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21.06.2008

L'Europe dépeuple...

    The European Dream?

   Voilà une semaine que l'Union Européenne vit quelques secousses intrinsèques à la démocratie puisque nées du vote Irlandais rejetant la ratification du traité de Lisbonne, faussement nommé "simplifié". Depuis cette expression populaire, les discours sur l'immobilisme futur ou sur l'incompréhension du projet Européen par les peuples ont la côte dans les médias et les couloirs de Bruxelles. Le NON serait source de maux insurmontables pour une Union Européenne en crise institutionnelle qui approcherait, du fait de son nombre, une incapacité structurelle à faire des choix. Et pourtant...

Et pourtant le mercredi 18 juin 2008, l'immobilisme semble avoir été mis de côté et avoir laissé place au fabuleux pragmatisme européen pour un sujet d'affichage et de racolage très à la mode dans les droites Européenne: la "régulation" des flux migratoire. Ainsi, 267 Euro-députés ont décidé d'approuver la "directive retours" contre 206 opposants et 109 abstentionnistes. C'est donc une nette majorité qui se dégage autour de cette directive. Quelles dispositions contient cette dernière?

Sa volonté est d'imposer un socle juridique commun aux 27 pays composant l'Union Européenne au sujet de la politique d'immigration et notamment d'expulsion des sans papiers. Actuellement, pour le cas français, une personne ne peut rester plus de 31 jours dans un centre de rétention et les mineurs y sont interdits, théoriquement. Dans d'autres pays, la durée de rétention est quant à elle indéfinie ou bien possible jusqu'à 18 mois en Allemagne.

La directive "Retours" a donc pour objectif d'harmoniser l'Europe sur cet aspect de la politique. Est prévu d'autoriser la détention dans un centre de rétention pendant la période maximum de six mois voire de dix-huit mois en cas de coopération difficile avec la personne en situation irrégulière ou bien avec le pays d'origine, ce qui représente une partie élevée des cas traités en France par exemple. Cette directive prévoit en outre la garantie d'un recours, l'assistance médicale et linguistique pour toutes personnes se retrouvant en situation d'expulsion. En ce qui concerne le cas des mineurs et des conditions d'incarcération dans les centres de détention, le texte voté mercredi 18 juin prévoit en ultime recours et pour une durée la plus courte possible l'admission d'un mineur dans un centre de rétention.

Il est important, par soucis d'honnêteté, d'indiquer que la spécificité d'une directive Européenne est celle de laisser libre aux États d'adapter ce texte en fonction des lois et des particularismes qui régissent le pays. A l'heure actuelle, Brice Hortefeux s'est engagé à ne pas augmenter le délai maximum de détention dans les centres français. Toutefois, l'adoption de mercredi 18 juin 2008 ouvre une possibilité de prolongement des temps d'incarcération qui inquiète des élus de gauche et des ONG, telles que RESF, qui ont rebaptisées cette directive la "directive de la honte".

Si cette directive peut être vue comme plutôt positive pour les pays ne disposant pas, jusqu'à présent, de limites temporelles d'incarcération ou de règles liées à l'assitance médicale et linguistique, certains élus regrettent ce compromis qui ne va pas assez loin dans la réduction du temps de rétention et qui couronne surtout une vision répressive de l'immigration et de la gestion des sans papier qui gagne du terrain en Europe. Le regret majeur est l'absence de toutes directives visant à participer au développement des pays pauvres qui parait être une solution beaucoup plus efficace pour l'Europe mais surtout pour les voyageurs de la misère qui viennent sur le vieux continent pour survivre et fuir des situations politiques et économiques désastreuses. Cette directive "Retours" semble introniser de façon européenne la solution des centres de rétentions comme réponse inéluctable aux questions liées à l'immigration illégale évinçant du débat public les questions de co-développement.

 Pour conclure, nous pouvons mettre en parallèle les propos de Brice Hortefeux qui a annoncé le jeudi 19 juin 2008 de manière triomphante l'augmentation de 80%  des expulsions de sans-papiers du territoire français. Une politique du chiffre et de l'idéologie qui met la république française dans une situation délicate sur le plan de l'étique puisqu'il demeure humainement peu soutenable d'associer dignité républicaine et jouissance statistique quand nous évoquons des drames humains, quelques soient les justifications.

Pour sortir du cadre juridique et statistique de cette question des centres de rétentions, les yeux interdits vous proposent de télécharger l'émission en deux partie de Daniel Mermet (diffusée le 19 et 20 juin 2008 sur les ondes de France Inter) consacrée à la vie de tous les acteurs liés de près ou de loin au centre de rétention de St-Exupéry (près de Lyon). L'angle humain et la réalité ne peuvent être niés...

Emission première partie

Emission seconde partie

(clique droit, enregistrer-sous)

Elbe

Source de l'image et des émissions: la-bas.org

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