03.04.2008

Une place pour deux

Premiers sinistres

      La guerre du pouvoir est une figure classique de l’exercice politicien et ce même en Sarkozie, contrée bâtie sur l’idéal de rupture, qui ne sut couper avec ces coutumes ancestrales qui font et défont les élites politiques sous un fond de lutte des places. La dernière mouture du combat politique met en scène François Fillon, Premier ministre coqueluche – temporaire ? – des sondages, et Xavier Bertrand, Ministre du travail accessoirement la bouille ronde souvent placée derrière le président.

Dans l’objectif de saisir les tenants et les aboutissants de cette lutte future, il nous semble nécessaire de faire un détour par la genèse du sarkozisme au cœur du Curriculum Vitae de ces deux personnalités.

Le 30 mai 2005 Jean Pierre Rafarin présentait sa démission provoquée par l’échec du traité constitutionnel européen. Jacques Chirac se trouvait alors face à la délicate mission de reconstruire un gouvernement capable d’estomper cet arrêt. Malgré les conseils de ses proches l’incitant à nommer Nicolas Sarkozy au poste de Premier ministre, le chef de l’Etat décidait de placer son chef de cabinet, Dominique De Villepin, à Matignon et demandait expressément au maire de Neuilly de réinvestir les locaux de la place Beauvau. Effet collatéral de ce remaniement, François Fillon perdit sa place de ministre de l’éducation nationale et se jeta par la même occasion dans les bras du Sarkozisme. En effet, de cette mise au ban va naître une volonté ferme de procéder à l’exécution de la Chiraquie et de récupérer l’honneur des postes qui lui fut retiré lors du remaniement. Ainsi, le député de la Sarthe participa activement à l’élaboration du programme de l’UMP et à la campagne électorale de Nicolas Sarkozy. Un tel investissement, qui plus est couronné de succès, fut récompensé par un poste de Premier Ministre.

Jusqu’ici nous pourrions croire que cet épisode de la vie politique s’apparente à la lutte de deux soldats qui parvinrent à faire choir le roi puis à se répartir les trophées de manière équitable. Or, la vie politique française n’est pas un de ces romans d’aventure livrant les clefs de l’intrigue dès l’incipit, au grand damne de certains politologues. Un troisième homme vient contrecarrer la route tranquille des deux protagonistes vus plus tôt. Une bonhomie certaine, un ton arrogant ou percutant selon ses interlocuteurs et une carrière politique atypique font de Xavier Bertrand un invité étrange du combat en Sarkozie. Juppéiste puis Villepiniste, sous lequel il fut ministre, il sentit très vite l’ère du sarkozisme arrivé et n’y résista que peu de temps. C’est grâce à ce flair qu’il accéda, durant la campagne présidentielle, au poste convoité de porte-parole du candidat Sarkozy. Poste qui l’exposa sur les plateaux télévisés et radiophoniques à tel point qu’il apparu rapidement comme un des visages de la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy. Son dévouement fut aussi récompensé par le poste délicat mais plein d’opportunités politiques de Ministre du travail. Parmi ces opportunités nous pouvons noter la réforme des régimes spéciaux que beaucoup de spécialistes jugeaient comme un premier test du sarkozisme. Xavier Bertrand parvint à faire passer cette réforme, en dépit de grèves et de quelques arrangements peu médiatisés, mais également à faire retourner la base syndicale contre les dirigeants de la CGT. Cette mise en difficulté de la CGT cheminot est un trophée politique qui compte dans l’air idéologique dominant depuis le 6 mai 2007. Un trophée qui, en politique, se doit de devenir une ressource pour une ambition personnelle. Cette dernière, Xavier Bertrand sait où elle se trouve et son regard fixe sur Matignon nous en donne une idée.

L’essor de ce concurrent premier ministrable n’a rien de rassurant pour François Fillon qui, avec l’aide de Jean François Coppé, tente de mobiliser, autour de son nom et contre l’avènement du ministre du travail, un grand nombre de députés. Coppé, Fillon et Bertrand voilà trois noms qui sont associés, dans l’hémicycle, au label « nés pour la politique » preuve d’une ambition peu cachée. Seulement sommes-nous face à une lutte entre deux Hommes ou bien en plein cœur d’un stratagème mené par le troisième homme, actuellement président de la république?

En effet, Nicolas Sarkozy ne goûte guère à la popularité de son Premier ministre qui ne fait que souligner le passage à vide présidentiel. De ce constat, en fin stratège politique, l’ancien maire de Neuilly a évalué les moyens dont il disposait pour enrayer l’envolée de son Premier ministre et rester le maître incontesté du navire UMP. Ce moyen se nomme Xavier Bertrand. En effet, le 27 mars dernier l’actuel Ministre du travail fut promu à la tête de l’UMP sous l’ordre de Nicolas Sarkozy. Une telle nomination a pour objectif d’asseoir la crédibilité politique de Xavier Bertrand, d’accroître son capital de popularité au sein de l’électorat de droite et d’appuyer son rôle dans la majorité et donc sa présence médiatique. Cette nomination, par cooptation, vise également à rappeler à François Fillon qu’il existe encore des éléments de substitution dans la botte sarkozienne qui pourraient être activés si l'ombre de Matignon devenait trop envahissante pour le reflet elyséen.

En fin de compte cette épopée politicienne ressemble cruellement à l’historique adage « diviser pour mieux régner »…

Elbe

(Source des images: lemonde.fr, farea.com, liberation.fr)

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25.03.2008

J.O. ou j’y vais pas ?

A nos menottes


      Le 13 juillet 2001 le Comité International Olympique (CIO) attribuait les Jeux olympiques d’été 2008 à la Chine. Ce fut alors un grand nombre d’interrogations qui investirent les milieux sportifs et politiques se demandant l’impact qu’aurait une telle manifestation sur la Chine mais également sur le monde.

Attribuer les olympiades à la Chine pouvait être vu comme un pari pour la démocratie reposant sur l’espoir d’une ouverture inévitable de ce pays pour accueillir athlètes, journalistes, organisations et politiques de tous pays. Cette désignation pouvait également être interprétée comme la conquête d’un marché économique au potentiel sans pareil sur la planète pour le marché du sport. Effectivement, quel domaine mercantile pourrait se priver d’une réserve d’approximativement un milliard de consommateurs ? Économique ? Sportif ? toujours est-il que la question demeure problématique aux regards du traitement de la presse, de la population, de la politique africaine ou encore de l’oppression du Tibet exercés par la pouvoir communiste Chinois. Les instances internationales, à quelques mois de l’allumage de la flamme olympique en terre Pékinoise, réactivent l’hypothèse d’un boycott de la manifestation. Une telle éventualité nourrit désormais les débats médiatiques, familiaux ou encore politique. Tentons de voir les tenants et les aboutissants de cette réflexion en elle-même sportive.

Dès la désignation de Pékin, des voix du milieu du sport se sont levées pour exprimer les craintes et les réticences qu’elles auraient à jouter dans l’arène du sport pendant que le pouvoir chinois capitaliserait sur ces exploits plein de sueur. La dimension hautaine des cercles politiques et institutionnels ont bien entendu très peu relayé ces revendications émanant pourtant du cercle des premiers concernés. Puis, le monde a commencé, continué, à s’intéresser à ce pays présenté comme futur acteur majeur des relations internationales et les affronts aux droits de l’Homme constatés ont nourri l’idée de boycotter les olympiades afin de marquer la protestation de la communauté internationale, toujours délicate à identifier, au régime chinois. « Des droits de l’Homme pas de jeux olympiques » s’écria le dimanche 23 mars 2008 un militant pour le Tibet, il verra les compétitions des idoles de muscles au fond de sa geôle pendant cinq années.

L’histoire des J.O. connut quelques boycotts en temps de guerre froide comme à Moscou (1980) ou à Los Angeles (1984). Des décisions rattachées au contexte politique de l’affrontement des deux blocs et notamment de l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS. Si un tel acte avait fait du bruit dans le monde politique et sportif, les effets ne furent pas forcément ceux escomptés et renforça, dans une certaine mesure, l’opposition bipolaire. Toutefois, la relation politique et olympisme ne se limite pas à ces démonstrations d’envergure. En 1936, au milieu de la sordide démonstration du nazisme , il y eut Jesse Owens qui arracha quatre médailles d’or et qui finit dans les bras de son adversaire allemand Lutz Long en plein cœur de l’avènement de l’Allemagne Hitlérienne. Quelques années plus tard, le testament du sportif allemand portera quelques mots pour l’athlète américain : «Après la guerre, vas en Allemagne, retrouve mon fils et parles-lui de son père. Parles-lui de l’époque où la guerre ne nous séparait pas et dis-lui que les choses peuvent être différentes entre les hommes...Ton frère. Lutz». Preuve que l’humain peut parfois faire triompher les valeurs que toute une organisation finement menée rêve de cacher. On se souviendra également de ces points levés de Tommie Smith et de Mexico 1968 autre contradiction apportée aux hommes et aux femmes reléguant le sportif à un être aseptisé comptant ses pointes et ses mètres sans jamais se poser en penseur sans doute en raison d’une incompatibilité présumée entre short et réflexion.

Boycotter Pékin 2008 aurait-il un impact sur la politique chinoise décriée actuellement ? Si un acte de boycott fera, sans nul doute, beaucoup parler dans les pays occidentaux, l’impact médiatique à l’intérieur même de la Chine risque d’être plus mesuré voire inexistant. Il nous suffit de voir le silence entourant les « débordements » qui ont émaillés la célébration de l’allumage de la flamme le dimanche 23 mars 2008 dans les médias chinois. Parler de Boycott c’est également parler d’une décision politique qui n’aurait de réel effet que si l’ensemble des grandes puissances mondiales, économiques mais également sportives, décident de concert ce boycott. Effectivement, si seule la France et l’Angleterre décident de ne pas participer aux olympiades de 2008, l’absence ne sera sans doute pas développée dans les journaux pékinois et le boycott passera par les voix du silence. Dans un tel contexte de maîtrise des moyens de communication, d’Internet aux journaux en passant par les télévisions, par le pouvoir chinois ne risquerions nous pas de tomber dans une manifestation entre bonnes consciences occidentales pendant que le gouvernement chinois récolte le prestige et la fierté populaire des jeux olympiques ? De plus, au moment où la société civile commence à s’organiser, de façon embryonnaire certes, un boycott pourrait être perçu comme une arrogance venue de l’occident et servirait plus l’union nationale derrière le gouvernement que l’émergence d’une réelle démocratie et liberté d’expression.


Pékin 2008 c’est l’occasion de découvrir un pays, une culture et une organisation encore méconnue par l’opinion publique. Pendant environ un mois, des journalistes du monde entier pourront aller sur ces terres pour tenter de comprendre et de saisir les pensées du peuple chinois, d’aller à la rencontre des activistes de la liberté et aussi, pourquoi pas, d’établir des liens avec cette population. Il va de soit que si un boycott peut entraîner des effets pervers, le travail des journalistes et autres sphères qui seront mener à intervenir doit bénéficier de la liberté de circulation et d’expression afin que ce soit une réalité qui soit retransmise et non celle du gouvernement chinois. En effet, depuis quelques mois ce dernier élabore la mise en place d’une ville fidèle à l’image que les occidentaux s’en font que ce soit au niveau architectural comme sociétal. Ainsi, rapporter des faits, établir des liens avec la population se doit d’être lié aux droits fondamentaux de l’Homme afin que chacun des acteurs qui aura à se confronter aux structures chinoises puisse bénéficier de l’assurance de pouvoir agir dans le sens de la réalité et de ne pas être contraint à devenir des complices à leur insu d’une démonstration de force.

Pékin 2008 donne rendez-vous au sport mais également aux défenseurs de la liberté du monde entier. Le réveil tardif des appelants au boycott, le silence des politiques de tous pays face aux dérives de la politique chinoise font que les mois précédents les J.O. sont perturbés et agitent, à juste titre, les questions autour de la participation à ces olympiades qui peuvent devenir symboles d’une puissance chinoise ou bien d’une puissance civile en éveil. Toujours est-il que c’est au peuple chinois de pousser les murs de l’oppression pour garder son destin en main. La communauté internationale, elle, ne peut que se présenter du côté de cette société civile, se battre pour les libertés mais n’a pas le droit de faire la révolution pour les autres qui pourrait avoir, comme effet néfaste, de détruire plutôt que de construire une réelle démocratie tirant sa légitimité du peuple. Espérons que drapeaux tibétains et droits de l’Homme feront une percée dans la Chine durant ses Jeux Olympiques mais aussi plus tard. Ce plus tard est dans les mains de la politique et se jouera au-delà d’une foulée, après les olympiades. Un bruit accompagne le Dalaï Lama et les opprimés de Chine, espérons que la flamme ne s’éteindra pas avec les prémices d’une liberté. L’oubli après la sueur serait sans doute le plus dangereux boycott du peuple chinois.

Elbe

(source de l'image: www.myfreesport.fr)

 

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24.03.2008

Je suis un quatre vingt sizard…

Y'a pas de Mai

      Alors que flonflons, serpentins hués et controverses accompagnent la célébration du quarantenaire de Mai 68, voici le cri d’un simple quatre vingt sizard vivant dans l’ombre des soixante-huitards.

C’est en 86 que je vis le jour entre la main de Dieu et la venue du pape sur les terres de Lugdunum. Mes premiers pas furent bercés pars les premiers cris du hip-hop, mes yeux se sont écarquillés devant les mangas du club Dorothée, la game boy devint mon Graal alors que Basile Boli caressait le cuir et donnait des vocations, plus ou moins brèves, a des milliers de petits quatre vingt-sizard comme moi. En fin de compte, ma génération fut comme celles qui nous précédèrent et celles qui nous suivront, c’est à dire lancée à la découverte du progrès et de l’avenir ringardisant les premiers pas de ses ancêtres qui ont, désormais, une teinte sépia. Pourtant nous aurions du le savoir, c’était inscrit. Nous qui avons flirté tant d’années durant avec le verlan nous sommes passés à côté du signe… 86 devenant 68. A cette vue nous aurions su que notre avenir était resté bloqué aux révolutions de nos parents.


Mai 1968 a quarante ans. Grand bien lui fasse. Quarante années c’est ce qui sépare un néo-travailleur de l’heure de la retraite, c’est au-delà de deux majorités et pourtant ce grand gaillard continue à draguer nos télés et nos journaux comme une star éternellement sur le retour mais rarement sur le départ. Il est vrai que cette célébrité a le droit de revendiquer une place dans nos mémoires. Que ce soit pour le dom juan moderne qui peut aujourd’hui se glisser dans le dortoir des filles sans avoir l’impression d’être un voyageur clandestin aux pays des rêves, ou pour la femme militante qui peut enfin crier ses pensées sans qu’on ne la renvoie en cueillir, des pansées, Mai 68 fut le coup pied au derrière des conservatismes et une belle accolade aux libertés. Pourtant mon âme de quatre vingt sizard est partagée entre reconnaissance et lassitude.


Ces derniers jours PPDA, Elkabach, Durand, Field et autres journalistes en tout genre refont les barricades. Bon évidemment, si Mai 68 a vieilli imaginez bien que ses prétendants ont, eux aussi, tâtonné avec le temps. Désormais les pavés sont des mots et les barricades des plateaux télé où le maquillage révolutionnaire fut remplacé par le fond de teint afin que partisans et opposants ne brillent pas trop devant l’œil courtisé de la caméra. Qu’il est drôle d’observer les en cravatés d’aujourd’hui se souvenir des incartades d’hier. Nos parents coincés dans le sofa sont plongés dans les yeux de Dany le rouge qui s’est un peu verdi voire orangé ou bien dans ceux de Balkany évoquant son passé de CRS anti- soixante-huitard. Ah, il faut les voir nos anciens revivre ses combats de jeunesse où tout était permis et où aucun mioche ne venait tirer sur leur pantalon pour aller préparer à manger. Ça fait quarante ans et pourtant leur souvenir ont, eux, été épargné par les rides. Nous, simples jeunes, regardons, tentons de comprendre et surtout comptons les points. Après tout, la nostalgie est une délicate mélodie même si elle est parfois passionnelle, tant que celle-ci ne met pas de l’ombre aux heures futures qui seront, elles aussi un jour, nostalgie.


Pourtant, les jours avançant Mai 68 semble conditionner encore et toujours le présent puis l’avenir d’une petite génération qui ne connaît pas la crise. Quand au moment de poser mon premier bulletin présidentiel dans les urnes de la république j’entendis un homme exhorter la foule à saisir l’héritage de Mai 68 pour le liquider, mon sang ne fit qu’un tour. Je me remémorra mes cours d’arithmétique 68 se trouvant avant 86 et le Littré rappelant que l’héritage est ce qui descend de quelqu’un ou de quelque chose, 86 serait l’héritage de 68, donc je serais le fruit de cet héritage donc il faudrait me liquider, puis je me souvins, rassuré, que j’étais aussi l’héritier de 67,69[…]81[…]85 et je pus respirer en espérant passer incognito derrière la boucle d’un neuf ou la barre d’un un, mais tout de même. Quelle drôle façon de faire que d’appeler les électeurs au vote et de demander parallèlement leur exécution.


Qu’est ce qui les attire tant dans ce fameux Mai 68 ? En parcourant mes livres d’histoire j’y vis le cadavre de Martin Luther King, les pas de l’oppression de Prague, les 1 100 victimes du tremblement de terre Iranien et compris que le romantisme ne fus pas seulement de la partie en 1968. Malgré tout ce Mai 68 fait toujours brunir les tempes grisâtres des anciens, refleurir leur regard devenu plein de routine et ravive leurs envies politiques d’ados, estompées certes mais pas forcément oubliées. Mai 68 c’est leurs heures de plaisir, d’engagement, de frétillement républicain. Leurs premiers coups de poing à valeur politique, leurs premiers affrontements avec les forces de l’ordre. Mai 68 c’est leur première fois en somme et comme de nombreuses premières fois, elle fut brève mais reste encore encrée dans un coin de leur tête.


Je suis un quatre vingt-sizard et observe les joutes verbales télévisées d’aujourd’hui avec amusements et craintes. Amusement car les romantiques et les perdants savent cultiver le verbe et poursuivent leurs querelles comme s’ils ne s’étaient pas quitter depuis le dernier jet de pavé. Mai 68 devient alors le vieil ami critiqué de la famille. Certains le regardent du coin de l’œil lui reprochant d’avoir une mauvaise influence, d’autres le flattent, le caressent et l’admirent pour son excentricité et enfin la grande majorité parle de lui sans ne l’avoir jamais trop côtoyer. Et moi, comme tout enfant retranché dans sa chambre pendant que les grands sont avec la vieille connaissance, je m’amuse de ces jeux de rôles.


Craintes face à la prédominance actuelle de ces anciens combats. Le temps paraît s’être arrêté, notre génération encore fébrile est montrée du doigt comme étant des pavés échappés des luttes parentales. Nous ne serions que le fruit de 30 jours et quelques poussières idéologiques. Réduit à un si court lapse de temps c’est douloureux, avouons-le. Nous, enfants de 1980, avons le droit seulement à un arbuste généalogique où les seuls fruits à grignoter seraient infects ou porteurs de l’âme de Belzébuth. Il paraît que 1968 a tué l’autorité. Peut être… sûrement même. Comment un père ou bien une mère peut représenter une figure d’autorité, de sérieux et de responsabilité quand ces mêmes minois ont été exhibés sur des photos jaunies parés de cheveux longs, de rires béats et auréolés de slogans libertaires. Imaginez la scène


      « - Gaston, met ton pull à l’endroit et fais ta jolie raie au milieu
           - Non, moi aussi je veux être les cheveux sales et le pantalon troué comme papa »

Forcément ça vous casse une réputation. Mai 68 n’a pas tué l’autorité, Konica si.


Je suis un quatre vingt-sizard et désire que mai 68 vive encore mais peut être de façon moins exclusive. Nous aussi voulons porter notre avenir, faire nos barricades, défendre nos libertés, chanter des slogans extrêmes que nous regretterons peut être un jour, se construire des albums de souvenir que nous regarderons avec nos enfants moqueurs voire dépités, être pris pour des petits arrogants aux revendications irréalistes par ces adultes qui ont rangé leurs rêves au côté de leurs projets. Pour certains nous sommes peut être un simple héritage que nous pourrions comprendre à la seule lecture des testaments rangés dans les livres souvenirs qui emplissent les rayons des libraires depuis quelques semaines, hélas pour l’analyse facile il en est tout autre.


Nous sommes une nouvelle génération qui ne connaît mai 68 que par les voix aux nez pincés des journalistes d’antan, par l’évocation émue de nos profs d’histoire, par les contes de ces pages que nous lisons avec intérêt et par tant de relais de mémoires essentiels à la survie de l’Histoire. Nous sommes une génération qui sait également tirer des leçons et qui a compris que jouir sans entrave se fait avec un préservatif, qu’il est interdit d’interdire mais que rien n’empêche de réfléchir et qui a fait tant d’autres adaptations des idéaux de nos ancêtres à cette époque qui est la nôtre car nous savons que l’idéal est toujours à construire.


A tous ces pères, toutes ces mères, tous ces vieux oncles, tous ces spécialistes voyant en nous le rejet de leur manifestation j’aimerais leur dire que nos pas vont dans le sens de l’avenir, que ceux-ci souhaiteraient eux-aussi pouvoir faire des erreurs sans que vous ne vous croyiez, par narcissisme ou inquiétude, les responsables de ces égarements. Non, je suis un de ces quatre vingt-sizard qui vivent aujourd’hui avec des rêves futurs dans une société que nous ferons avec nos révolutions ou encore nos résolutions, pas sans vous… ni sans nous.


Merci à Dany et à ses compagnons pour les avancées conquises au cœur du printemps de soixante-huit, à présent c’est à nous. Il y a quelques années NTM nous susurrait « le monde de demain nous appartient »… ce monde de demain c’est aujourd’hui. Bienvenue en 2008, vous accepterez bien un petit tour du propriétaire ?


Elbe

PS : Savez-vous qui est née en décembre 1968, héritière directe de ce mois de mai ? Une certaine Carla B aujourd’hui acoquinée à son pourfendeur, comme quoi il n’y a pas que dans les Disney que l’amour réconcilie les paradoxes, même si celui-ci ne fut pas très loin.

 (Source de l'image: www.casafree.com)

Article publié également sur agoravox.fr et repris sur Voila.fr catégorie opinion

13.03.2008

United colors of Municipales

Orange au désespoir

 

      L’Homme politique est un peintre. Depuis dimanche, les leçons artistiques s’enchaînent dans la lucarne, le poste ou les journaux. Tout serait une histoire de couleurs, de nuances et de combinaisons. Tentons d’analyser les teintes restantes sur la palette démocratique.

Sur la partie gauche nous avons un dégradé progressif du rouge au rosé voire légèrement orangé. L’artiste est partagé entre plusieurs conceptions graphiques. Soit il privilégie le percutant, le tape à l’œil afin de mettre en avant les tourments de son âme en appuyant le rouge, soit il envisage une nuance du cri en mêlant ce rouge fougueux à un rose encore un peu pâle et dispersé mais donnant au coup de pinceau une once nostalgique rappelant les fondamentaux de ce courant. Une troisième voie, plus affiliée à l’art moderne, semble également faire son chemin dans le cortex pictural. Celui-ci privilégierait une fusion rosée et orangée pour offrir une dimension plus moderne et nuancée aux choix précédents.

L’orange est une question qui perturbe les teneurs du pinceau démocratique. Pour saisir les subtilités qu’impliquent ce choix nous serons tenter d’extrapoler. L’orange est aussi un fruit. Jusque là, la révélation demeure limitée mais faisons un détour par les logiques maraîchères et poétiques afin de mieux cerner les logiques de la vague orange. Souvenez-vous d’un repas de famille. Imaginez-vous à la gustative étape du dessert quand votre petit cousin prend l’hasardeuse initiative de vouloir presser son orange pour en faire du jus. Enthousiasmé par cette alchimie enfantine il presse son fruit et à la joie, certes mesurée, de la petite famille toutes les convives ont le droit de goûter aux projections fruitières. L’orange c’est comme ça, elle ne peut rester à une seule personne, elle est obligée de se coller à l’entourage comme un impérialisme ayant peur de tomber dans la solitude et au fond d’un verre. Cette conception, le peintre la connaît et sait qu’il faut mélanger l’orange pour lui offrir une existence malgré les convictions de cette dernière qui se voit comme reine, car l’artiste n’ignore pas qu’une reine sans royaume est un fruit sans arbre : il donne envie mais le cueilleur se méfiera de cet isolationnisme. Une fois cette caractéristique définie, le teinturier de la toile politique a la lourde tâche de trouver la couleur légitime du mélange. Si par audace il serait tenté de caresser les roses courbes situées sur la gauche de la palette, la réalité poétique est parfois bien plus stoïque. Qui a oublié les vers d’Eluard déclamant que « la terre est bleue comme une orange » et qui peut contester ce lien des mots dressé par la plume de l’immortalité poétique. Le peintre prendra peut être le risque de rosir l’orange mais au fond de ce mélange règnera toujours une molécule bleutée évadée dans le jeu de gamme picturale.

Bleu, de ce côté il y a moins de divergences. Le maître peintre a récemment réuni les foncés et les clairs pour les faire glisser en ordre derrière le pinceau autoritaire et parfois illusionniste. Il est vrai que parfois la droite de la palette s’agite, se disperse et s’éclate mais face aux amours colorés des autres foyers ,ces gammes bleutées se retrouvent pour que la toile n’ait pas les joues trop rosée et ne manque pas de quelques bleus à l’âme. Aux dernières nouvelles le maître peintre se ferait un sang d’encre.

Au bord de la droite règne le noir. Il est triste et amaigri. Autour de lui, des pas de fuite sont inscrits, ils vont tous vers l’arène bleue. Autrefois, le rouge et le bleu se retrouvait chez le noir mais aujourd’hui chacun fait sa popote et le noir est seul à compter sa rancœur et ruminer ses anciennes lunes, à croire que le peintre voit le noir d’un mauvais œil.

L’Homme politique est un peintre. Il peut écouter d'une oreille comme Van Gogh, tirer des ficelles aussi grosses qu’un Botéro, organiser l’alliance difforme avec l’habileté d’un Picasso ou bien être un peu fou et novateur comme Keith Haring. Tout est dans la couleur et le mélange, la forme et le message et vous savez les goûts et les couleurs… dimanche les peintres exposent, alors si vous avez raté le vernissage de la semaine dernière n’hésitez pas à faire un tour du côté de la palette, le musée politique n’étant rien sans ses spectateurs.

ELBE

Article publié également sur Agoravox.fr et repris sur voilà.fr catégorie opinion

(source de l'image: http://stationgourmande.canalblog.com)

02.02.2008

Meilleurs voeux

Objectif de 2008: réduire la fête



        Ca y’est, le mariage est prononcé et sans doute déjà consommé. Après l’euphorie des journalistes d’investigation qui ont investis, des semaines durant, les sièges de Libération comme de Clooser c’est dans le silence d’un communiqué de presse que le peuple de France a appris l’union maritale entre le citoyen Nicolas Sarkozy et la citoyenne Carla Bruni. Il est important d’insister sur le statut de l’Homme au nom de la séparation des corps si chère à la république de France. Pourtant, nous le savons, les plumes vont glissées pendant quelques jours sur ce nonévénement au rythme saccadé entre indignation ou raillerie. Avant d’être intoxiqué par des sornettes illusoires, les yeux interdits ont l’honneur de vous offrir le conte de cette journée commune de la Vème réPUBLIC.

La scène se déroule dans une pièce du château de l’Elysée. Un cadre peu original, si on passe par delà le fait que Nicolas Sarkozy célèbre ses noces sur son lieu de travail, il nous l’avait bien dit qu’il fallait travailler plus. Après avoir discutailler avec un organisateur de cette fête élyséenne, nous avons appris que malgré les demandes de Carla, Christine Boutin n’avait pas trouvé un lieu à loyer modéré en dépit de ses recherches patentées. Il y avait bien celui de Bolufer, mais depuis que ce dernier est parti avec une pousse à l’arrière train il semblait incongru pour la ministre d’Etat de réquisitionner ce petit appartement en guise de salle de réception. Face à cette difficulté, la cheftaine du logement aurait tenté, bible à la main, de soudoyer quelques tentes à Augustin Legrand en échange de trois préfabriqués gardés en souvenir d’une escapade en terre de Gaule mais, une fois de plus, ces logements mobiles semblaient être tous occupés. Cette fois c’était sûr, la crise du logement Madame Boutin venait de la toucher du doigt et dut se résigner à imposer au patron d’établir sa demeure dans le même espace que son travail. « Les travailleurs pauvres voilà le drame de notre siècle, j’en ai la gorge nouée » aurait lâchée, dépitée, ce serviteur de l’Etat au microphone tremblant de Gala.

Heureusement la dignité du président et de son mannequin est telle que, malgré un toit de fortune paré de seulement quelques dorures, la fête eut lieu et fut belle. Sous les grains de riz, que Bernard Kouchner s’était fait un plaisir de ramener sans doute un reste d’une mission onusienne, les deux amoureux se donnaient la main. Scène saisissante et émouvante sacrant l’amour au niveau de l’Etat. Une bien belle image pour une génération sombrant dans la pénombre et ne croyant plus en rien. Nous pouvons aisément imaginer la pensée que Nicolas a offert à Benoît lors de la prononciation des vœux. Bien sur il aura fallu quelques répétitions avant de trouver le bon doigt pour la bonne bague mais cette fois, il l’a promis à sa sainteté, Carla c’est la femme de la civilisation.

Cette petite nouba fut l’occasion de quelques situations alléchantes pour nous, observateurs de ce conte des temps modernes, qui ne comprend ni chaussure de verre, ni de princesse endormie mais de bien belles Rolex, des Ray Ban et du caviar ; certes ça ne fera sans doute pas rêver nos héritiers mais en attendant nous nous sommes allégrement régalés.

Dans un coin de la salle, Brice Hortefeux, les joues rougies, raccroche son portable sourire en coin. « J’ai eu une réduc’ pour Bamako, Nico ! Faut dire avec les miles que j’ai, c’est un minimum. Pour moi ce sera travailler plus pour offrir plus ! », face à ce cri de joie Vincent Bolloré a un peu tiqué, l’avion c’est son dada, heureusement c’est pas les canoës de fortune des amis de Brice qui doublerons son beau Yatch. Tout s’arrange, la catastrophe a été frôlée mais c’est bien connu il n’existe point de conflit d’intérêt en France.

Au fond du jardin, un verre à la main, le curé semble mal à l’aise. En face de lui, Xavier Bertrand. L’homme fort de sa bonhomie à l’air sympa, pourtant il est bien rouge, nous dirions un tailleur de Madame Royal, d’ailleurs absente pour cause de Druckérite. En nous approchant nous avons pu entendre les raisons de la colère. Il se trouve que le ministre de l’emploi sommait l’homme d’Église d’ « être honnête », de « sortir de son corporatisme » et d’avouer « son statut de privilégié » avec le gain des quêtes dominicales. Interloqué, le porteur de soutane s’interpose et invoque le meilleur de ces syndicalistes qui a une barbe comme ça, Dieu. Xav’ a alors ravalé sa rage, il sait que le grand patron, celui de l’Elysée, s’est récemment acoquiné avec ce délégué efficace. Tournant les talons, Bébert s’est juré de s’intéresser de près aux régimes de retraite cléricaux.

Aux rayons des boulettes traditionnelles, Christine Lagarde a réservé un bien beau cadeau au couple présidentiel en vantant les mérites de la nouvelle première dame de France notamment en ce qui concerne la libération des infirmières Bulgares. Rires gênés dans la salle, la femme aux dents du bonheur avancé glissa un timide « c’est quelqu’un qui m’a dit »… Heureusement, rien ne pouvait gâcher sa journée puisqu’elle était responsable des alliances. Enfin rien, c’est vite dit. Christine avait confié les bijoux de famille à un trader sur le point de signer un contrat avec Hollywood dont l’identité est à l’heure qu’il est encore inconnue. Toujours est il que le passeur de joyaux est arrivé pantois et a bafouillé une explication insipide où son voisin avait fait un pari louche en échange de six bagues de ce calibre en cas d’échec… bref ce fut assez alambiqué mais la chose certaine est que les doigts des époux avait leur plus beaux costume de virginité…

Pendant qu’Hervé Morin jouait à la guéguerre avec le petit Louis, pendant que Jean Louis Borloo livrait un concours acharné avec Nathalie Geneviève Marie Kosciusko-Morizet pour savoir qui avait la meilleure descente, Fadela Amara scandait un petit Slam en l’honneur du Boss. Celle qu’on surnomme GGPB (Grande Gueule Petit Budget) a enchaîné les vers à la manière de Jean Louis ou de GCM (Grand corps Malade « Je voudrais faire un slam/pour ce couple du macadam/nico a eu la queue du mickey/un tour supplémentaire pour n*** ». Cette salve verbale aurait scotché Nadine Morano en pleine séance de cirage, elle n’avait pas l’air de kiffer à donf.

Rayon show-biz faut avouer les hôtes avait mis les petites stars dans les rangs. Fallait voir Christian Clavier expliqué à Doc gynéco que Les visiteurs c’était pas vraiment un film engagé et qu’à partir de là il est difficile de bâtir ses convictions politiques sur ce seul chef d’œuvre, ou encore Johnny expliqué à Sardou que sa vue a baissé et que s’il en avait besoin il lui ferait profiter de quelques réduc’ ou encore Jean Marie Bigard mimant la tête de Benoît quand il raconta son fumeux « lâché de salopes ».

Tout au fond, il y avait Glucksmann, Finkielkraut qui ont bien fait rire Steevy mais ces rabats joies sont vite partis. Dommage. Ils ont même faillit gâcher la sauterie lorsqu’ils entonnèrent leur critique de la société qui s’enrayait et devenait folle, heureusement Nico leur a payé un coup à boire et c’était réglé. Ca l’a vraiment changé notre président sa petite rencontre avec Edgar Morin, il a bien compris que les journaux se moquaient bien du concept idéologique tant que le titre rend bien sur la couverture. Les deux muppets réac’ c’est pareil, leurs têtes sont sympa sur la photo après le son on peut toujours couper.

Enfin voilà, la noce présidentielle fut bien belle, bien sympathique et nos yeux interdits ont pris un malin plaisir a tutoyer les nasses des festivités. Seul point noir, cette masse acculée devant les grilles du château bêlant et se définissant comme « contribuables ». Heureusement Guaino leur a répliqué « C’est bon, promis demain on s’occupe de vous ! ». C’est vrai quoi, c’est ennuyeux ces patrons qui viennent vous demander des comptes même en pleine fête familiale.

Elbe

08.01.2008

Vers un remake à l’américaine?



      Il y a outre atlantique comme un air de Gaulle. Un air que nous avons humé pendant deux années d’agitations électorales, de meeting et de polémiques. Oui, c’est au tour de l’oncle Sam de se frotter au jeu démocratique et d’élire son nouveau chef de l’exécutif. Au-delà de ce calendrier électoral, la conjoncture dans laquelle les États-Unis se trouvent rappelle furieusement notre petit hexagone quelques mois avant la France d’après.

      Nous aussi, il y a à présent un peu plus de 6 mois nous avons assisté à un changement de taille : celui de la fin de la Chiraquie. Après une trentaine d’années d’activité politique et deux mandats présidentiels, Jacques Chirac à l’âge de 75 ans a décidé de laisser sa place à une nouvelle génération, de force ou de grès libre à chacun d’interpréter cette décision. Prenons à présent notre envol direction le nouveau continent pour observer le contexte dans lequel a lieu cette élection. Contrairement à la constitution française, les États-Unis imposent une limitation de deux mandats au président de la république, fait qui pousse Georges W Bush vers la porte de sortie et donc entraîne inévitablement la mise en exergue de nouveaux prétendants à la maison blanche. Une nouvelle donne, de nouveaux visages et un changement de génération plus ou moins imposé, voilà le premier point commun entre la France de 2007 et la première puissance mondiale de 2008.

      Cependant, qui dit « nouvelle génération » ne dit pas forcément une prise de distance inévitable avec les prédécesseurs. Pourtant, 2008 risque d’être le théâtre de la mise à mal de la politique de l’administration Bush par les démocrates, chose attendue dans un jeu démocratique d’autant plus dans le cadre d’un bipartisme, mais également par les républicains eux même. En effet, si ces derniers restent nombreux en terre américaine, de moins en moins d’électeurs revendiquent leur affection pour le président sortant. Un désaveu évidemment provoqué par l’enlisement et les pertes qui touchent les troupes américaines en Irak. Un échec qui vient accompagner la défaillance du jeu diplomatique américain qui se trouve, en cette fin de décennie, face à ses limites comme l’assassinat de Benhazir Bhutto est venu en témoigner encore récemment. Certes, sur les thèmes intérieurs, il est peu probable que la droite conservatrice américaine fustige ouvertement la politique de l’administration en place mais la volonté de se démarquer de l’image peu flatteuse de Bush fils sera sans doute un levier de la campagne à venir. Nous retrouvons donc ce mot, cette posture stratégique qui a symbolisé le programme du candidat français devenu président : la sacro-sainte rupture.

     La troisième ressemblance franco-étasunienne présente dans ce scrutin est la composition des prétendants démocrates et le déroulement du processus de sélection de ceux-ci. Dans la composition, la ressemblance qui nous saute aux yeux est la présence d’Hillary Clinton, une femme mariée à un homme politique, avec qui elle a connu des problèmes de mœurs et qui après un mandat fédéral s’attaque à la prise de la maison blanche. Il faut avouer que les similitudes avec Ségolène Royal sont assez troublantes et apporte de l’eau à notre moulin. Le second postulant est à priori plus éloigné de la proposition que l’opposition française a pu faire durant le scrutin de 2007. En effet, Barak Obama d’origine étrangère et jeune homme politique ne trouve pas, sur ces caractéristiques de comparaison, un pendant français. Pourtant, en nous intéressant aux débats et aux critiques qui ont traversés les primaires, bientôt reléguées au rayon de l’histoire politique, nous pouvons retrouver les registres de l’incompétence politique et du manque d’expérience qui avaient également été avancés durant les primaires socialistes au sujet de Ségolène Royal. Si en France Ségolène Royal s’est très vite imposée comme candidate du parti socialiste, la concurrence au sein des démocrates américains ne doit pas cacher les similitudes en terme de parcours ou bien de traitement médiatique entre les protagonistes étasuniens et la leader socialiste.

      Un Georges Bush critiqué et partant, un parti républicain sortant mais adoptant une posture d’un nouveau projet de société, une candidate expérimentée qui brigue la plus haute fonction et un homme politique quadragénaire critiqué sur le thème de l’incompétence, font du voyage électoral en terre américaine un troublant retour sur une année politique hexagonale fortement chargée. Comme si en ce début d’année nous étions restés dans les rétrospectives qui jalonnent le mois de décembre, rétrospective qui cette fois se ferait avec un accent du Texas, de la Californie ou du New Jersey. 2007 a longtemps été présentée comme « l’élection imperdable » pour le parti socialiste français notamment en raison du contexte de renouvellement politique. Souvenons nous que fin 2006 , début 2007 Ségolène Royal était présentée par les médias comme la grande prétendante à l’Élysée avant que les arguments d’incompétence, avancés en premier lieu par les socialistes eux-même, viennent sceller le destin présidentiel de la dame du Poitou pour au moins cinq années.

     A l’heure qu’il est, il est très difficile de définir les probables  candidats à la fonction suprême si Barack Obama semble se détacher  dans le camps démocrate Madame Clinton demeure dans la posture qu'était celle de son mari avant la première élection celle d'outsider, tout aussi difficile est de donner le nom du  gagnant de la lutte républicaine entre  John Mc Cain, Huckabee, Mitt Romney ou encore Giuliani. Si nos télévisions françaises, peu objectives quand il s’agit de parler d’élections outre-atlantique, présentent déjà la nouvelle coqueluche démocrate comme le futur interlocuteur de la planète monde, il est bon de se souvenir de ce passé récent et sans même transposer le modèle français sur l’élection américaine, il nous suffira simplement de nous remémorer cette vérité commune à toutes les démocraties : une campagne électorale demeure longue et imprévisible…


Elbe

31.12.2007

Fins et perspectives

        2007 s'achève et aura vu des changements s'amorcer, des âmes s'envoler, des silences se répéter, des images se bousculer et une nouvelle présidence arriver. Une année chargée en émotions, en activité, en espoirs et en fatalités. Bref, une année en France qui détient bonheurs et tristesses, désillusions et illusions. 2008 s'annonce, nous l'accueillons avec des souhaits d'amélioration, convaincu que, cette fois, décembre peut trembler le bonheur sera total.

        On appelle ça des cycles et au final chacun de ceux -ci possède leurs lots de sourires et de peines, libre à chacun d'en choisir la somme, la mienne sera souriante. J’en profite pour remercier ceux qui m'accompagnent, les yeux interdits qui lisent, ma famille qui reste liée, les futurs nouveaux nés qui font une attaque en masse dans mon entourage (ne craignez rien on va vous la protéger cette planète bleue), aux amis qui voient leurs vies prendre des tournures adultes comme nous tous, à ceux qui luttent dans leur monde en espérant que la révolution personnelle mènera à autre chose qu'une résignation collective, j'ai une pensée aux étoiles qui veillent encore et toujours sur moi et je donne mes derniers mots à celle qui m'a fait retrouver le sens de la vie et de l'envie et que je rêve de voir vieillir à mes côtés, MA Bounette (on en a vu des choses en 2007, tu en as fais fuir des instants de douleurs, tu en a vaincu des luttes contre les fantômes de la peine, pour tout ça je t'aime et te regarde avec l’œil de l'amant mais aussi de l'admirateur). Pensées à celles et ceux dans la souffrance et aux autres également ;-).

        Que 2008 soit à vous car 2007 est (déjà) a hier.
 
        Pour finir cette année, c'est un article du Nouvel observateur qui va signer l'envoi. Rien de bien joyeux, ni de glorieux, juste un survol d'une mutation sociétale qui inquiète certains, ravit d'autres et (surtout) anéantit des âmes habilement masquées derrière des chiffres. Parce que même si les années passent certains agissements offrent des marques qui, elles, passent beaucoup plus difficilement. Mon seul vœux (très pieux) pour 2008 est qu'on combatte la misère plutôt que les miséreux et qu’on cesse de croire qu’il est naïf de parler d’humanisme quand on traite des humains, oui 2007 n’a pas eu peur du paradoxe.

Elbe



Au coeur de la machine à expulser



      Derrière la vitre valsent les cloches de Notre-Dame. Paris s'éveille, la Seine se réchauffe au soleil d'automne. De son bureau, au dernier étage de la Préfecture de police, le spectacle est grandiose mais le commissaire Gilles Beretti ne voit rien. Il a l'oeil fixé sur son ordinateur. Au téléphone, le cabinet du préfet réclame les derniers résultats. 14 179 interpellations depuis début janvier, 1 776 expulsions, loin du seuil de 3 680 fixé - pour Paris - d'ici à la fin de l'année. Il y a quelques semaines, le nouveau ministre de l'Immigration a tapé du poing sur la table, rappelant l'objectif de 2007 : 25 000 reconduites à la frontière. C'était 15 000 en 2004; 20 000 en 2005...«Personne ne sait au juste d'où sortent ces chiffres», note, philosophe, Gilles Beretti, mais c'est comme ça. Au-dessus de sa tête, le portrait du nouveau président semble lui rappeler tous les jours : 25 000 ! C'est compris ? La France de Sarkozy a promis la fermeté. Multiplication des contrôles d'identité, délivrance à la chaîne d'arrêtés de reconduite à la frontière, placements en rétention, partout, la police et l'administration se démènent. A Paris, au coeur de la fourmilière, c'est lui, Gilles Berett qui mène la bataille. Tout se joue ici, dans son service, à la 12e section des RG, pudiquement rebaptisée «pôle d'éloignement». Le top en matière de lutte contre les sans-papiers. Dans ce grand couloir gris, au 5e étage de la Préfecture de police de Paris, 250 officiers - dont 35 chargés exclusivement du travail clandestin, combattent - 7 jours sur 7 l'immigration irrégulière. Descentes dans les ateliers, contrôles quotidiens dans les quartiers chauds de la capitale, les fonctionnaires de la 12e, qui travaillent main dans la main avec les services de la préfecture, arrêtent, chaque jour, des dizaines d'étrangers en infraction. Le parquet est sous pression, les tribunaux asphyxiés. Le système, complexe, arbitraire, chauffe à plein régime, mais, souvent, ne résout rien. Voyage au centre de la plus grosse machine à expulser de l'administration française.


      Ce mardi matin, une équipe de la 12e est en route vers la gare du Nord. La routine : contrôle d'identité sur la voie publique. Une vingtaine de policiers en civil se retrouvent au terminal des bus. Des hommes, quelques femmes, jeans, sac au dos, ils ont l'air d'étudiants, de simples badauds. Le chef de l'opération remet à chacun la photocopie signée du procureur les autorisant à effectuer, en vertu de l'article 78-2 du Code pénale des contrôles d'identité dans le quartier pour une durée de trois heures. «Contrairement à ce que les gens croient, indique le lieutenant. Nous n'avons pas le droit d'interpeller sans autorisation du parquet, sauf dans les gares internationales.» Ambiance tendue, le ciel s'assombrit. Les équipes partent à la pêche rue Saint-Denis. Quelques minutes plus tard. Dramane, escorté par trois officiers, hisse sa grande carcasse dans le camion des RG. Il a les dents du bonheur, une cicatrice sur le front. Il bafouille qu'il est né en 1977, au Mali. Il allait à un cours de français dans un foyer du 10e. Carole, la jeune femme des RG chargée de l'interrogatoire, appelle aussitôt le «pôle de compétence», le bras droit de la 12e à la préfecture. Là-bas, ils sont une quinzaine, devant leur ordinateur, chargés de livrer en quelques minutes le maximum d'informations sur les étrangers interpellés. Pour Dramane, «c'est bon», informe une voix du pôle de compétence. Le Malien est dans les fichiers, il a déjà fait l'objet de deux APRF (arrêt préfectoral de reconduite à la frontière), en 2003 et en 2005. Le jeune homme se laisse fouiller, emmener dans le box à l'arrière du camion. D'autres bientôt le rejoignent, un Algérien de 20 ans, Ali, cueilli en combinaison de peintre à la sortie du bus, un Bangladais avec une valise immense remplie de cassettes porno, un Sri Lankais, un Brésilien, un Congolais, une Chinoise, mu- tique, et deux copains de Shanghai, un petit et un grand maigre qui répète en boucle «papiers maison». A l'entrée du camion, il y a embouteillage. Un Zaïrois, les lèvres gonflées de rage, hurle : «Je suis souffrant», un Sénégalais tente de glisser qu'on l'attend à la plonge dans un restaurant de Montparnasse. Carole, pendue au téléphone avec le pôle de compétence, ne sait plus où donner de la tête. «Pour l'Haïtien, c'est pas bon, titre de séjour», l'Erythréen non plus : «Demande de réfugié en cours. Au revoir monsieur.» Le Chinois, «compliqué», il a trois enfants, et à Paris, contrairement à d'autres départements, on n'expulse pas les familles : politiquement trop risqué. Par contre, le Sri Lankais, «tout bon. Mister, you're going with us to the police station». Les PV d'interpellation, préremplis, sont signés à la chaîne. «Allez les gars, commande le chef. On y retourne.» Ils cueillent aussitôt Eddy, un grand brun moulé dans un costume en daim. Il dit qu'il est palestinien. «Ils racontent tous ça», prévient un agent. On lui fait le petit test, un «questions pour un champion», comme on dit à la 12e : «Alors, elle est comment la carte d'identité palestinienne ?»L'homme ne sait pas répondre, le pôle de compétence ne l'a pas identifié mais, une fois en garde à vue, ses empreintes digitales parleront peut- être... Un policier lui demande s'il a sur lui une arme, un couteau ?«Je ne suis pas un criminel», marmonne Eddy. Au loin, depuis une demi-heure, une jeune fille à chignon observe la valse des étrangers autour du camion des RG. «J'en peux plus de voir, chaque jour, sous mes fenêtres, des gens contrôlés au faciès, balance-t-elle.C'est honteux toutes ces rafles...» Les policiers, eux, en ont assez d'entendre ce mot ignoble. Non, ils ne sont pas des «fachos», simplement des fonctionnaires qui font leur boulot. Ils pensent aux petites Chinoises, qu'ils ont vues, enchaînées à des machines à coudre, à Belleville, ils pensent aux milliers d'étrangers qui rêvent aux lumières de la France et se retrouvent à dormir à 10 dans 10 mètres carrés pour 500 euros par mois. «Aucun pays ne peut se permettre d'ouvrir grand ses frontières, souffle l'un d'entre eux. L'Europe est une passoire. Sans un minimum de répression, on est morts.»

      Le camion blanc des RG démarre. Sous la pluie, la fille au chignon crie : «J'espère qu'avec ça, au moins, vous allez les faire vos chiffres.»

      Retour à la 12e section. Bilan de l'opération : une quinzaine de sans-papiers interpellés en deux heures. Dramane, le Malien arrêté gare du Nord, Ali, l'Algérien en tenue de peintre, les deux Chinois et les autres attendent, bras croisés, dans un petit box en verre. Leur garde à vue vient d'être notifiée au procureur de la République. Au bout de vingt-quatre heures, quarante-huit heures maximum, ils seront fixés sur leur sort : libè res ou places en centre de rétention en attendant, peut-être, d'être expulsés vers leur pays de naissance. On les informe qu'ils ont le droit de voir un médecin, un avocat et un interprète. Les policiers disposent d'une centaine de contacts, joignables jour et nuit, traducteurs, étudiants parlant kurde, chinois, soneke, tamoul... L'interrogatoire se fait derrière une vitre, au guichet, comme à la Sécu. Un petit Bangladais poireaute, les yeux dans le vide. L'avocat commis d'office, appelé trois heures plus tôt, n'est toujours pas arrivé. Il y en a bien un, une femme, qui débarque à l'accueil en furie : «J'ai plus de dix dossiers de sans-papiers. A croire qu'il n'y a plus de délinquants dans Paris !» Mais elle n'est pas là pour lui. Heureusement, le traducteur de bengali arrive. L'interrogatoire commence. Le fonctionnaire ouvre son fichier Word : «Allons-y :il habite où ce monsieur ? - Chez des amis, répond l'interprète. - De quoi vit-il ? - Parfois, il vend des fleurs.» Le petit homme explique qu'il est arrivé en France en 2004 avec un faux passeport, il a fait, sans succès, une demande de réfugié à l'Ofpra (Office français de Protection des Réfugiés et Apatrides). Le fonctionnaire demande d'épeler le nom de l'organisme et poursuit : «Voulez-vous retourner au Bangladesh ?» Derrière la vitre, la petite tête dit non : en cas de retour, prétend-il, il risque la mort. Fin de l'interrogatoire. L'interprète, payé 18 euros de l'heure, réclame ses sous. Le lieutenant jette un coup d'oeil au PV. C'est ce qu'on appelle ici «le contrôle qualité» : comme dans toute entreprise moderne, on s'assure que les «process» ont bien été respectés. Car, pour «un rien», une erreur de date, de signature, quelques minutes de trop entre une interpellation et une garde à vue, tout le travail des policiers peut partir en fumée. «L'ILE [Infraction à la législation sur les étrangers] est devenue une procédure quasi criminelle, s'indigne un officier. Les JLD [juges des libertés et de la détention, chargés, au bout de quarante-huit heures, de contrôler la régularité de la mise en rétention] nous cherchent des noises en permanence.» Plus d'un quart des sans-papiers placés en rétention sont libérés pour vice de procédure. La moitié d'entre eux seulement seront expulsés. «La France est championne de l'embrouillamini administratif et juridique», soupire Eric Jacquemin. Le chef du 8e bureau de la Préfecture sait de quoi il parle. C'est lui qui, avec ses agents, sélectionne les candidats au départ. Lui qui, à l'instant même, décide du sort de Dramane, d'Ali et de tous les malchanceux arrêtés aujourd'hui. Partiront-ils avec un simple APRF, seront-ils placés au centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes ? Subtile partie de roulette russe. Tout dépend du nombre de places disponibles au CRA, de la situation de l'étranger et, surtout, de sa nationalité. La machine à expulser tourne selon l'humeur des magistrats, mais plus encore selon celle, changeante, des consulats. Sans laissez-passer, aucune reconduite n'est possible. En ce moment, à Paris, l'Algérie, la Chine, l'Egypte coopèrent bien. Mais certains pays comme l'Inde, la Tunisie, le Mali refusent quasi systématiquement de reconnaître leurs ressortissants. Rien ne sert d'ordonner un placement en rétention pour les migrants de ces pays- là. La police se demande même pourquoi continuer à les interpeller. Théoriquement, Dramane le Malien devrait passer entre les mailles du filet. Mais cette fois, le chef du 8e bureau décide sa mise en rétention. «Le Mali, c'est 100% de refus depuis février, dit-il.Mais là, on a une photocopie de passeport, on va tenter le coup.» Même tarif pour Ali, l'Algérien, le Bangladais vendeur de fleurs, les deux copains de Shanghai... Pas le choix, il y a 3 680 expulsions à réaliser d'ici à fin décembre, même en incluant dans ce chiffre les aides au retour, les interdictions de territoire pour les criminels, les départs volontaires - tout de même trois à cinq dossiers par semaine - l'objectif paraît compliqué, d'autant que les Bulgares et les Roumains, qui, l'an dernier, assuraient 30% des reconduites, font désormais partie de l'Europe. Eric Jacquemin, de sa belle plume, signe les mises en détention. Sans états d'âme et sans illusion : «On laboure la mer», dit-il.

      Le drapeau français flotte, majestueux, au-dessus du CRA de Vincennes. Dramane, Ali et les nouveaux arrivants sont placés dans le tout nouveau bâtiment. L'autre, incendié l'an dernier par des «retenus», n'a pas encore été rénové. Derrière le grillage, les élèves de l'Ecole nationale de Police, hébergée sur le même site, s'entraînent. «Bienvenue au CRA», lance le commandant Bruno Marey. Le directeur a de grandes moustaches grises et un bon sourire. On l'a chargé d'accueillir la journaliste. La préfecture est soucieuse de montrer combien les sans-papiers sont désormais bien traités. Fini le temps pourtant pas si lointain - deux ans à peine - où Paris les enfermait au dépôt dans des conditions moyenâgeuses. Là-bas, sur l'île de la Cité, il ne reste plus qu'une quarantaine de places pour les femmes. Le CRA de Vincennes, rénové à grands frais, accueille, lui, jusqu'à 280 hommes et 400 po liciers. «Le CRA n'est pas une prison», assure le commandant Marey. Bien sûr, il y a les barbelés de 3 mètres de haut, partout des caméras de surveillance, mais à l'intérieur les «retenus» circulent librement. Ils ont, dès leur arrivée, un règlement intérieur traduit dans toutes les langues, du savon, une brosse à dents, des serviettes propres. Au bureau de l'Anaem (Agence nationale de l'Accueil des Etrangers et des Migrations), ils peuvent trouver une assistance psychologique, des conseils pour préparer leur départ, à celui de la Cimade, la seule association présente dans les CRA, ils peuvent bénéficier d'une aide juridique. Une infirmière les accueille 20 heures sur 24 : «Je distribue beaucoup de calmants, confie-t-elle. Certains sont des habitués, qui ont déjà fait deux, trois centres de rétention mais beaucoup sont perdus.» Elle a scotché sur le mur la radio d'un estomac traversé d'un couteau. Un Algérien n'a rien trouvé d'autre pour éviter l'expulsion. D'autres avalent des fourchettes ou des clous... La visite continue au pas de charge : ici, le réfectoire, avec au menu, ce soir, salade farandole, crêpes au fromage et coupe liégeoise, là, la salle de télé, le coin téléphone. Les haut-parleurs crachent en continu le nom de ceux qui ont de la visite ou doivent partir au tribunal. Au bout du couloir, un homme agenouillé sur un drap prie. Dehors, des dizaines de «retenus» tuent le temps sur l'étroite promenade. Ils discutent, fument, étendent leur linge. Un homme s'approche. La trentaine, un regard vif, des boucles brunes : «Regardez-nous. Nous ne somme plus rien, madame : des animaux, la machine nous casse.»Le Tunisien raconte qu'il est étudiant à la Sorbonne, marié à une Française, qu'il a lu Pascal et Montaigne. «Elle est belle la France...»Autour de lui, soudain, un groupe se forme, une masse d'habits sales et de regards suppliants. Ils disent que «la bouffe est dégueulasse», qu'il n'y a«même pas de poisson pour le ramadan», qu'au petit matin les Chinois ont été libérés, comme ça, sans raison.«Eux, ils peuvent payer de bons avocats», souffle l'un. Un autre : «Il suffit de lâcher de la thune aux consuls.»Allongé près de la table de ping-pong, Dramane, le jeune Malien rencontré gare du Nord, fait un petit signe de la main. En confiance, loin du camion des RG, il explique qu'il est en France depuis 2000, qu'il fait des ménages le soir dans des entreprises et qu'il paie même des impôts.«En sept ans, personne ne m'avait jamais embêté», murmure-t-il.«Tout ça, c'est depuis Sarkozy.» Son ami Ali, le peintre algérien, acquiesce. Lui est entré en France au printemps. Pour 5 000 euros, un passeur l'a conduit jusqu'à Almeria. Vingt-quatre heures de traversée en mer puis trois jours dans les camps espagnols jusqu'à ce qu'on lui dise : «Allez Jile !» Ce matin, les deux copains ont, comme dix autres «retenus», tenté de plaider leur cause devant la juge du tribunal administratif. Ils demandaient l'annulation de leur arrêt de reconduite à la frontière. Tous ont été déboutés. Pour eux, la roulette russe continue. Fatalistes, ils disent : « C'est Dieu qui décide. » Ils attendent que le juge les libère ou prolonge encore la rétention, trente-deux jours maximum, le temps que leur pays, peut-être, se décide à les reconnaître. Le consul du Mali, comme à son habitude, ne devrait pas signer de laissez-passer pour Dramane. Celui d'Algérie, toujours coopérant, devrait, lui, permettre l'expulsion d'Ali. Carlson Wagonlit, l'agence de voyage du ministère, est déjà en train de chercher un billet d'avion pour Alger. Le jeune homme sera prévenu la veille du départ. Les anciens lui ont expliqué qu'il pouvait refuser d'embarquer. Au pis, il risque trois mois de prison, au mieux, il sera libéré. Ce soir, au téléphone, Ali prévient sa mère qu'il risque de rentrer au bled, plus tôt que prévu, et sans cadeaux. Il est désolé, mais il retentera sa chance. Malgré l'humiliation et les contrôles, il n'a pas renoncé à la France.




Sophie des Deserts
Le Nouvel Observateur

13.12.2007

Le colonel nuit gravement à la santé


      Deux mains se croisent forment une poignée et déclenchent les hostilités. Les dents grincent, les têtes se baissent, le poing aussi alors que les chèques s’esclaffent sur le dos des droits de l’Homme. Un pas déposé par le président colonel Kadhafi sur le parvis parisien et la dignité républicaine se sent fébrile dans son ensemble.

      Voilà des années que l’hexagone s’enorgueillit d’être la patrie des droits de l’homme, l’honneur de l’humanité incarné et l’opposante aux âmes belliqueuses du nouvel ordre international. Ce statut, un tant soit peu auto-défini, a parcouru les livres d’Histoire générations après générations, les lumières regardant Jaurès regardant l’Abbé Pierre. L’identité nationale mise en avant il y a encore quelques mois, ne se drape pas seulement dans un drapeau, une langue ni même un béret acoquiné d’une baguette mais aussi dans des valeurs historiquement établies et garantes d’une cohésion républicaine allant au-delà de concepts nationalistes et populistes avancés. La garantie de la dignité humaine est une de ces valeurs angulaires de la fierté française et même européenne.

     Seulement voilà, la balance commerciale pèse lourd dans l’idéologie à géométrie variable du monde moderne. Le pragmatisme devenu masque de la volonté de gestion uniquement financière sert de couverture à des négociations délicates sur un plan dignité mais fort agréable sur un plan pécunier. La France souffre économiquement et semble être prête à s’infliger le poids de personnes sacrifiées pour scarifier quelques contrats doux dans le compte en banque, rude dans la conscience.

     Oh, la question n’est pas tellement si oui ou non nous devions accepter les pétro-dollars de M. Kadhafi mais plutôt comment devions nous les recevoir. La politique d’aujourd’hui comme d’hier ne peut, hélas, se complaire dans le manichéisme et l’idéologie simpliste, séduisante, rassurante et souvent pénalisante. Dans un univers de globalisation et d’économie capitaliste cette donnée est d’autant plus vraie et se cache derrière le concept, en guise de légitimation des actes, de Realpolitik.

      Venu de l’Allemand et se traduisant littéralement par « politique pragmatique (!) », la realpolitik est le passage de l’intérêt financier et diplomatique avant l’intérêt humain voire social. En caricaturant cette conception des relations internationales, nous pourrions dire que peu importe le sang qu’il y a sur le chèque tant que les chiffres sont lisibles. Aborder le monde sous le prisme unique de l’économie porte certaines dispositions peu flatteuses et même difficilement tenables d’un point de vue strictement humanitaire.

     Cependant, la réalité étant telle, il est peu étonnant de voir la France, démocratie occidentale, se plier à l’exercice diplomatique moderne avec talent et parfois même avec excès. L’excès de zèle est toujours gênant surtout quand il est soudain.

     Le zèle et ces excès c’est s’empresser de féliciter un président en place pour sa victoire aux législatives et pour son futur poste de Premier ministre, après avoir enfermé son opposant, dans le but d’être le premier dans les flagorneries. C’est accueillir un chef d’Etat responsable de tortures, de violences et aux conceptions démocratiques limitées, en déroulant le tapis rouge et les honneurs. L’excès de zèle c’est s’offrir au monde sans se faire draguer et sans prévoir les retours et les maladresses d’une telle offrande.

      Retours et maladresses, voilà ce qui s’est invité dans la gestion des relations diplomatiques de cette nouvelle ère présidentielle jusque là exemplaire au niveau de la realpolitik. Néanmoins, l’exemplarité s’est vite transformée en contestation venue d’ailleurs. Quand Nicolas Sarkozy baise la main de Vladimir Poutine, Angela Merkel inflige un soufflet à la froideur moscovite. Quand Nicolas Sarkozy serre la pogne du guide libyen, Rama Yade et Bernard Kouchner jouent en doublette et fusillent l’amour intéressé de la diplomatie française. Quand Nicolas Sarkozy parle éducation avec le président chinois, Rama Yade parle des droits de l’Homme à sa solitude. Quand Nicolas Sarkozy parle de voyoucratie dans les banlieues, son double félicite les avancées démocratiques faites en Lybie après la libération d'infirmières torturées des années durant. La realpolitik c’est aussi s’exposer aux comportements les plus irrationnels juste pour équilibrer une balance qui ne penchera qu’un tout petit peu moins alors que l’image et l’honneur connaîtront une déclinaison plus sensible. 

     Que M. Kadhafi vienne usé ses billets sur le sol français n’est donc pas scandaleux en soi car l’argent aujourd’hui n’a plus d’odeur, ni d’honneur. Puisque tout s’achète, tout s’oublie et rien ne se plie mieux que les convictions devant les bilans financiers, admettons que la France pour l’intérêt général négocie avec le colonel, premier et unique acheteur du rafale. Toutefois, il y a un écart entre négociations et célébrations. Le tapis rouge sang s’est déroulé, les honneurs lui ont été offerts, les sourires hypocrites dessinés, l’assemblée nationale a ouvert ses portes et la majorité présidentielle s’est tue. Enfin pas vraiment, les représentants de l’UMP ont justifié la présence et la célébration de Kadhafi en expliquant que c’était certes un tortionnaire mais de moins en moins. En clair, il coupe des têtes mais il désinfecte à présent. Non, l’argent n’est pas indissociable d’une tenue diplomatique cohérente. Non, les contrats ne sont pas l’excuse des oublis de l’humanité. Non, le monde n’est pas une entreprise où les actionnaires se partagent les profits pendant que la main d’œuvre étouffe. Non, la rupture ce n’est pas la création de réseaux économique en dépit des valeurs mais justement c’est ouvrir le dialogue sans pour autant se compromettre.

      Pour finir, à voir la pléiade d’originalités et d’activités prévues par le dirigeant libyen (chasse à cour, tente climatisée, délégation hors norme) mélangé au débat voire la controverse que cette visite a provoquée, sans oublier non plus les propos provocants, même si parfois réalistes, vis à vis de la France, le vrai bilan de cette phase de Realpolitik est que Kadhafi a réussi à pointer du doigt les faiblesses du système en place qui oscille entre bonne conscience et bonne finance tout en se garantissant un retour dans le giron mondial. Non pas besoin d’être démocrate pour être un expert en relations internationales, il faut simplement être malin.


ELBE

11.12.2007

La grêve... une autre Manche

En lisant le numéro 891 du Courrier International, nous pouvons déguster un article de The Independant qui tranche avec la vision attribuée, par nos médias, aux esprits étrangers au sujet de nos récentes grêves. Alors qu'on parle d'archaïsme, de conservatisme, de corporatisme dès lors que l'on traite de mouvements sociaux en légitimant ces positions grâce à un prétendu consensus international sur la question, il semblerait qu'outre-manche certaines âmes soient moins catégoriques et dénoncent, sous forme d'humour, l'antigrêvisme primaire qui se dégage de la petite Gaulle. Nous vous proposons de lire cet article afin de vous faire votre propre opinion et vous donner un élément supplémentaire pour étayer votre réflexion autour d'un sujet complexe dans ce système mondial du début du XXI siècle: un mouvement de grêve doit-il s'adapter aux contraintes économiques de la société ou bien, au contraire, doit-il user de ces capacités de gènes pour servir ses revendications?

ELBE

Ils ont bien raison de faire grève


A chaque conflit, on entend les mêmes banalités sur l’archaïsme des syndicats… Stupidité, estime un éditorialiste britannique, qui dénonce avec humour un mauvais partage des richesses.

L’une des conséquences des grèves en France est qu’elles rendent fous ceux qui écrivent habituellement sur ce genre d’événements. On se retrouve à lire des articles du genre : “Dans une économie moderne et mondialisée, le militantisme à l’ancienne n’a strictement aucun pouvoir. C’est la raison pour laquelle ces cheminots doivent se rendre compte que, en immobilisant la totalité du pays, leurs syndicats impuissants sapent l’économie non seulement de la France, mais de l’Europe tout entière et d’une bonne partie du cosmos. Pis encore : d’autres secteurs d’activité ne manqueront pas aussi de se mettre en grève ! N’ont-ils pas lu mon livre où il est clairement expliqué pourquoi ce genre de choses est désormais impossible ? Et maintenant, à cause d’eux, je vais carrément devoir marcher pour me rendre à ma conférence intitulée : Pourquoi il est complètement absurde d’imaginer qu’une grève puisse avoir de nos jours le moindre impact !”
Parce qu’elles sont françaises, ces grèves sont menées avec un certain panache. Ainsi, les chanteurs d’opéra se sont joints aux protestations, ce qui devait donner des échanges des plus savoureux dans les piquets de grève, entre sopranos et altos : “Tu es un jauuuuuuuuune ! — Je veux travailler ! — Tu es un jauuuuuuuuuuune ! Aussi me voyez-vous dans l’obligation, cher monsieur, de vous balancer un pavé !” Et maintenant, pour protester contre la fermeture de leurs tribunaux, des avocats et même des juges ont voté la grève. Peut-être les magistrats manifesteront-ils au cri de : “Que voulons-nous ? Avant de répondre, je vous demanderai d’examiner soigneusement les pièces à conviction.” Contre les grèves, les mêmes arguments démodés ressortent toujours : les travailleurs défendent leurs privilèges, comme le droit à la retraite après des décennies de travail, et le pays ne peut plus se le permettre. Aussi le discours typique d’un économiste progouvernemental pourrait-il commencer ainsi : “Ce système de retraite date des années 1960 alors que nous étions beaucoup plus pauvres, mais, maintenant que notre société est bien plus riche, il faut le supprimer. Car personne n’ignore que plus on est riche, moins on a les moyens.”

Prendre exemple sur le Myanmar, une bonne idée !

C’est pourquoi les gagnants du Loto, dès qu’ils ont touché leur chèque, vendent tous leurs disques et éteignent le chauffage, conscients qu’ils sont de ne plus pouvoir se vautrer dans leurs anciens privilèges. Et c’est bien connu, quand on a inventé la charrue, on a réuni tous les paysans pour leur dire : “Cette petite merveille va faire le boulot en deux fois moins de temps. Et c’est formidable parce que cela signifie que désormais nous allons tous travailler cinq heures de plus par jour.”
Ces prétendus “privilèges” seraient un frein pour l’économie et la raison pour laquelle le pays va mal. Les Français devraient donc prendre exemple sur les Britanniques, parce que, grâce à nos politiques visionnaires, notre système de retraite est désastreux et nous travaillons en moyenne 2 h 38 de plus par semaine que les Français. Nous sommes donc de toute évidence bien mieux lotis. Cela dit, nous avons encore beaucoup à apprendre de ces véritables économies modernes que sont des pays comme le Myanmar, où il n’y a pas de retraites et où les gens sont contraints de travailler jour et nuit s’ils ne veulent pas être battus comme plâtre en public. Et, en plus, c’est connu : ils sont pleins aux as, les veinards !
Etant donné la détermination du nouveau gouvernement français à éradiquer cette culture d’acquis sociaux indus, Nicolas Sarkozy doit bien connaître quelques-uns des représentants de cette classe privilégiée ! Vous serez surpris d’apprendre que non : l’actuel président n’est pas copain comme cochon avec, par exemple, un cheminot lillois mal rasé, mais avec Bernard Arnault, PDG de C