand mère, les chaînes publiques seront théoriquement débarrassées de la publicité qui au-delà du devoir de mémoire sont aussi les empereurs de l’audimat. Plus des messages à caractère publicitaire, une rengaine de gauche en passe d’être cannibalisée par la droite… une de plus me direz-vous.
Cette suppression est réclamée depuis des années pour enrayer la course à la ménagère de moins de cinquante ans, afin de permettre la prise de risque et la réintroduction de la culture sur les télévisions bénéficiant de la redevance. 2008 est donc l’année de concrétisation de ce qui était jusqu’alors qu’utopisme. Pourtant la lutte entre Idéal et réel semble déjà s’accaparer du débat.
Dressons un bref récapitulatif de ce que représente la case pub dans le jeu de France télévision. Mis bout à bout nous dégustons trois heures de publicités journalières et permettons ainsi l’apport de quelques deniers à la maison de Monsieur De Carolis au point que l’Etat doit envisager un système pour récupérer les quelques 1.2 Milliards d’€uros que perdrait France télé en cas d’ amputation.
Idéal ou réalité, dur de trancher. Il est vrai que Baudelaire est moins séduisant que les tribulations du FBI, Mots Croisés moins palpitant qu’un show présenté par Daniela et donc moins accrocheur pour un annonceur qui rêve d’un temps de cerveau disponible. L’idéal serait d’emmener la Culture et la pensée dans les maisons hexagonales au risque d’aller contre courant avec la garantie de ne pas subir une baisse des recettes parce que la consommation n’est pas en accord avec le culte des lettres. L’audimat, ange et démon du monde hertzien, fait la pluie et le beau temps de façon beaucoup plus flagrante qu’Évelyne Déliat. Pour cela, si la publicité reçoit le baiser de la mort de la République, il se pourrait bien que les auteurs du passé et les penseurs de demain reçoivent l’accolade des nouveaux venus dans ce monde qui les a boudé. Nous sommes enlacés dans l’idéal et si le confort y est la réalité a laissé la porte entrouverte et les courants d’air nous rappellent par un frisson que tout n’est pas si facile.
Plus de publicité mais une multitude de risques pousse dans le champ hertzien. De la culture en prime time face aux lamentations des châtelains ou au martinet de la super nourrice, évidemment, mais comment éviter ARTEification qui satisfait les fins passionnés du savoir mais excluent ceux qui n’en sont pas les plus adeptes. Service public, deux mots liés pour une mission qui est celle d’enrichir spirituellement une population de façon la plus large possible. Or, serait-ce une mission de service public que de satisfaire les érudits et de fermer la chaînes aux manants du savoir en soif d’apprendre qui cherchent ne serait ce qu’une petite place au comptoir pour siroter un cocktail de savoir. L’idéal voudrait que la télévision soit un recueil de thèse aux sensibilités saisissables par l’ensemble de l’auditoire, la réalité a tendance a relativisé le capital culturel qui n’est pas aussi homogène que dans les esprits vertueux. Les savoirs sont divers et le service public a pour mission d’en partager le maximum avec pour ambition de donner l’envie de la connaissance sans pour autant faire passer cette culture comme étant un douloureux parcours du combattant. Un service public de l’élite est antinomique et il n’est point utopique que de voir la culture comme séduisante.
Autre problème et non des moindres celui du financement de l’audiovisuel public. Financer trois heures de programmes supplémentaires tout en palliant la disparition de la publicité est un casse tête économique très délicat dans le cadre du pouvoir d’achat qui, pour sa part, aurait bien besoin d’une petite campagne de pub. Quelques pistes évoquées ces derniers jours mèneraient à une taxation des publicités émises sur les chaînes privées ainsi que sur tous les appareils de communication(ordinateur, portables etc.). Des propositions qui se font entendre comme un coup de massue dans les oreilles du téléspectateur et consommateur pour qui la suppression de la publicité serait dans un premier temps un bénéfice mais qui pourrait plus tard lui offrir un certain déficit. Sur ce plan financier l’Union Européenne n’a pas dit son dernier et semblerait peu goûter à la taxation du privé pour des fins du service public.
Idéal ou réalité et si la réponse se situait au milieu. Plus de publicité sur le service public a un coût que les Français ne sont peut être pas enclin à payer car déjà assez préoccuper à se serrer la ceinture pour consommer ce que ces mêmes pub leur vendent. Plus d’écran publiciatire c’est aussi faire dépendre le service public d’une seule ressource financière celle de l’Etat, ce qui pourrait entraîner à long terme une certaine dépendance vis à vis des pouvoirs en place qui seraient les seuls juges en matière des moyens à attribuer aux chaînes radio et télévisions du service public. La publicité est dans notre époque, dans nos rues, nos revues ou encore lors de nos surf virtuels pourquoi serait-elle bannie du service public si elle est tolérée ailleurs… laisserait-on quelque chose de dangereux hors du service public ? C’est ainsi que nous pouvons imaginer nous diriger vers une solution hybride, à la manière de canal+, où les écrans publicitaires n’auraient droit de cité qu’entre onze heure et dix huit heure afin de permettre l’obtention de quelques deniers et de dégager les primes et les programmes jeunesses des exigences de l’audimat. Entre l’idéal de la suppression et la réalité du marché pourquoi ne pas espérer le mariage des déçus pour en faire une sorte de noce de la réconciliation ?
Idéal ou réalité à en croire Le Canard enchaîné du 18 janvier il s’agirait plutôt de réalité. Une réalité susurrée par Alain Minc, membre du CA du quotidien Le Monde et conseiller officieux de Monsieur Bolloré patron de divers médias comme direct 8, qui a proposé cette suppression tant espérée par les chaînes privées envisageant déjà des retombées économiques agréables. Prenons l’exemple de l’entreprise Bouygues qui depuis quelques temps connaît des difficultés financières notamment avec sa filière télévisuelle, TF1, qui rencontre une baisse d’audience entraînée par l’arrivée de la Télé Numérique Terrestre. La suppression des écrans publicitaires sur France télévision permettrait aux télés privés de récupérer les investisseurs déchus du service public et pourquoi pas d’obtenir une seconde coupure pub pendant les films. Enfin, selon certains spécialistes cette décision serait bénéfique pour l’industrie de la presse qui a son tour verrait ses recettes publicitaires grandir sensiblement. En fin de compte, cette réforme du service public est une fabuleuse manière d’étouffer un idéal de gauche, de rétablir les finances d’un industriel à la dérive disposant d’un grand nombre de cerveaux disponibles, de relancer une presse en difficulté économique , en somme nous avons à faire à un stratagème habile qui pourrait toutefois amener à la privatisation d’une chaîne du service public. Toutefois cette dernière hypothèse n’est pas du goût des chaînes privé qui craignent l’apparition d’un concurrent supplémentaire sur le marché publicitaire. La privatisation étant dans l’Idéal de droite nous nous retrouverions très vite dans une autre tension entre réalité et idéal.
Finalement nous pouvons dire que les motivations de cette réforme, peu concertée, s’inscrit bel et bien dans une réalité mais pas forcément celle d’une mission de service public. Juste une question en guise de conclusion, est ce le courage des dirigeants ou la publicité qui fait la qualité des programmes ?
Affaire à suivre…
Elbe
22:45 Publié dans télévision | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : pub, télé, france, 2, 3, carolis, sarkozy
31.08.2007
Fantasme d'avant l'aube

Pendant un mois je lui fus fidèle et me suis réveillé à ses côtés. Pendant un mois elle m’inspira soupirs et silences embrumés. Elle, femme aux yeux cernés et à l’image déformée par les parades politiciennes et communicantes, m’a dirigé et suivi dans l’expérience du travail estival. Je l’avais croisé dans ces spots de propagande pendant le temps de l’élection Mister ou Miss Présidence 2007, je l’avais fantasmé dans les livres, je l’avais imaginé et ignoré au quotidien croyant qu’elle ne me voudrait jamais comme amant. 30 jours d’étreintes et de fatigue avec elle m’ont donné la leçon de cette France qui se lève tôt.
04H00 du matin, mon portable dernier cri, essoufflé depuis un an, éveille mes sens lorsqu’il se met à hennir sa mélodie criarde et tristement quotidienne auto proclamée clairon moderne du LTFE (Lève-Toi Fainéant d’Étudiant). Désappointé, je donne une légère impulsion sur la touche « Arrêt » et dresse mon corps face à l’aube. Les cheveux se querellent, forment des épis, se divisent entre les plats et les volumineux, les rebelles et les rangés et soudain mettent en scène l’expression « avoir les cheveux en bataille ». Me voilà donc, à 4H02 du matin, chargé d’une mission de casque bleu capillaire sans même être encore ravitaillé. Ne coupons pas les cheveux en quatre, le réveil est difficile et il y a bien que cette masse de poils en guise de couvre chef qui trouve la force d’agiter les molécules d’air de ce matin à peine né. Quelques quarts d’heure s’écoulent, le corps étouffé par les odeurs de la nuit sent à présent la noix de coco de supermarché, les cheveux portent leur armistice en bandoulière, l’haleine pâteuse est devenue goutteuse, le tout sous des yeux cernés mais motivés : je suis fin prêt à rencontrer cette dame qui n’a pas manqué de promotion mais peut être un peu d’attention.
La France qui se lève tôt porte un long manteau de silence malgré les relents citadins des rues qu’elle peut traverser. Le bitume respire, quelques oiseaux viennent perturber la collecte d’apaisement urbain et parfois un engin mécanique déboule, sans aucune mesure, passant devant la lumière rouge du feu tricolore qui rêve encore du cinémomètre qui lui a tenu compagnie l’autre soir. Seuls les bruits de mes pas se font redondants. Le contact de la semelle et du goudron est régulier et lourd mais demeure unique invité de cette croisade avant l’aube. Gêné par mon culot de briseur d’harmonie je préfère m’accompagner de mon MP3 et de son bruit artificiel garant des repères nécessaires à moi, modeste étudiant diurne par habitude. Cette France là ne gène personne, nous susurre parfois la sérénité du matin au point de toucher l’angoisse de la tranquillité et de la solitude que la France d’après 8 heures fuit.
La France qui se lève tôt porte mille et un visage. La main de fatma croise la croix qui elle-même salue la kippa puis le Bouddha. Elle est de sang mêlé et ne se gène pas pour s’emmêler. Un grand canevas de différences pour une France qui se lève tôt unie. L’union des cernes sans doute puisque les yeux gonflés se croisent, ne brillent pas mais semblent porter les mêmes désirs d’oreiller. Les âmes dévalent à travers le métro, le bus, les trottoirs et toutes ont la tête aux rêves et les jambes au travail. Certains se donnent la force en allant travailler à deux, d’autres cherchent à stimuler leurs méninges à l’aide d’un roman de gare ou bien de la dernière étude des rêves qui sait… la France qui se lève tôt paraît s’occuper pour oublier l’appel de la couette.
Parmi tous ses habitants, cette France là compte ce vieil ouvrier qui bat ce rythme de l’aube depuis une trentaine d’année bien sonné se nourrissant des rêves futurs d’une retraite méritée, il y a cette infirmière qui à peine réveillée se rappelle que les soins et la mort ne connaissent pas de répit, il y aussi ce petit patron qui s’est levé tôt pour régler des papiers et réfléchir sur un bilan déficitaire, ou encore cette jeune femme maquillée comme une voiture volée au décolleté et à la jupe flashy qui rentre chez elle après avoir couvert de pas le dancefloor et de baisers son Jules, on peut y voir ce sans abri tendant déjà la main pour nous rappeler que la misère existe, même sous le clair de Lune. Il existe encore tant et tant de visages que mon regard novice d’étudiant, ne saurait décrire dans son entité ce monde qui vit pendant que l’autre commence à s’étirer.
Cette France qui se lève tôt a vu tant d’encre coulée sur elle, qu’elle s’est sentie salie, trahie mais sûrement pas comprise. Il ne s’agit pas d’un monde un et indivisible, mais d’un espace aux multiples facettes qui se contredisent et font de l’autre une menteuse. Elle a flirté avec les déclinaisons électorales, occupé les pontons du mérite mais n’a jamais eu son image. Celle d’un monde tout ce qu’il y a de plus banal avec les cernes en plus. Là aussi les âmes sont déçues, là aussi les vacances ont la côte des grands champions, là aussi les convictions sont variées…bref cette France qui se lève tôt est la même que celle qui se couche tard ou qui fait la sieste : en manque de rêves mais en vie...
ELBE
15:55 Publié dans Témoin clandestin | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, témoin clandestin, france, qui, se, lève, tôt










