01.02.2008

Poche de résistance

      Nous sommes en 2007 après Jésus Christ. Toute la Planète est occupée par les communicants... Toute ? ... Non ! Un lieu peuplé par la solitude résiste encore et toujours à l'envahisseur. Et la vie n'est pas facile pour les Flux d’informations et de communiqués de presse retranchés derrière ces portes closes.

À l’heure où les papiers glacés vivent de l’illusion du glamour, où le paraître domine le savoir-vivre, un lieu souvent raillé par l’Homme moderne semble connaître une renaissance.

La société du troisième millénaire brille par un flux d’information non-stop, un règne des images sans partage et une glorification des statistiques menant parfois à une certaine déshumanisation des faits humains. De tels mécanismes amènent l’homme à s’exclure progressivement de la conception de sa destinée. Chaque fait étant étayé par une vérité statistique qu’il est très mal vu de contester, chaque impression pouvant être contredite par un fait divers diffusé un soir au cours du 20 heures, fait divers pas forcément plus justifié qu’une impression mais bénéficiant de la faveur de l’image. La pensée, elle, vit avec le handicap de ne pas savoir faire le spectacle. Il suffirait pourtant de la munir d’un short et de crampons pour faire de cette délicate entreprise un sport national renaissant. Face à ces turpitudes modernes, un lieu demeure poche de résistance : les toilettes.


Oh, entendons les chantres de la classe et du raffinement s’offusquer que l’esprit se retrouve cantonné autour d’un outil fait de marbre et recueil d’insalubrités. Il est sur qu’aborder ce lieu sous l’angle pragmatique ferait très vite impasse de la dimension spirituelle de cet espace clos pour se résigner à n’être qu’un simple champ de commodités. Pourtant l’âme et l’être vivent des instants spéciaux et psychiques intéressants dans cette zone bannie de la civilisation tellement vantée depuis quelques semaines. Affirmons-le, crions-le, expliquons-le : les toilettes sont une formidable poche de résistance.

Poche de résistance pour la presse écrite. Des revues aux quotidiens régionaux, beaucoup connaissent une deuxième vie coincés entre un rouleau tout juste déroulé et un canard WC prêt à picorer bactéries et saletés. Posé sur un carrelage pour les plus modestes, sur une étagère pour les plus fétichistes, ces journaux trônent, sans jeu de mot, comme les fabuleux bouffons de ce lieu où l’Homme est seul face à sa porte à défaut d’être face à son humanité. Alors il les saisit, les feuillette, esquisse un sourire au sujet d’une caricature bien sentie, s’interroge sur un sondage étonnant, parcourt les analyses profondes du dernier économiste au sujet du pouvoir d’achat et tant d’autres choses. Là où le calme et le silence relatif dominent, l’esprit pique et se nourrit des mots couchés sur ces revues étalées sur le sol que chaque mortel est un jour ou l'autre appelé à fouler.

Il est certains qu’il est plus romantique pour les créateurs de ces journaux d’imaginer leur lectorat au cœur d’une bibliothèque en train de feuilleter Le Monde 2 ou bien sur une plage en train de se plonger dans Elle. Loin de nous l’envie de couper les rêves de décor d’un rédacteur qui a bien raison d’imaginer un tel environnement lorsqu’il rédige ses chroniques. Il serait, en effet, assez dérangeant pour nous, yeux de ces plumes, de voir inscrit sur ces feuilles « vous qui êtes assis », « avant de finir ce que vous êtes en train de faire… », d’un coup nous passerions du spiritualisme à l’exhibitionnisme. Gardons donc cette mythologie des revues trônant dans les bibliothèques tout en préservant au fond de nous cette réalité : les toilettes ont sauvé la presse écrite et son économie. Un papier en chasse un autre.


Poche de résistance pour l’émancipation de l’Homme. Forcément ces termes nous amènent immédiatement au temps des Lumières où le savoir était une arme et la condition sine qua non de cette émancipation humaine. Depuis, les secondes ont coulé sous les ponts du temps, l’espèce humaine est plus ou moins émancipée, le savoir est une arme parfois en manque de munition et l’esprit paraît être en proie avec une certaine uniformité. Cette uniformité se traduit par le besoin irrémédiable de notre époque de tout rendre plus rapide, plus spontané laissant à la lenteur une sépulture sur le coin de la route. Que nous soyons entre amis, devant un poste de télévision ou l’oreille collée à la radio, tout se zappe, tout s’enchaîne sans même que le fond ait pu être caressé. C’est notre temps, la rapidité est devenue l’ennemi de l’ennui et le temps le toréador de l’Homme ce qui rend nos pensées superficielles et nos raisonnements, parfois, simplistes. Pourtant qui n’a jamais été confronté, en plein milieu d’une conversation, à un silence plus porteur que les mille et unes phrases prononcées les minutes précédentes ? Dans ce lieu, que nous glorifions depuis quelques paragraphes, nous sommes seuls face à notre pensée et nous avons l’occasion, rare, de prendre notre temps. Un conflit familial, une engueulade entre amis, un problème professionnel, tant de situations qui nécessitent calme et solennité dans la méditation afin de ne pas se hâter et compromettre un avenir qui se jouerait sur une fugace réflexion. Cet endroit peut donc aussi s’apparenter à une poche de résistance pour la condition de l’Homme et au retour de la pensée individuelle au sens noble du terme. Évidemment, il existe des situations, des trublions pour nous rappeler que le temps presse, que le trône se partage, dans ces cas d’urgence détendu et en paix (!) spirituelle répondez, sans sourciller, « Silence, je pense ». Et comme vous le savez, tout le monde pense…

Si Louis XIV avait fait de cet espace une sorte de repère de la Jet Set contemporaine, aujourd’hui les Hommes fuient cette cour pour se retrouver seul, construire sa pensée et se recharger avant d’affronter l’agitation d’un monde extérieur qui finira bien par un jour à déloger ce bastion de résistance.

Elbe


PS : Cette chronique est évidemment caricaturale et ne dispense pas d’offrir la pensée à l’espace public



26.01.2008

Et pourtant elle tourne...


Le sens inverse pour sens unique
Tout verse par essence dans le cynique
Vertige d’un aller-retour sans équilibre
Vestiges aléatoire d’un monde qui s’enivre
Livré aux délicates mains du hasard
Le globe impuissant ne jugule plus aucun bazar
Les contraires s’attirent et s’ajournent
Et pourtant elle tourne, et pourtant elle tourne

Photographie d’une ère pacifique
Figure d’une ahimsa mélancolique
L’écureuil a croqué la colombe
L’ombre d’un répit résigné aux catacombes
Comble d’un air de paix au goût de poudre
Les ailes atrophiées observe un rêve se découdre
Les armistices se signent et s’ajournent
Et pourtant elle tourne, et pourtant elle tourne

Mélodie d’une terre étouffée
Sombres notes aux portées essoufflées
Les entrepreneurs entonnent leurs refrains
Pendant que les artistes échelonnent leurs emprunts
Depuis que les mesures sont rentabilisées
La clef de sol s'est subitement volatilisée
Les chants du vague à l’âme s’échappent et s’ajournent
Et pourtant elle tourne, et pourtant elle tourne

Feuillets timidement raturés
Les plumes continuent à s’aventurer
Les yeux fuient les courbes encrées
Préférant les courbes plus élancées
Les maux brillent en image
Magie d’un silence qui hante des pages
Alchimie d’alphabet qui se couche et s’ajourne
Et pourtant elle tourne , et pourtant elle tourne

Romantisme d’un billet nocturne
Glissé par la passion de l’amant
Mensonge d’une époque taciturne
L’amour se paraphe même pour un temps
Les plaintes de Cyrano de Bergerac
Furent évincées par les bergers du CAC
Le cœur compte ses profits et s’ajourne
Et pourtant elle tourne, et pourtant elle tourne

Al ednor ud ednom edoré’s
Noisoré nu’d spmet tnavitluc ses sedopitna
Emsigollys ed secnaivéd ellenretipmes
Emsigolli emmoc etaciléd ellenruotir
Euqahc erè etrop ses secirtacic
Al emulp esserac sel secidneppa
Sel sirc tnetnom te tnenruoja’s
Te tnatroup elle enruot, te tnatroup elle enruot


La ronde du monde s’érode
Érosion d’un temps cultivant ses antipodes
Syllogisme de déviances sempiternelles
Illogisme comme délicate ritournelle
Chaque ère porte ses cicatrices
La plume caresse les appendices
Les cris montent et s’ajournent
Et pourtant elle tourne, et pourtant elle tourne


Elbe

Même si le monde a parfois l’air de marcher à l’envers, l’avenir reste le nôtre. À nous d’en construire le sens.

 

Si vous voulez vous mettre les idées à l'endroit il vous suffit de surligner l'espace après la dernière [cata]strophe. Comme quoi c'est simple le sens... il suffit de le trouver.