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22.04.2008

Exister dans l'absence

      Caméléon d'antan

      Les yeux interdits vous offrent, une fois n’est pas coutume, une visite culturelle à travers des clichés surprenants faits par l’artiste Hollandaise Desiree Palmen.
Débutons cette visite par un retour sur nos hobbies enfantins. Vous souvenez-vous de ce jeu qui vous a passionné ou bien agacé répondant à un doux et pourtant éloquent prénom : Où est Charlie ? Combien de générations ont cherché cet Homme rayé de rouge et de blanc au milieu des foules, des animaux ou encore caché dans un décor improbable et tout ceci sans le millième du matériel des Experts ?
Imaginez à présent que Charlie devienne réel et hante nos environnements quotidiens. Des murs aux sols en passant par les bibliothèques, là où les caméras de surveillance fleurissent, une personne parviendrait à s’effacer sous les objectifs pour faire triompher l’anonymat au détriment du contrôle de l’image de l’autre.
Ce pari fou fut relevé par Desiree Palmen, artiste hollandaise née en 1963, qui structura toute une réflexion artistique autour de la transparence dans un monde de surveillance. Pour ce faire elle prit dans un premier temps des photographies de lieux ordinaires avant de dessiner à la peinture acrylique sur des vêtements tout aussi ordinaires des éléments des ces paysages pour que finalement, vêtue de ces habits, l’artiste s’inscruste totalement dans ces décors du quotidien. Ces oeuvres s'inscrivent dans le courant artistique de l'anamorphose.
Devenir la femme invisible dans un monde qui veut tout voir, voilà le résumé d’une démarche que l’artiste immortalisa sur des clichés que nous pouvons retrouver sur son site Internet ou bien dans le numéro du Monde2 (semaine du 11 avril 2008) où un dossier est consacré aux nouvelles méthodes de surveillance. Les yeux vous laisse découvrir ces clichés de transparence au cœur d’un univers où les observateurs sont aussi les observés et les complices également les victimes…

Elbe

  

(Source de l'image de Charlie: lelounge.ca)

17.04.2008

Partir



Partir,

Comme il y a des hommes-hyènes,
Et des hommes-panthères,
Je serai un homme-juif,
Un homme-cafre,
Un homme-hindou-de-Calcutta,
Un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas.

L’homme-famine, l’homme-insulte,
L’homme-torture, on pouvait à n’importe quel moment le saisir, le rouer de coups, le tuer - parfaitement, le tuer - sans avoir de compte à rendre à personne, sans avoir d’excuses à présenter à personne.
Un homme-juif,
Un homme-pogrom,
Un chiot,
Un mendigot,
Mais est-ce qu’on tue le Remords, beau comme la face de stupeur d’une dame anglaise qui trouverait dans sa soupière une tête de Hottentot ?

Aimé Cesaire, Cahier d’un retour au pays natal,Paris,Présence Africaine,1939 


(Source des images:livres.ados.fr)

Départ du pays natal...

Aimez ces airs 

« Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viet Nam une tête coupée et un oeil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées. de tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.»

Aimé Césaire,Extrait Discours sur le colonialisme,Réclames,1950

(Source des images: Camer.be)

08.04.2008

Des excès de l'Idéal...

Doux rêveur

"L'Homme a construit de nombreuses prisons pour vivre ses rêves"

Volker Schlondorff, acteur et cinéaste

(Source de l'image Fribromyalgesios.com)

03.04.2008

Pensées d'autres yeux

L'ancêtre du bling-bling


Disco

       Comment peut-on encore être jeune ? N’avoir pas vécu Mai 68. Ne connaître Claude François qu’en remix. Et découvrir le disco sous les traits de Franck Dubosc, alias Didier Travolta… Pauvres jeunes. Avec ce film, c’est la jeunesse de leurs parents qui va leur tomber sur la tête : les boules à facettes, la grosse caisse binaire de Cerrone, les pattes d’éléphant, les hurlements androgynes des Bee Gees. Tout un passé d’insouciance, en piste de l’élection de Giscard à l’éruption du sida. De la première crise pétrolière, un accident, à la deuxième, le choc. « Disco », c’est la promesse des réformes avant la réalité de la rigueur, les paillettes avant la grisaille. « Disco », et la folie alentour, c’est le pied-de-nez des vieux parents à leurs enfants. Une moquerie obscène qui leur dit : regardez comme nous étions heureux, et comme vous ne l’êtes plus. Au fond, il faudrait naître vieux.

Francis Brochet

 éditorial paru le mercredi 2 avril 2008 dans les colonnes du quotidien Le progrès

(source de l'image: imageshack.us)

Une place pour deux

Premiers sinistres

      La guerre du pouvoir est une figure classique de l’exercice politicien et ce même en Sarkozie, contrée bâtie sur l’idéal de rupture, qui ne sut couper avec ces coutumes ancestrales qui font et défont les élites politiques sous un fond de lutte des places. La dernière mouture du combat politique met en scène François Fillon, Premier ministre coqueluche – temporaire ? – des sondages, et Xavier Bertrand, Ministre du travail accessoirement la bouille ronde souvent placée derrière le président.

Dans l’objectif de saisir les tenants et les aboutissants de cette lutte future, il nous semble nécessaire de faire un détour par la genèse du sarkozisme au cœur du Curriculum Vitae de ces deux personnalités.

Le 30 mai 2005 Jean Pierre Rafarin présentait sa démission provoquée par l’échec du traité constitutionnel européen. Jacques Chirac se trouvait alors face à la délicate mission de reconstruire un gouvernement capable d’estomper cet arrêt. Malgré les conseils de ses proches l’incitant à nommer Nicolas Sarkozy au poste de Premier ministre, le chef de l’Etat décidait de placer son chef de cabinet, Dominique De Villepin, à Matignon et demandait expressément au maire de Neuilly de réinvestir les locaux de la place Beauvau. Effet collatéral de ce remaniement, François Fillon perdit sa place de ministre de l’éducation nationale et se jeta par la même occasion dans les bras du Sarkozisme. En effet, de cette mise au ban va naître une volonté ferme de procéder à l’exécution de la Chiraquie et de récupérer l’honneur des postes qui lui fut retiré lors du remaniement. Ainsi, le député de la Sarthe participa activement à l’élaboration du programme de l’UMP et à la campagne électorale de Nicolas Sarkozy. Un tel investissement, qui plus est couronné de succès, fut récompensé par un poste de Premier Ministre.

Jusqu’ici nous pourrions croire que cet épisode de la vie politique s’apparente à la lutte de deux soldats qui parvinrent à faire choir le roi puis à se répartir les trophées de manière équitable. Or, la vie politique française n’est pas un de ces romans d’aventure livrant les clefs de l’intrigue dès l’incipit, au grand damne de certains politologues. Un troisième homme vient contrecarrer la route tranquille des deux protagonistes vus plus tôt. Une bonhomie certaine, un ton arrogant ou percutant selon ses interlocuteurs et une carrière politique atypique font de Xavier Bertrand un invité étrange du combat en Sarkozie. Juppéiste puis Villepiniste, sous lequel il fut ministre, il sentit très vite l’ère du sarkozisme arrivé et n’y résista que peu de temps. C’est grâce à ce flair qu’il accéda, durant la campagne présidentielle, au poste convoité de porte-parole du candidat Sarkozy. Poste qui l’exposa sur les plateaux télévisés et radiophoniques à tel point qu’il apparu rapidement comme un des visages de la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy. Son dévouement fut aussi récompensé par le poste délicat mais plein d’opportunités politiques de Ministre du travail. Parmi ces opportunités nous pouvons noter la réforme des régimes spéciaux que beaucoup de spécialistes jugeaient comme un premier test du sarkozisme. Xavier Bertrand parvint à faire passer cette réforme, en dépit de grèves et de quelques arrangements peu médiatisés, mais également à faire retourner la base syndicale contre les dirigeants de la CGT. Cette mise en difficulté de la CGT cheminot est un trophée politique qui compte dans l’air idéologique dominant depuis le 6 mai 2007. Un trophée qui, en politique, se doit de devenir une ressource pour une ambition personnelle. Cette dernière, Xavier Bertrand sait où elle se trouve et son regard fixe sur Matignon nous en donne une idée.

L’essor de ce concurrent premier ministrable n’a rien de rassurant pour François Fillon qui, avec l’aide de Jean François Coppé, tente de mobiliser, autour de son nom et contre l’avènement du ministre du travail, un grand nombre de députés. Coppé, Fillon et Bertrand voilà trois noms qui sont associés, dans l’hémicycle, au label « nés pour la politique » preuve d’une ambition peu cachée. Seulement sommes-nous face à une lutte entre deux Hommes ou bien en plein cœur d’un stratagème mené par le troisième homme, actuellement président de la république?

En effet, Nicolas Sarkozy ne goûte guère à la popularité de son Premier ministre qui ne fait que souligner le passage à vide présidentiel. De ce constat, en fin stratège politique, l’ancien maire de Neuilly a évalué les moyens dont il disposait pour enrayer l’envolée de son Premier ministre et rester le maître incontesté du navire UMP. Ce moyen se nomme Xavier Bertrand. En effet, le 27 mars dernier l’actuel Ministre du travail fut promu à la tête de l’UMP sous l’ordre de Nicolas Sarkozy. Une telle nomination a pour objectif d’asseoir la crédibilité politique de Xavier Bertrand, d’accroître son capital de popularité au sein de l’électorat de droite et d’appuyer son rôle dans la majorité et donc sa présence médiatique. Cette nomination, par cooptation, vise également à rappeler à François Fillon qu’il existe encore des éléments de substitution dans la botte sarkozienne qui pourraient être activés si l'ombre de Matignon devenait trop envahissante pour le reflet elyséen.

En fin de compte cette épopée politicienne ressemble cruellement à l’historique adage « diviser pour mieux régner »…

Elbe

(Source des images: lemonde.fr, farea.com, liberation.fr)

Article publié également sur agoravox.fr

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