19 secondes 83 centièmes
Auteur : Pierre-Louis Basse
Editeur : Stock
Année : 2007
C’est l’histoire d’une course, devenue allégorie d’une vie et essence d’un combat ou bien peut être l’inverse. 16 octobre 1968,la ville de Mexico accueille les olympiades et sent la sueur. Au cœur de cette fête des corps un cri va percer la nuit.
Ce cri est celui du silence d’une image figée. Un cliché qui a pour décor un podium parmi tant d’autres, un public parmi tant d’autres mais deux poings gantés de noirs dressés vers le ciel. Ce soir d’octobre, la dignité a triomphé de l’Homme.
Tommie Smith et John Carlos, respectivement premier et troisième, portent en leur poing le poids des émeutes de Watts de 1965, de la récente disparition de Martin Luther King, des coups et blessures qui ont accompagnées le dur labeur des champs de coton et tant d’autres heurts de la ségrégation. Deux poings dressés pour des milliers d’âmes blessées et le sport devient témoin d’Histoire.
De Mexico à Nanterre, il n’y a qu’un pas que le vieux poste de télévision de Pierre-Louis Basse enfant se charge de faire. Il est tard dans cette banlieue parisienne, mais pas suffisamment pour priver un enfant et son père professeur d’EPS d’un tête à tête en toute intimité avec des cuisses d’athlètes et des courses endiablées. Dans cette nuit péri-urbaine, au sein de cette famille communiste, les poings de ces deux coureurs vont heurter la mémoire du petit Pierre Louis à la manière d’ un uppercut de Casus Clay, autre symbole de cette lutte des droits civiques.
Deux poings levés, les foulées paternelles sur un balcon d’octobre 1968 et les souvenirs de Pierre-Louis Basse, désormais journaliste et homme de lettre, viennent recouvrir les feuilles d’anecdotes qui ont traversées ces années 1960 qui marquèrent un virage aussi important que celui qui permit à Tommie Smith de prendre de l’avance sur son temps. Une époque que l’auteur raconte avec talent, tendresse et parfois une pointe de nostalgie.
Ce livre nous rappelle également qu’au-delà de la mémoire collective faisant de cette acte le symbole d’une époque, se cache une face de l’Histoire moins glorieuse pour l’Humanité. Une face qui a vu ces deux hommes, accompagnés de l’australien Norman qui fut second et solidaire de l’issue de cette course, être confrontés à l’exclusion des institutions du sports, aux quolibets et menaces émanant des ségrégationnistes. Mais peu importe ils savaient. Ces 19 secondes 83 centièmes étaient leur cri de reconnaissance et avaient pris rendez-vous avec l’Histoire. 19 secondes 83 centièmes et même peut être un peu plus. Et si c’était dans ce « même peut être un petit peu plus » que se trouvait l’Histoire ?
C’est l’histoire d’une course, devenue allégorie d’une vie et essence d’un combat ou bien peut être l’inverse.
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