05.07.2008
L'essence pas chère: mode d'emploi

Pistolet sur la rente
Non, les yeux ne deviennent pas une annexe de Julien Courbet, Zorro du PAF et nouveau pensionnaire du service public, pas d'inquiétude! Cette note est juste pour nos amis automobilistes - qui évidemment font attention de ne prendre leur voiture qu'en cas de nécessité et non par plaisir cela va de soi - afin de leur indiquer un site Internet répertoriant les tarifs de l'essence dans différentes villes de France. Ainsi, vous pourrez comparer et aller au plus profitable!
Amis pinces c'est par ici
Elbe
PS: Les yeux vous informent que si vous vivez à Lyon et qu'une station essence est plus avantageuse dans le Vercors, il ne serait pas inutile de réfléchir au véritable gain économique d'une telle opération avant de faire le déplacement...
Source de l'image: payetonblog
17:02 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : essence, pas cher, zagaz, total, gdf, tipp, 2008
04.07.2008
Des chiffres et des êtres

Echecs et maths
Dominer n’est pas gagner, mais l’Homme est-il là pour gagner ? Toujours est-il que depuis ses premiers souffles terrestres il s’obstine et s’obsède à vouloir dominer son pareil, sans doute avec le discret espoir de ne plus être « un parmi eux » mais devenir « lui au-dessus de ceux ». La scission dominants / dominés a fait les pages de l’Histoire, elle a pris les peuples par la gorge ou par la main les a attirés vers les chemins révolutionnaires, poussé dans les sillons de la désillusion et ce souvent en même temps.
Dominer est une raison d’être pour l’humanité qui n’a cessé de trouver des astuces et des outils à l’art du mépris. Cachés sous les traits de la monarchie divine, légitimé par la bonté des guerres, noué avec ses chaînes au fond d’une cale, l’Homme a longtemps regardé en face son œuvre assumant le jeu du plus fort, les vœux des moins morts. Pendant des siècles, les yeux de l’âme humaine furent mouillés ou sublimés par l’ambition des uns et l’humiliation des autres. L’Homme assumait sa dualité crue comme inévitable, les puissants cultivaient la puissance, les oubliés culminaient dans les oubliettes.
Puis la lumière vint. Elle parlait d’émancipation, de liberté humaine ou encore d’égalité. L’Homme a voulu y croire, il bâtit des rêves, détruisit des haines, façonna une société où le pouvoir pourrait être au peuple honni et pourtant déjà aimé des grecs. Les sociétés modernes poussèrent les premiers cris, firent naître des esprits, de l’intérêt et de l’instruction sans pour autant éliminer l’aspiration à la domination de factions qui passèrent par delà les rêves, au-dessus des idéaux et qui s’adapta aux évolutions et à la voix populaire. Les idéaux et la réalité sont basés sur un équilibre précaire, le pragmatisme des dominants, lui, demeure le caméléon insaisissable de tout temps, s’adaptant aux formes pour faire jaillir, à l’insu de tous, son fond.
Époque moderne et démocratie rêvée ne pouvant laisser place aux chaînes de l’esclave, ni à l’invocation d’une légitimité divine, il fallait aux joueurs d’humanité un cheval de Troie de confiance pouvant séduire les marges comme la masse. La nouvelle donne est en effet d’être discret aux yeux du citoyen afin qu’il demeure convaincu d’être le maître, le décideur tout en arrosant d’essence la flamme ambitieuse du flegme dominant toujours rampant. L’outil est né de l’Histoire, a parcouru les époques, suinte la révolution et fut même récupéré par les penseurs de la fin du XIXème siècle. Il peut être rondouillard, raide, courbé, serpentant, il reste crédible droit dans ses côtes et source d’une légitimité autrement plus palpable que l’instrument des spiritueux et peu scrupuleux monarques de droits divins. Le troisième millénaire n’a d’yeux que pour le chiffre et ses calculs.
Pas une page d’un hebdomadaire, pas une rage sur cette terre oublie de porter la muse des temps actuels. L’arithmétique se fait une nouvelle naissance redécouvrant l’essence du positivisme sans pour autant éviter l’inflation insensée et sans raison. Le chiffre compte dans la société et la réciproque brille encore plus dans les débats de notre nouvelle ère. Tout se mesure, tout se dénombre et rien ne semble être en mesure de fuir les calculettes de notre planète. Du militant activiste au politicien arriviste aucun n’oserait se déplacer sans son cabas chiffré au risque de passé pour un cabot lettré. Les ponctuations verbales se font au rythme de « hausse », « fluctuation », « plus value » ou « opinion favorable » le tout se dégustant au prix de « déciles », « médian » ou « courbe exponentielle ».
Ce n’est pas LE chiffre qui fait le monde et les discours mais le monde et les discours qui font LES chiffres. Nombreuses sont les variances qui entourent le monde chiffré. D’abord nous avons les données formelles, factuelles, issu d’un constat et d’une mesure répondant à des critères scientifiques. Ainsi la violence devient un taux sur la personne, un pourcentage de vol, la politique du logement revient à évoquer la proportion d’habitants sans habitat, la situation du travail quant à elle se mesure au nombre de chômeurs disparus. Les données se succèdent et se battent pour obtenir le sceau de transcripteur du réel pour ressurgir au milieu de la soupe, au travers d’un communiqué ou d’un flash d’information – communication – pour agiter les spectres de la vérité sous les minois médusés de badauds sans chiffre ni boulier, convaincus jusqu’alors qu’ils vivaient dans un monde différent.
Heureusement pour que la solitude du doute s’efface aussi rapidement qu’est apparue la vérité, l’armada des calculs rapplique avec l’avis de l’Autre vivant sur la pallier d’à côté ou à quelques milliers de kilomètres. Monsieur Jean devient CSP et Madame Lopez se glisse dans les habits de la convoitée Ménagère de moins de 50 ans. Les méninges et les mains de la production statistique s’activent pour saisir la sensation, l’impression ou même l’ignorance de ces âmes errantes à travers le pays, pour pouvoir ensuite nourrir la gourmandise sondagière du petit écran. La qualité de l’avis s’est fait botter par la quantité de l’envie de mesurer, peu importe si la question sonne creux dans l’esprit du sondé l’essentiel étant que ses mots deviennent chiffres qui deviendront à leurs tours rois de l’information. Le monde de l’information parle un langage binaire présumant, à tort, que toutes ses oreilles sont polyglottes.
Le monde mange à la table du chiffre. Les nappes sont propres, les cartes explicites et les dorures de l’enceinte encouragent la confiance. Sur la porte séparant la salle des cuisines est inscrit, dans la plus soignée des calligraphies, « interdits aux visiteurs ». On entend quelques verres cassés, des ordres plus ou moins clairs mais l’image est absente. Comme tous les grands cuisiniers, les faiseurs de chiffres gardent les secrets de la composition et feignent la transparence. Nul ne doute que sur sa table de travail gisent nombre de cadavres et d’épices sacrifiés pour obtenir les résultats souhaité par celui qui les a commandés. Au restaurant du chiffre, celui qui commande n’est pas forcément celui qui paiera l’addition mais c’est en revanche l’un des seuls qui gardera le sourire au moment de la digestion. Avant de partir, le monde au ventre gonflé s’étire et admire la chorégraphie des serveurs qui ignorent tout des plats et qui ont renoncés depuis un moment d’en comprendre les subtilités. Ces derniers brillent par leur agilité et leur talent pour mettre en valeur les créations de leur patron, eux l’image du lien présumé entre la salle et la cuisine. Comme depuis la nuit des temps, les chefs cuisiniers ont entre leurs fourneaux l’avenir du monde. Cependant en ce siècle, les goûteurs se comptent par millions et même en cas d’indigestion, ils savent qu’ils devront finir l’assiette devant le regard complaisant des toqués de cette ère.
Elbe
Source de l'image: molteze
16:50 Publié dans Notre époque | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : gourmandise, dictature du chiffre, science, 2008, stats
22.06.2008
François Fillon: l'imposture

Trouvez le bon Fillon?
Vous trouvez que l'ambiance hexagonale est morose? Vous versez dans une forme de défiance face à l'ensemble des représentants politiques? Vous avez l'impression que les décisions du gouvernement en place sont coupées de toutes réalités? Détrompez-vous, vous vivez dans un pays délicieux. La sinistrose est à son comble, les polémistes en font leurs choux gras et les feuilles de choux courent après les scoops alors que l'ironie, à elle seule, est présente pour nous redonner le sourire, l'espoir.
Macadam est le premier "Journal de rue" d'Europe, soit un journal vendu 2 € par les sans-abris qui touchent 50% de cette somme. Les sans-abris ont, à plusieurs reprises, été mis à la une de l'actualité grâce au concours d'associations comme Les enfants de Don Quichhotte ou encore Droit Au Logement. Pourtant, les suites des promesses faites par le gouvernement semblent se faire attendre, à tel point que nous sommes menés à nous demander que fait François Fillon premier ministre de son état. La réponse est ci-dessous
L'ironie n'est-elle pas savoureuse?
Elbe
Source de l'image: Nouvelobs.com
Capture faite sur Florentlyon.free.fr
Remerciement à Bounette pour avoir acheté le journal (et les génériques au nom de la SECU)
Publié en une du post.fr
16:10 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : fillon, imposture, macadam, street journal, 2008, ironie
21.06.2008
L'Europe dépeuple...

The European Dream?
Voilà une semaine que l'Union Européenne vit quelques secousses intrinsèques à la démocratie puisque nées du vote Irlandais rejetant la ratification du traité de Lisbonne, faussement nommé "simplifié". Depuis cette expression populaire, les discours sur l'immobilisme futur ou sur l'incompréhension du projet Européen par les peuples ont la côte dans les médias et les couloirs de Bruxelles. Le NON serait source de maux insurmontables pour une Union Européenne en crise institutionnelle qui approcherait, du fait de son nombre, une incapacité structurelle à faire des choix. Et pourtant...
Et pourtant le mercredi 18 juin 2008, l'immobilisme semble avoir été mis de côté et avoir laissé place au fabuleux pragmatisme européen pour un sujet d'affichage et de racolage très à la mode dans les droites Européenne: la "régulation" des flux migratoire. Ainsi, 267 Euro-députés ont décidé d'approuver la "directive retours" contre 206 opposants et 109 abstentionnistes. C'est donc une nette majorité qui se dégage autour de cette directive. Quelles dispositions contient cette dernière?
Sa volonté est d'imposer un socle juridique commun aux 27 pays composant l'Union Européenne au sujet de la politique d'immigration et notamment d'expulsion des sans papiers. Actuellement, pour le cas français, une personne ne peut rester plus de 31 jours dans un centre de rétention et les mineurs y sont interdits, théoriquement. Dans d'autres pays, la durée de rétention est quant à elle indéfinie ou bien possible jusqu'à 18 mois en Allemagne.
La directive "Retours" a donc pour objectif d'harmoniser l'Europe sur cet aspect de la politique. Est prévu d'autoriser la détention dans un centre de rétention pendant la période maximum de six mois voire de dix-huit mois en cas de coopération difficile avec la personne en situation irrégulière ou bien avec le pays d'origine, ce qui représente une partie élevée des cas traités en France par exemple. Cette directive prévoit en outre la garantie d'un recours, l'assistance médicale et linguistique pour toutes personnes se retrouvant en situation d'expulsion. En ce qui concerne le cas des mineurs et des conditions d'incarcération dans les centres de détention, le texte voté mercredi 18 juin prévoit en ultime recours et pour une durée la plus courte possible l'admission d'un mineur dans un centre de rétention.
Il est important, par soucis d'honnêteté, d'indiquer que la spécificité d'une directive Européenne est celle de laisser libre aux États d'adapter ce texte en fonction des lois et des particularismes qui régissent le pays. A l'heure actuelle, Brice Hortefeux s'est engagé à ne pas augmenter le délai maximum de détention dans les centres français. Toutefois, l'adoption de mercredi 18 juin 2008 ouvre une possibilité de prolongement des temps d'incarcération qui inquiète des élus de gauche et des ONG, telles que RESF, qui ont rebaptisées cette directive la "directive de la honte".
Si cette directive peut être vue comme plutôt positive pour les pays ne disposant pas, jusqu'à présent, de limites temporelles d'incarcération ou de règles liées à l'assitance médicale et linguistique, certains élus regrettent ce compromis qui ne va pas assez loin dans la réduction du temps de rétention et qui couronne surtout une vision répressive de l'immigration et de la gestion des sans papier qui gagne du terrain en Europe. Le regret majeur est l'absence de toutes directives visant à participer au développement des pays pauvres qui parait être une solution beaucoup plus efficace pour l'Europe mais surtout pour les voyageurs de la misère qui viennent sur le vieux continent pour survivre et fuir des situations politiques et économiques désastreuses. Cette directive "Retours" semble introniser de façon européenne la solution des centres de rétentions comme réponse inéluctable aux questions liées à l'immigration illégale évinçant du débat public les questions de co-développement.
Pour conclure, nous pouvons mettre en parallèle les propos de Brice Hortefeux qui a annoncé le jeudi 19 juin 2008 de manière triomphante l'augmentation de 80% des expulsions de sans-papiers du territoire français. Une politique du chiffre et de l'idéologie qui met la république française dans une situation délicate sur le plan de l'étique puisqu'il demeure humainement peu soutenable d'associer dignité républicaine et jouissance statistique quand nous évoquons des drames humains, quelques soient les justifications.
Pour sortir du cadre juridique et statistique de cette question des centres de rétentions, les yeux interdits vous proposent de télécharger l'émission en deux partie de Daniel Mermet (diffusée le 19 et 20 juin 2008 sur les ondes de France Inter) consacrée à la vie de tous les acteurs liés de près ou de loin au centre de rétention de St-Exupéry (près de Lyon). L'angle humain et la réalité ne peuvent être niés...
(clique droit, enregistrer-sous)
Elbe
Source de l'image et des émissions: la-bas.org
12:54 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : directive, recours, immigration, humanité, expulsion, co-dévelopement, 2008
10.05.2008
Devoirs de mémoire

"Un paradis raté est pire que l'Enfer"
Aimé Césaire (1913 - 2008)
10:29 Publié dans Notre époque | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : césaire, mémoire, abolition, esclavage, 2008
C’est l’histoire…

Le colon nié
C’est l’histoire d’une perpétuelle prise d’otage
Qui n’a cessé d’ensanglanter des pages
Le conte de France a la couleur de ces sols
Violés et tués sans même qu’on leur aient offert un linceul
C’est l’histoire de ces pères, de ces mères et des ces enfants
Bordés par la haine pendant bien des temps
Ce drapeau imposé aux regards meurtris
Le bleu et le blanc précédaient le teint rougi
C’est l’histoire de l’Homme qui se mutile
Asservissant les siens en les rendant serviles
Une hiérarchie dictée par la haine
Les colons devinrent les geôlier de la peine
C’est l’histoire des âmes souillées
Des ailes d’une démocratie rouillée
Passive face au dictat du bénéfice
Le monde étouffa ses propres fils
C’est l’histoire de cet hémicycle
Laissant la honte aux esprits amnésiques
Napoléon est devenu fierté nationale
Léon, lui, pleure encore son père mort comme un animal
C’est l’histoire de la fuite de sincérité
L’Homme tourne le dos à sa vérité
Après avoir poignardé l’Humanité en face
Si c’est les cas des livres, la mémoire collective, elle, rien n’efface
C’est l’histoire d’un passé renié
De vies et d’espoirs éternellement sacrifiés
Demoiselle repentance fuit la vieille dame colonie
La marieuse France évite qu’elles ne deviennent amie
C’est l’histoire d’un fier pays
Persuadé qu’il faut occulter un hier pour un aujourd’hui
D’un pays qui veut que le temps oublie ses racines
Afin que le présent ignore le passé pour être digne
C’est l’histoire qui repousse le progrès
L’envol de millions d’esprits semblent demeurer désuet
Les médecins de la république cachent les cicatrices par un rôle positif
Tout en criant au scandale face au progrès de l’intégration devenu chétif
C’est l’histoire d’une génération qui aime un pays
C’est l’histoire d’un pays qui a banni des vies
C’est l’histoire d’un pays et d’une génération qui cultive le mensonge
C’est l’histoire sanglante des colonies qui, hélas, n’a rien d’un songe.
ELBE
En ce jour de célébration de l'abolition de l'esclavage, espérons que nous regarderons ensemble l'histoire pour en construire une autre plus glorieuse. Ni victime, ni coupable juste honnête.
(Source de l'image: fotolia.com)
09:30 Publié dans bribe de vers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : colonie, esclavage, abolition, 2008
09.05.2008
Portraits de bancs
Amphibien au réveil
Dans le monde estudiantin, il existe une dimension peu commentée par ses acteurs comme par ses spectateurs. Est-ce par corporatisme ou bien lassitude que peu de chercheurs se sont penchés sur une étude anthropologique du sanctuaire universitaire et de ses habitants : l’amphithéâtre et les amphibiens.
Amphibiens quelle dénomination étrange me direz-vous ? Pourtant il arrive à cette communauté de coasser de ci de là, de sauter de place en place ou encore de se laisser submerger par des marres aux eaux douteuses. Derrière les portes closes de ces lieux, empruntant leur nom aux scènes de théâtres antiques, vit un monde aux logiques internes méconnues qui se forme autour de peuplades insoupçonnées. Essayons d’entrer sur ces terres inconnues au cœur du savoir et, à la manière d’un Weber, dressons les idéaux-type de cet univers.
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L’amphibien d’avant-garde
L’amphibien d’avant-garde sévit sur les premiers rangs de l’amphithéâtre, en contact quasi fusionnel avec l’orateur détenteur du savoir universitaire. Si près de la source qu’une fascination terrible semble le captiver, clouant ses yeux aux lignes pendant que la plume transforme les bruits de mots en calligraphie soignée, appliquée retranscrivant à la virgule près les moindres évasions professorales. Parfois, la tête se lève et apprécie les traits du minois de l’enseignant, qui se font et se défont à mesure des propos énoncés. La moindre esquisse d’un sourire ou d’une moue dubitative pourra être interprétée comme un signe d’une nuance que les futurs historiens retrouveront, dans quelques années, gravée dans le marbre à interlignes de cet étudiant minutieux.
L’amphibien d’avant-garde possède une spécialité que bons nombres de ses confrères et consœurs rêveraient de faire leur. Nul autre que celui-ci ne serait capable de déclamer les hiérarchies de cours de cette façon. Du grand I au petit b en passant par les sections numérotées ou bien alphabétisées rien ne peut perturber la marche des sous-titres et des paragraphes dans l’esprit de cet amphibien. Selon une légende étudiante, certains maîtres de conférences se laisseraient même guidé par l’habitant du premier rang dans ce florilège organisationnel. Le savoir est une arme au sein d’un régiment structuré.
Cette douce espèce a pourtant un défaut. Il ne s’agit ni de la soif intellectuelle, ni d’un rejet primaire du « mythe du premier rang », non. Le seul problème de cet amphibien d’avant-garde est que l’ensemble de ses congénères ne peut le reconnaître que de dos…
L’amphibien Web 2.0
Difficile de localiser cette frange d’amphibien. Dans un langage typiquement informaticien, nous dirions que nous sommes en phase de « Work in progress ». Effectivement, l’amphibien Web 2.0 est en marche et ne semble pas déterminé à arrêter son expansion. Il se remarque aux cliquetis incessants de son clavier azerty. Autrefois l’amphibien n’était qu’un homme tronc pour le professeur, aujourd’hui face à cette espèce il ne perçoit qu’un espace rectangulaire où quelques cheveux dépassent et derrière lequel les regards se cachent. Impossible pour lui de deviner qui sont les cancres, qui sont les bosseurs cachés derrières ces pensées USB.
A vrai dire, cet amphibien est en lui-même très divers. Parfois, seul le traitement de texte a le droit de cité, les pages blanches se noircissent s’effacent et se juxtaposent comme tout étudiant de toutes époques. Cependant la « tentation de Wifi » aime à agir sur l’amphibien en proie au décrochage du cours magistral. Elle se manifeste généralement par un simple détour sur une boite mail hébergé généreusement par la faculté. Puis elle revêt l’habit d’un lien dans un courrier qui prend alors la main et l’esprit estudiantin pour s’en aller dans les méandres virtuels, pendant qu’autour de lui la réalité passe au-delà de quelques arobases ou autres slash.
D’autres se laissent plus facilement séduire par la muse « MSN » qui clignote, wizz et lol pendant des heures. Étranges spectacles pour le voisin, pas branché à l’univers extérieur, qui se penchant sur l’écran pour compléter ses notes se retrouvent face à une petite tête jaune lui titrant la langue impunément. Smiley is watching you.Cet amphibien garde le contact avec les réalités extérieures mais a aussi la particularité de transformer un regard étudiant en mime parfait du moustique qui, attiré par lumière, ne parvient plus à se décrocher de ce cadre lumineux, fenêtre sur une intimité arrogante avec la curiosité.
L’amphibien confident
Celui-ci, est un locataire de la discrétion. Hors de question de vivre sous les lumières de l’enseignant, inenvisageable de se poster à une distance où l’ouïe du professeur pourrait être caressée par un chuchotement pourtant délicat. L’amphibien confident vit donc dans l’anonymat de quelques bruits en aspirant à la tranquillité du divan universitaire.
Cette espèce a pour particularité de vivre en meute. Souvent collés les uns aux autres, le regard vif fixant, en alternance, la chair et le cher confident. Le silence, bien que relatif se retrouve nappé de quelques chuchotements, ricanements et même parfois excentricités liées à quelques aventures surprenantes.
Combien de crises conjugales, de fous rires réparateurs, de soirées surprises, de débats endiablées eurent lieues grâce à cette communauté amphibienne qui n’est pas avare en mot tout comme en maux. L’amphibien confident est un tissus social extensible qui va de bancs en bancs, de sourire en tracas avec toujours le même entrain. Toutefois, même après moult réformes, il semblerait que le projet de mettre en place une UE Libre « confidence en amphi » demeure caduque et chaque potin est condamné à son sort d’être un anonyme pouvant faire échouer un avenir malgré ses fonctions salvatrices. Savoir ou dires, il faut choisir.
L'amphibien ludo-interdisciplinaire
Derrière ce nom étrange à particule ne se cache pas la noblesse universitaire mais sans doute l'espèce faisant preuve de la plus grande maestria en matière de camouflage. Flanquée de part et d'autres du terrain de jeu, les yeux scrutent les horizons comme le mirador guette les hordes ennemies, tout étant affaire de vigilance et de réaction. Vigilance pour ne pas s'attirer le courroux du grand maître orateur et réaction pour mettre sous silence tout élément suspicieux aux yeux de ce même grand maître. Être Ludo-interdisciplinaire ressemble avant tout à une vocation. On ne s'improvise pas réellement comme membre de cette caste. Être Ludo-inderdisciplinaire nécessite le port constant d'un journal gratuit que ce soit dans une besace ou sous un bras, cet élément est le centre du concept développé par l'espèce en question. Une fois la source en main, il est important de noter que l'intérêt ne se situe pas dans les brèves d'actualités mais dans les dernières pages de recueil d'informations légèrement traitées. Le Jeu voilà le vice de cette frange d'amphibien, aucun ne peut résister à l'appel d'un mot fléché ou d'un Sudoku bien placé. C'est plus fort que lui, le stylo frétille, l'attention se porte sur ces pages au papier de qualité moindre et les méninges s'agitent. Au tableau peuvent défiler sciences cognitives ou thèses bourdieusienne, ses côtés peuvent être accompagnés d'un râleur ou d'une intellectuelle de qualité rien ni personne ne fera oublier l'idéal littéraire ou chiffré de la logique du jeu. Cet amphibien est généralement né dans les bas-fonds lycéens, au dernier rang d'une classe entre une leçon de math et un cours sur Socrate, le vice est bel et bien né en même temps que le bachelier.
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La liste pourrait s’étendre encore et encore tant les personnalités se mêlent dans ce lieu d’universalisme et de culture avant tout. Nous pourrions vous parler de l’amphibien plaisantin, de l’amphibien révolté ou encore de l’amphibien philosophe. Les logiques interractionnistes, fonctionnalistes et structurelles au sein de la communauté amphibienne mériterait un semestre à elles-seules. En attendant les générations futures se cultivent et se découvrent entre deux pages de savoir, certains finiront par faire de vieux os ensemble, d’autres resteront des souvenirs mélancoliques ou heureux mais l’essentiel aura été que, le temps de quelques années, les esprits d’ici et d’ailleurs se soient croisés et enrichis sans conditions… pour combien de temps ?
Elbe
PS: Ceci est caricatural, nous ne sommes pas que des jeunes glandeurs mais la sphère sociale d'un amphi est importante non? Si vous voulez-vous aussi décliner les portraits de notre temps... n'hésitez pas.
(Source de l'image: licencephoto.com)
Article publié sur le web Etu de Lyon 2 section point de vue
12:35 Publié dans Notre époque | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : fac, amphi, amphibien, 2008, université
03.05.2008
Tournée générale du Net (semaine du 28 avril 2008)

Mai 2008: sous les pavés, toujours l'addage
Bienvenue chez les cht'inois
Martine Bulard, journaliste au Monde diplomatique, revient sur la situation tibétaine et les erreurs, ou preuves de mauvaises foi, qui ont depuis quelques semaines les portes ouvertes de tous les journaux français sans même que l'indignation ne pointe le bout de son nez. Dans son article, la journaliste réfute l'idée d'une histoire sino-tibétaine comparable à un conte d'enfant où les bons lutteraient contre les mauvais. Découvrez les nuances et la complexité en contre feux de débats calibrés pour le petit écran.
En vert et contre tout
Cette semaine, Libération revient sur débuts de Dominique Voynet au poste de Maire de la Ville de Montreuil. Après plusieurs années de règne communiste, la responsable écologique prend ses marques et constate l'ampleur du travail qui l'attend à la tête de ses nouvelles fonctions. Tout commence par l'établissement d'un lien avec ses concitoyens. Récit.
Pas vu Papier
Le contre journal revient sur la question des travailleurs sans-papier en lutte pour obtenir une régularisation. Du côté de l'Elysée les vents sont troubles, face à l'hypocrisie d'Etat, reconnue par Brice Hortefeux sur les antennes de RTL, s'irrigent les promesses faites à un électorat de droite certaine voire extrême en matière d'immigration. Raison ou passion, passion ou raison la dure dichotomie du clientélisme face au rationnalisme agite les milieux gourvernementaux pendant que des milliers de sans papier contribuent à l'effort de la société par le travail et les impôts. Ces mêmes voient leur avenir réduit au présent, à un contrôle d'identité qui se transformerait en passeport pour un centre de rétention. Pendant que les idéologies s'agitent, les vies se perdent. Ecoutez les témoignages.
Y'en a même qui disent qui l'ont vu volé...
Ecolo de tous pays unissez-vous! Vous, nous, moi, un jour toucherons des cieux sans CO2, des rêves sans brûme et un monde qui aura pris de la hauteur. En attendant, Rue89 nous explique comment le téléphérique se pose doucement mais surement comme un possible concurrent aux autres modes de transport. Saisissant.
Big Berne
Depuis plusieurs années les politologues de droite français jubilent et fulminent sur le dos de la "gauche la plus bête du monde", valorisant l'arc en ciel Italien ou les mains d'Inox blairiste, sans modération, tout en criant à la réforme du Parti Socialiste - soit une invitation à penser comme la droite avec d'autres mots - avec passion. Aujourd'hui, l'Europe se trouve pas mal à droite et a plutôt mal à gauche. Avril ne te découvre pas d'un fil dit le dicton, pourtant la gauche s'est vite retrouvée à poil. Dévêtue qu'elle est par Berlusconi ou les Torries, c'est finalement sa face la plus bête du monde qui a remporté le dernier succès électoral, aux municipales. Peut être que la réforme commence par un clignotant à gauche. Pour le moment Londres est en big Berne.
Slam d'âme
Grand corps malade revient avec un nouvel album fait de proses et d'accompagnement musical. Génie pour certain, ennuyeux pour d'autres, le slam fait une percée remarquée depuis quelques mois, sans doute grâce à la forte activité de la scène hip hop en france. Les yeux interdits vous invite à découvrir Monsieur Souleymane Diamanka qui hisse le slam à un niveau supérieur que GCM, sans pour autant lui faire injure. Ecoutez, appréciez, slammez.
Elbe
(Source de l'image: Jpdubs.hautetfort.com)
13:24 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : slam, sans papier, hortefeux, 2008, mai 68, téléphérique, voynet
22.04.2008
Exister dans l'absence
Caméléon d'antan
Les yeux interdits vous offrent, une fois n’est pas coutume, une visite culturelle à travers des clichés surprenants faits par l’artiste Hollandaise Desiree Palmen.
Débutons cette visite par un retour sur nos hobbies enfantins. Vous souvenez-vous de ce jeu qui vous a passionné ou bien agacé répondant à un doux et pourtant éloquent prénom : Où est Charlie ? Combien de générations ont cherché cet Homme rayé de rouge et de blanc au milieu des foules, des animaux ou encore caché dans un décor improbable et tout ceci sans le millième du matériel des Experts ?
Imaginez à présent que Charlie devienne réel et hante nos environnements quotidiens. Des murs aux sols en passant par les bibliothèques, là où les caméras de surveillance fleurissent, une personne parviendrait à s’effacer sous les objectifs pour faire triompher l’anonymat au détriment du contrôle de l’image de l’autre.
Ce pari fou fut relevé par Desiree Palmen, artiste hollandaise née en 1963, qui structura toute une réflexion artistique autour de la transparence dans un monde de surveillance. Pour ce faire elle prit dans un premier temps des photographies de lieux ordinaires avant de dessiner à la peinture acrylique sur des vêtements tout aussi ordinaires des éléments des ces paysages pour que finalement, vêtue de ces habits, l’artiste s’inscruste totalement dans ces décors du quotidien. Ces oeuvres s'inscrivent dans le courant artistique de l'anamorphose.
Devenir la femme invisible dans un monde qui veut tout voir, voilà le résumé d’une démarche que l’artiste immortalisa sur des clichés que nous pouvons retrouver sur son site Internet ou bien dans le numéro du Monde2 (semaine du 11 avril 2008) où un dossier est consacré aux nouvelles méthodes de surveillance. Les yeux vous laisse découvrir ces clichés de transparence au cœur d’un univers où les observateurs sont aussi les observés et les complices également les victimes…
Elbe





(Source de l'image de Charlie: lelounge.ca)
12:50 Publié dans Notre époque | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : desiree, palmen, photo, surveillance, camouflage, charlie, 2008
17.04.2008
Départ du pays natal...

Aimez ces airs
« Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viet Nam une tête coupée et un oeil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées. de tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.»
Aimé Césaire,Extrait Discours sur le colonialisme,Réclames,1950
(Source des images: Camer.be)
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