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25.02.2008
L'âne et le coq

Dans le sein de la ferme urbaine
Vivent poils et autres laines
On bêle, hennit ou caquette
Dialogue de sourds au monde des bêtes
Matinée douce et bucolique
Paillettes et sourires animent le cirque
Les animaux admirent la parade
Riant des pitres à la hussarde
De la mêlée des princes
Survint le plus fort des coqs
Toute le foule s'évince
Le roi désire son bain ad hoc
Les mains se pressent et se serrent
La simple touche vendue comme dessert
Le seigneur en sa basse cours
Est courtisé pour quelques mamours
Dans le silence du troupeau de fans
Se niche l'anonymat d'un âne
Le sabot planqué parmi les poignées
L'oeil affûté attend l'opportunité
Le coq avance fièrement
La crête dressée vers l'avant
La flagornerie comme plumage
L'orgueil se pond et se fond dans le voyage
La ferme s'agite pendant le défilé
L'âne s'invite au rang premier
Voyant le roi triompher
La bête rue avant de s'élancer
La patte du coq lutte
Le mur de foule éructe
Le sabot fier et dressé
L'âne, le contact a refusé
La plume froissée par la résistance
Le coq et l'âne se tancent
Le manant jugeant sa crête sale
Le roi, vociférant, le mit au piquet de la salle
Dans cette valse entre oeufs et foin
Braves sont les bêtes à bec ou à groin
Derrière les parures de l'humanité
S'immiscent souvent les vestiges de la bestialité.
Elbe
Toute ressemblance avec un personnage ou un évènement existant serait purement fortuite
17:17 Publié dans bribe de vers | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, agriculture, con, pauvre, casse, toi, fables
20.02.2008
Tribunal

Au cœur de l’ère doutant
Siègent des juges d’un temps
Sans robe ni juste titre
S’enquièrent d’offrir leur justice
Du bienfaiteur au simple pitre
Leur verdict, infaillible, s’esquisse
Derrière des visages affables se cachent
Lumières et fables qui se gâchent
Gâteries puritaines et pensées dites purifiées
Atrophiés et simulés sont les plaidoyers
Doyens du monde de la bien pensance
Juges et procureurs vivent sans indulgence
Schéma dualiste du bien et du mal
Climat fataliste entre Pétain et cabale
Ballotté par un substrat de morale
Râles et plaintes comme code pénal
Magistrale épopée du bon point
Les magistrats font échouer des destins
Les tribunaux sont sauvages
Les libertés font office de mirages
Civil dans leurs simples vies
Cynique dans l’étreinte d’un avis
Les justiciers du monde sont portés pâles
Les polices de la pensée grondent et s’installent
Lorsque les esprits s’étriquent
Les mépris s’expliquent
La ligne du « bien » tracé
Le faux pas demeure risée
Erreur d’un jour, honnis toujours
Les bannis n’ont aucun recours
Ces inquisiteurs ont le visage du quotidien
Ils se pâment et se damnent au sein des citoyens
Les robes se nichent sous les habits du commun
Les poignards se figent même si le coupable tend la main
Reliquat d’un tribunal des milices
Délicat tribunal niant l’Humain et son vice
Elbe
Chacun peut se croire juge, chacun peut être vu comme coupable mais une régularité persiste : l’arbitraire.
00:00 Publié dans bribe de vers | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : tribunal, bonne, conscience, juge, civil, pardon, liberté
15.02.2008
Une petite phrase et puis s'en va

"Face à une situtation desespérée ou tragique dites vous celà: s'il y a un moyen de la surmonter, pas besoin de s'angoisser, s'il n'y a aucun moyen de la surmonter, s'angoisser ne sert à rien"
Moine Boudhiste, VIIIème siécle
18:30 Publié dans bribe de vers | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : devise, proverbe, croire, angoisse, boudhisme, 2008
13.02.2008
Voyage au bout d'un bruit

C’était un matin de février. Les terres et les herbes étaient blanchies par une fine couche de givre. La ville de Lyon poussait ses expirations juste avant l’aube. Le tramway arpentait les grandes artères de Lugdunum et menait les âmes au travail pour la majorité, à la déambulation diurne pour les autres.
Adossé à la porte vitrée du tramway, j’observais ce monde en éveil. Les journaux gratuits de mes voisins me caressaient les bras, le déodorant du play-boy niché à deux centimètres de moi menait un âpre combat avec mes sinus et les yeux de cette grand mère guettait la première place libre comme la pie observe un boulon brillant.
C’est le jeu des matins dans une grande mégalopole. La cohabitation entre deux sièges et une poussette dans le dos comme tissus social. Parfois, soyons honnête, ce tissus se tend et les mailles faites de sourire deviennent des grimaces que nous pourrions prendre pour un sévère faux plis si nous nous y attardions un peu. C’est un jeu, une routine qui coule dans les mœurs modernes et qui nous amène où on veut avec qui veut.
Ce matin là n’avait donc rien de révolutionnaire, d’innovant. A part ces deux individus. Ils étaient montés à l’arrêt qui vient immédiatement après le mien et semblaient se connaître aux vues des rires qu’ils échangeaient. A leur entrée dans notre terrain de jeu ambulant, les sourires s’éteignirent et furent substitués par le bref « bip » de notre carte à puce , sorte de passeport d’un nouveau temps, puis plus rien. Ceux qui offraient de la franche camaraderie il y a encore quelques secondes, n’avait pour offrande que le commun du matin : le silence.
L’un d’eux était figé devant la porte comme un vigil de boîte de nuit. Tête haute, du genre de beaux garçons qui me ferait de l’ombre même dans la nuit, et mains dans les poches en guise de posture pleine d’assurance. Quand les portes s’ouvraient, c’était avec peu d’entrain qu’il daignait décaler le gouvernail pour libérer le flux des passagers. A sa gauche son camarade, devenu compagnon de route, le regardait. Ils se regardaient. Les yeux semblaient parler mais la brume qui s’occupait des miens me dissuadait d’essayer de saisir les signifiances optiques de ces dialogues de pupilles. Bref, dans la danse des corps du tramway ces deux gars semblaient, comme nous autres, avoir mis en suspend les petits divertissements amicaux pour mieux se mêler à la foule anonyme.
Soudain, mes oreilles furent alertées par un bruit persistant. Il faut avouer que ce fait est rare puisque je suis normalement équipé de mon armada auditive qui me susurre le tympan et donc bâtit une bulle musicale lors de mes trajets. Cependant, ce matin là, j’entendais comme un bruit étrange. « bzzzzz bz bzzz bzzz ». Une sorte de mouche avec un battement d’aile irrégulier et même plutôt cadencé. Le silence, normalement entrecoupé par quelques pages qui se tournent et par des reniflements élégants, souffrait à présent d’une ambiance sonore continue malgré ses quelques disparités. Trop faible pour que ce soit le bruit d’un problème mécanique, trop agaçant pour qu’il s’agisse d’une mouche qui aurait échappé à des tentatives d’assassinats qui auraient été légitimes.
Qu’était ce ? Un bref instant je me pris à espérer que nous tenions enfin une légende urbaine moderne. Une sorte de Nessie qui voguerait à travers les trams à la recherche d’un passager affaibli pour le croquer ou bien l’emmener loin des rails et des sièges de velours. Je voyais déjà les conteurs d’un autre temps qui raconteraient à mes descendants « vous savez papy a fréquenté Técély, le monstre des trams, et ça tous les matins… un grand homme ». Hélas, la rationalité m’a très vite enlevé la parure d’ancêtre héroïque pour me refiler celle de l’étudiant qui avait du mal à décrocher de morphée.
Les yeux vinrent se faire les adjuvants des oreilles et se bloquèrent sur les fins fils qui se nichaient dans chacune des deux extrémités, auditives, de nos deux contemplateurs d’iris. Très vite je compris que ce simulacre d’échange était une couverture pour une fusion intérieure et individuelle qui vibrait aux sons d’une musique égoïstement partagée pour deux seuls tympans. Une image me vint, d’un coup. Ces isolés qui ne tiennent qu’à un fil à la communauté humaine, c’est aussi moi quand je porte mon attirail d’évasion. Chacun des passagers s’ennuyant dans un voyage devenu routinier se repli et s’évade, seul. Les oreilles permettent un voyage low-cost aux pays des désirs, c’est irréfutable. Pourtant l’espace d’un temps j’ai regretté mon isolationnisme matinal ne serait-ce que pour être passé à côté de tant de scènes du quotidien de cet acabit.
Ce matin là j’ai compris une chose. Aujourd'hui, les voyages en tram sont des voyages au bout d’un bruit.
Elbe
18:45 Publié dans bribe de vers | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : bruit, voyage, 2008
07.02.2008
Fuite d'un temps
Entendez-vous ce bruit ?
Celui du temps qui fuit
Fruit des années amassées
Les anniversaires se sont chassés
Cession d’une fertile année
Acquisition d’une mèche enflammée
L’horloge fait des tacs et des tics
La vie oscille entre trac et déclic
Sourire devenu belligérant temporel
Esquisse maligne narguant le réel
Les secondes s’accumulent
Les joies voguent et pullulent
Sœurette coiffée d’une toque
Aux plaintes, la fourchette rétorque
Panier sous le bras en plein marché
Chez la jeune fille tout est bon à déguster
Gustative et parfumée comme ritournelle
Les cuillères frappent pour réclamer la belle
Image d’une vie jumelle d’un buffet
Faits divers couchés sur des plats variés
Choix estomaqué d’ingrédients savoureux
S’avouer une faiblesse aux caprices d’un creux
Chaque année comme une part de vie
Sucrée, salée, épicée tant qu’elle nous sourit
Elbe
Texte pour ma soeur, joyeux anniversaire (fait le 31 janvier 2008)
15:20 Publié dans bribe de vers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anniversaire, fête, temps, fuite
02.02.2008
Meilleurs voeux

Ca y’est, le mariage est prononcé et sans doute déjà consommé. Après l’euphorie des journalistes d’investigation qui ont investis, des semaines durant, les sièges de Libération comme de Clooser c’est dans le silence d’un communiqué de presse que le peuple de France a appris l’union maritale entre le citoyen Nicolas Sarkozy et la citoyenne Carla Bruni. Il est important d’insister sur le statut de l’Homme au nom de la séparation des corps si chère à la république de France. Pourtant, nous le savons, les plumes vont glissées pendant quelques jours sur ce nonévénement au rythme saccadé entre indignation ou raillerie. Avant d’être intoxiqué par des sornettes illusoires, les yeux interdits ont l’honneur de vous offrir le conte de cette journée commune de la Vème réPUBLIC.
La scène se déroule dans une pièce du château de l’Elysée. Un cadre peu original, si on passe par delà le fait que Nicolas Sarkozy célèbre ses noces sur son lieu de travail, il nous l’avait bien dit qu’il fallait travailler plus. Après avoir discutailler avec un organisateur de cette fête élyséenne, nous avons appris que malgré les demandes de Carla, Christine Boutin n’avait pas trouvé un lieu à loyer modéré en dépit de ses recherches patentées. Il y avait bien celui de Bolufer, mais depuis que ce dernier est parti avec une pousse à l’arrière train il semblait incongru pour la ministre d’Etat de réquisitionner ce petit appartement en guise de salle de réception. Face à cette difficulté, la cheftaine du logement aurait tenté, bible à la main, de soudoyer quelques tentes à Augustin Legrand en échange de trois préfabriqués gardés en souvenir d’une escapade en terre de Gaule mais, une fois de plus, ces logements mobiles semblaient être tous occupés. Cette fois c’était sûr, la crise du logement Madame Boutin venait de la toucher du doigt et dut se résigner à imposer au patron d’établir sa demeure dans le même espace que son travail. « Les travailleurs pauvres voilà le drame de notre siècle, j’en ai la gorge nouée » aurait lâchée, dépitée, ce serviteur de l’Etat au microphone tremblant de Gala.
Heureusement la dignité du président et de son mannequin est telle que, malgré un toit de fortune paré de seulement quelques dorures, la fête eut lieu et fut belle. Sous les grains de riz, que Bernard Kouchner s’était fait un plaisir de ramener sans doute un reste d’une mission onusienne, les deux amoureux se donnaient la main. Scène saisissante et émouvante sacrant l’amour au niveau de l’Etat. Une bien belle image pour une génération sombrant dans la pénombre et ne croyant plus en rien. Nous pouvons aisément imaginer la pensée que Nicolas a offert à Benoît lors de la prononciation des vœux. Bien sur il aura fallu quelques répétitions avant de trouver le bon doigt pour la bonne bague mais cette fois, il l’a promis à sa sainteté, Carla c’est la femme de la civilisation.
Cette petite nouba fut l’occasion de quelques situations alléchantes pour nous, observateurs de ce conte des temps modernes, qui ne comprend ni chaussure de verre, ni de princesse endormie mais de bien belles Rolex, des Ray Ban et du caviar ; certes ça ne fera sans doute pas rêver nos héritiers mais en attendant nous nous sommes allégrement régalés.
Dans un coin de la salle, Brice Hortefeux, les joues rougies, raccroche son portable sourire en coin. « J’ai eu une réduc’ pour Bamako, Nico ! Faut dire avec les miles que j’ai, c’est un minimum. Pour moi ce sera travailler plus pour offrir plus ! », face à ce cri de joie Vincent Bolloré a un peu tiqué, l’avion c’est son dada, heureusement c’est pas les canoës de fortune des amis de Brice qui doublerons son beau Yatch. Tout s’arrange, la catastrophe a été frôlée mais c’est bien connu il n’existe point de conflit d’intérêt en France.
Au fond du jardin, un verre à la main, le curé semble mal à l’aise. En face de lui, Xavier Bertrand. L’homme fort de sa bonhomie à l’air sympa, pourtant il est bien rouge, nous dirions un tailleur de Madame Royal, d’ailleurs absente pour cause de Druckérite. En nous approchant nous avons pu entendre les raisons de la colère. Il se trouve que le ministre de l’emploi sommait l’homme d’Église d’ « être honnête », de « sortir de son corporatisme » et d’avouer « son statut de privilégié » avec le gain des quêtes dominicales. Interloqué, le porteur de soutane s’interpose et invoque le meilleur de ces syndicalistes qui a une barbe comme ça, Dieu. Xav’ a alors ravalé sa rage, il sait que le grand patron, celui de l’Elysée, s’est récemment acoquiné avec ce délégué efficace. Tournant les talons, Bébert s’est juré de s’intéresser de près aux régimes de retraite cléricaux.
Aux rayons des boulettes traditionnelles, Christine Lagarde a réservé un bien beau cadeau au couple présidentiel en vantant les mérites de la nouvelle première dame de France notamment en ce qui concerne la libération des infirmières Bulgares. Rires gênés dans la salle, la femme aux dents du bonheur avancé glissa un timide « c’est quelqu’un qui m’a dit »… Heureusement, rien ne pouvait gâcher sa journée puisqu’elle était responsable des alliances. Enfin rien, c’est vite dit. Christine avait confié les bijoux de famille à un trader sur le point de signer un contrat avec Hollywood dont l’identité est à l’heure qu’il est encore inconnue. Toujours est il que le passeur de joyaux est arrivé pantois et a bafouillé une explication insipide où son voisin avait fait un pari louche en échange de six bagues de ce calibre en cas d’échec… bref ce fut assez alambiqué mais la chose certaine est que les doigts des époux avait leur plus beaux costume de virginité…
Pendant qu’Hervé Morin jouait à la guéguerre avec le petit Louis, pendant que Jean Louis Borloo livrait un concours acharné avec Nathalie Geneviève Marie Kosciusko-Morizet pour savoir qui avait la meilleure descente, Fadela Amara scandait un petit Slam en l’honneur du Boss. Celle qu’on surnomme GGPB (Grande Gueule Petit Budget) a enchaîné les vers à la manière de Jean Louis ou de GCM (Grand corps Malade « Je voudrais faire un slam/pour ce couple du macadam/nico a eu la queue du mickey/un tour supplémentaire pour n*** ». Cette salve verbale aurait scotché Nadine Morano en pleine séance de cirage, elle n’avait pas l’air de kiffer à donf.
Rayon show-biz faut avouer les hôtes avait mis les petites stars dans les rangs. Fallait voir Christian Clavier expliqué à Doc gynéco que Les visiteurs c’était pas vraiment un film engagé et qu’à partir de là il est difficile de bâtir ses convictions politiques sur ce seul chef d’œuvre, ou encore Johnny expliqué à Sardou que sa vue a baissé et que s’il en avait besoin il lui ferait profiter de quelques réduc’ ou encore Jean Marie Bigard mimant la tête de Benoît quand il raconta son fumeux « lâché de salopes ».
Tout au fond, il y avait Glucksmann, Finkielkraut qui ont bien fait rire Steevy mais ces rabats joies sont vite partis. Dommage. Ils ont même faillit gâcher la sauterie lorsqu’ils entonnèrent leur critique de la société qui s’enrayait et devenait folle, heureusement Nico leur a payé un coup à boire et c’était réglé. Ca l’a vraiment changé notre président sa petite rencontre avec Edgar Morin, il a bien compris que les journaux se moquaient bien du concept idéologique tant que le titre rend bien sur la couverture. Les deux muppets réac’ c’est pareil, leurs têtes sont sympa sur la photo après le son on peut toujours couper.
Enfin voilà, la noce présidentielle fut bien belle, bien sympathique et nos yeux interdits ont pris un malin plaisir a tutoyer les nasses des festivités. Seul point noir, cette masse acculée devant les grilles du château bêlant et se définissant comme « contribuables ». Heureusement Guaino leur a répliqué « C’est bon, promis demain on s’occupe de vous ! ». C’est vrai quoi, c’est ennuyeux ces patrons qui viennent vous demander des comptes même en pleine fête familiale.
Elbe
16:50 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, carla, mariage, photo, 2008, fadéla, slam
An vers

Tout est cycle, tout est refrain
Tout fuit, mais revient
La minute cède pour elle même
Le jour récolte les heures qu’il sème
L’année croit orgueilleusement dominer
Négligeant qu’elle finira détrônée
Janvier pousse le cri du nouveau né
Avant que Février n’avance masqué
Vient Mars et la guerre des bourgeons
Bougeons, la place est à Avril et ses poissons
Son lit s’esquive et ne dira point « y’a pas de Mai »
Juin, lui, inspire les musiciens années après années
Juillet parade avec ses artifices
Pendant qu’Août lézarde sans vice
Terne Septembre au goût d’encre séchée
Octobre orangée aux feuilles desséchées
Surgit ce givré de Novembre embrumé
Avant que Décembre ne vienne tout emballer
Douze temps pour un instant
Lent et futile, ensemble pourtant
Quand le chant des pendules s’entonne
Chacune des âmes joue celle qui s’étonne
Soudain sonne ce glas pesant
Tant pis, puisque tout est recommencement
Elbe
11:00 Publié dans bribe de vers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : temps, janvier, février, mars, avril, mai, juin
01.02.2008
Poche de résistance

Nous sommes en 2007 après Jésus Christ. Toute la Planète est occupée par les communicants... Toute ? ... Non ! Un lieu peuplé par la solitude résiste encore et toujours à l'envahisseur. Et la vie n'est pas facile pour les Flux d’informations et de communiqués de presse retranchés derrière ces portes closes.
À l’heure où les papiers glacés vivent de l’illusion du glamour, où le paraître domine le savoir-vivre, un lieu souvent raillé par l’Homme moderne semble connaître une renaissance.
La société du troisième millénaire brille par un flux d’information non-stop, un règne des images sans partage et une glorification des statistiques menant parfois à une certaine déshumanisation des faits humains. De tels mécanismes amènent l’homme à s’exclure progressivement de la conception de sa destinée. Chaque fait étant étayé par une vérité statistique qu’il est très mal vu de contester, chaque impression pouvant être contredite par un fait divers diffusé un soir au cours du 20 heures, fait divers pas forcément plus justifié qu’une impression mais bénéficiant de la faveur de l’image. La pensée, elle, vit avec le handicap de ne pas savoir faire le spectacle. Il suffirait pourtant de la munir d’un short et de crampons pour faire de cette délicate entreprise un sport national renaissant. Face à ces turpitudes modernes, un lieu demeure poche de résistance : les toilettes.
Oh, entendons les chantres de la classe et du raffinement s’offusquer que l’esprit se retrouve cantonné autour d’un outil fait de marbre et recueil d’insalubrités. Il est sur qu’aborder ce lieu sous l’angle pragmatique ferait très vite impasse de la dimension spirituelle de cet espace clos pour se résigner à n’être qu’un simple champ de commodités. Pourtant l’âme et l’être vivent des instants spéciaux et psychiques intéressants dans cette zone bannie de la civilisation tellement vantée depuis quelques semaines. Affirmons-le, crions-le, expliquons-le : les toilettes sont une formidable poche de résistance.
Poche de résistance pour la presse écrite. Des revues aux quotidiens régionaux, beaucoup connaissent une deuxième vie coincés entre un rouleau tout juste déroulé et un canard WC prêt à picorer bactéries et saletés. Posé sur un carrelage pour les plus modestes, sur une étagère pour les plus fétichistes, ces journaux trônent, sans jeu de mot, comme les fabuleux bouffons de ce lieu où l’Homme est seul face à sa porte à défaut d’être face à son humanité. Alors il les saisit, les feuillette, esquisse un sourire au sujet d’une caricature bien sentie, s’interroge sur un sondage étonnant, parcourt les analyses profondes du dernier économiste au sujet du pouvoir d’achat et tant d’autres choses. Là où le calme et le silence relatif dominent, l’esprit pique et se nourrit des mots couchés sur ces revues étalées sur le sol que chaque mortel est un jour ou l'autre appelé à fouler.
Il est certains qu’il est plus romantique pour les créateurs de ces journaux d’imaginer leur lectorat au cœur d’une bibliothèque en train de feuilleter Le Monde 2 ou bien sur une plage en train de se plonger dans Elle. Loin de nous l’envie de couper les rêves de décor d’un rédacteur qui a bien raison d’imaginer un tel environnement lorsqu’il rédige ses chroniques. Il serait, en effet, assez dérangeant pour nous, yeux de ces plumes, de voir inscrit sur ces feuilles « vous qui êtes assis », « avant de finir ce que vous êtes en train de faire… », d’un coup nous passerions du spiritualisme à l’exhibitionnisme. Gardons donc cette mythologie des revues trônant dans les bibliothèques tout en préservant au fond de nous cette réalité : les toilettes ont sauvé la presse écrite et son économie. Un papier en chasse un autre.
Poche de résistance pour l’émancipation de l’Homme. Forcément ces termes nous amènent immédiatement au temps des Lumières où le savoir était une arme et la condition sine qua non de cette émancipation humaine. Depuis, les secondes ont coulé sous les ponts du temps, l’espèce humaine est plus ou moins émancipée, le savoir est une arme parfois en manque de munition et l’esprit paraît être en proie avec une certaine uniformité. Cette uniformité se traduit par le besoin irrémédiable de notre époque de tout rendre plus rapide, plus spontané laissant à la lenteur une sépulture sur le coin de la route. Que nous soyons entre amis, devant un poste de télévision ou l’oreille collée à la radio, tout se zappe, tout s’enchaîne sans même que le fond ait pu être caressé. C’est notre temps, la rapidité est devenue l’ennemi de l’ennui et le temps le toréador de l’Homme ce qui rend nos pensées superficielles et nos raisonnements, parfois, simplistes. Pourtant qui n’a jamais été confronté, en plein milieu d’une conversation, à un silence plus porteur que les mille et unes phrases prononcées les minutes précédentes ? Dans ce lieu, que nous glorifions depuis quelques paragraphes, nous sommes seuls face à notre pensée et nous avons l’occasion, rare, de prendre notre temps. Un conflit familial, une engueulade entre amis, un problème professionnel, tant de situations qui nécessitent calme et solennité dans la méditation afin de ne pas se hâter et compromettre un avenir qui se jouerait sur une fugace réflexion. Cet endroit peut donc aussi s’apparenter à une poche de résistance pour la condition de l’Homme et au retour de la pensée individuelle au sens noble du terme. Évidemment, il existe des situations, des trublions pour nous rappeler que le temps presse, que le trône se partage, dans ces cas d’urgence détendu et en paix (!) spirituelle répondez, sans sourciller, « Silence, je pense ». Et comme vous le savez, tout le monde pense…
Si Louis XIV avait fait de cet espace une sorte de repère de la Jet Set contemporaine, aujourd’hui les Hommes fuient cette cour pour se retrouver seul, construire sa pensée et se recharger avant d’affronter l’agitation d’un monde extérieur qui finira bien par un jour à déloger ce bastion de résistance.
Elbe
PS : Cette chronique est évidemment caricaturale et ne dispense pas d’offrir la pensée à l’espace public
16:35 Publié dans Notre époque | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : toilettes, poche de résistance, carricature, Le Monde, Elle, 2008













