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21.01.2008
Service+Pub : le hic

Une époque en chasse une autre laissant ses souvenirs sur une bribe de son temps. La bribe de l’Homme préhistorique était une caverne et un silex, celle du moyen âge courrait les parchemins, les hiéroglyphes étant celle de l’Égypte antique avant que les lumières laissent l’encyclopédie comme bribe du savoir de leur temps. Chaque époque à sa mémoire et son support. Q’en est il de nous ? Nos souvenirs bégayent sur une pellicule, mesurent entre trente secondes et une minute trente, sont ponctués par une bande sonore plus ou moins réussie et s’achèvent sur un slogan pompeux ou efficace. Nos hiéroglyphes sont donc nos publicités. L’époque coloniale possède son Banania, la mère Denis a fait vibrer les ménagères et le Yop a fait sourire les cours d’écoles. Traces du temps et de la pensée d’un monde, la pub a traversé les mutations de l’âge moderne s’adaptant comme tout bon communicant à l’air du temps.
De l’air, voilà ce que le président de la république française a promis le 8 janvier 2007 au service public audiovisuel. Fini le temps de la pause café pendant qu’on nous vend Grand mère, les chaînes publiques seront théoriquement débarrassées de la publicité qui au-delà du devoir de mémoire sont aussi les empereurs de l’audimat. Plus des messages à caractère publicitaire, une rengaine de gauche en passe d’être cannibalisée par la droite… une de plus me direz-vous.
Cette suppression est réclamée depuis des années pour enrayer la course à la ménagère de moins de cinquante ans, afin de permettre la prise de risque et la réintroduction de la culture sur les télévisions bénéficiant de la redevance. 2008 est donc l’année de concrétisation de ce qui était jusqu’alors qu’utopisme. Pourtant la lutte entre Idéal et réel semble déjà s’accaparer du débat.
Dressons un bref récapitulatif de ce que représente la case pub dans le jeu de France télévision. Mis bout à bout nous dégustons trois heures de publicités journalières et permettons ainsi l’apport de quelques deniers à la maison de Monsieur De Carolis au point que l’Etat doit envisager un système pour récupérer les quelques 1.2 Milliards d’€uros que perdrait France télé en cas d’ amputation.
Idéal ou réalité, dur de trancher. Il est vrai que Baudelaire est moins séduisant que les tribulations du FBI, Mots Croisés moins palpitant qu’un show présenté par Daniela et donc moins accrocheur pour un annonceur qui rêve d’un temps de cerveau disponible. L’idéal serait d’emmener la Culture et la pensée dans les maisons hexagonales au risque d’aller contre courant avec la garantie de ne pas subir une baisse des recettes parce que la consommation n’est pas en accord avec le culte des lettres. L’audimat, ange et démon du monde hertzien, fait la pluie et le beau temps de façon beaucoup plus flagrante qu’Évelyne Déliat. Pour cela, si la publicité reçoit le baiser de la mort de la République, il se pourrait bien que les auteurs du passé et les penseurs de demain reçoivent l’accolade des nouveaux venus dans ce monde qui les a boudé. Nous sommes enlacés dans l’idéal et si le confort y est la réalité a laissé la porte entrouverte et les courants d’air nous rappellent par un frisson que tout n’est pas si facile.
Plus de publicité mais une multitude de risques pousse dans le champ hertzien. De la culture en prime time face aux lamentations des châtelains ou au martinet de la super nourrice, évidemment, mais comment éviter ARTEification qui satisfait les fins passionnés du savoir mais excluent ceux qui n’en sont pas les plus adeptes. Service public, deux mots liés pour une mission qui est celle d’enrichir spirituellement une population de façon la plus large possible. Or, serait-ce une mission de service public que de satisfaire les érudits et de fermer la chaînes aux manants du savoir en soif d’apprendre qui cherchent ne serait ce qu’une petite place au comptoir pour siroter un cocktail de savoir. L’idéal voudrait que la télévision soit un recueil de thèse aux sensibilités saisissables par l’ensemble de l’auditoire, la réalité a tendance a relativisé le capital culturel qui n’est pas aussi homogène que dans les esprits vertueux. Les savoirs sont divers et le service public a pour mission d’en partager le maximum avec pour ambition de donner l’envie de la connaissance sans pour autant faire passer cette culture comme étant un douloureux parcours du combattant. Un service public de l’élite est antinomique et il n’est point utopique que de voir la culture comme séduisante.
Autre problème et non des moindres celui du financement de l’audiovisuel public. Financer trois heures de programmes supplémentaires tout en palliant la disparition de la publicité est un casse tête économique très délicat dans le cadre du pouvoir d’achat qui, pour sa part, aurait bien besoin d’une petite campagne de pub. Quelques pistes évoquées ces derniers jours mèneraient à une taxation des publicités émises sur les chaînes privées ainsi que sur tous les appareils de communication(ordinateur, portables etc.). Des propositions qui se font entendre comme un coup de massue dans les oreilles du téléspectateur et consommateur pour qui la suppression de la publicité serait dans un premier temps un bénéfice mais qui pourrait plus tard lui offrir un certain déficit. Sur ce plan financier l’Union Européenne n’a pas dit son dernier et semblerait peu goûter à la taxation du privé pour des fins du service public.
Idéal ou réalité et si la réponse se situait au milieu. Plus de publicité sur le service public a un coût que les Français ne sont peut être pas enclin à payer car déjà assez préoccuper à se serrer la ceinture pour consommer ce que ces mêmes pub leur vendent. Plus d’écran publiciatire c’est aussi faire dépendre le service public d’une seule ressource financière celle de l’Etat, ce qui pourrait entraîner à long terme une certaine dépendance vis à vis des pouvoirs en place qui seraient les seuls juges en matière des moyens à attribuer aux chaînes radio et télévisions du service public. La publicité est dans notre époque, dans nos rues, nos revues ou encore lors de nos surf virtuels pourquoi serait-elle bannie du service public si elle est tolérée ailleurs… laisserait-on quelque chose de dangereux hors du service public ? C’est ainsi que nous pouvons imaginer nous diriger vers une solution hybride, à la manière de canal+, où les écrans publicitaires n’auraient droit de cité qu’entre onze heure et dix huit heure afin de permettre l’obtention de quelques deniers et de dégager les primes et les programmes jeunesses des exigences de l’audimat. Entre l’idéal de la suppression et la réalité du marché pourquoi ne pas espérer le mariage des déçus pour en faire une sorte de noce de la réconciliation ?
Idéal ou réalité à en croire Le Canard enchaîné du 18 janvier il s’agirait plutôt de réalité. Une réalité susurrée par Alain Minc, membre du CA du quotidien Le Monde et conseiller officieux de Monsieur Bolloré patron de divers médias comme direct 8, qui a proposé cette suppression tant espérée par les chaînes privées envisageant déjà des retombées économiques agréables. Prenons l’exemple de l’entreprise Bouygues qui depuis quelques temps connaît des difficultés financières notamment avec sa filière télévisuelle, TF1, qui rencontre une baisse d’audience entraînée par l’arrivée de la Télé Numérique Terrestre. La suppression des écrans publicitaires sur France télévision permettrait aux télés privés de récupérer les investisseurs déchus du service public et pourquoi pas d’obtenir une seconde coupure pub pendant les films. Enfin, selon certains spécialistes cette décision serait bénéfique pour l’industrie de la presse qui a son tour verrait ses recettes publicitaires grandir sensiblement. En fin de compte, cette réforme du service public est une fabuleuse manière d’étouffer un idéal de gauche, de rétablir les finances d’un industriel à la dérive disposant d’un grand nombre de cerveaux disponibles, de relancer une presse en difficulté économique , en somme nous avons à faire à un stratagème habile qui pourrait toutefois amener à la privatisation d’une chaîne du service public. Toutefois cette dernière hypothèse n’est pas du goût des chaînes privé qui craignent l’apparition d’un concurrent supplémentaire sur le marché publicitaire. La privatisation étant dans l’Idéal de droite nous nous retrouverions très vite dans une autre tension entre réalité et idéal.
Finalement nous pouvons dire que les motivations de cette réforme, peu concertée, s’inscrit bel et bien dans une réalité mais pas forcément celle d’une mission de service public. Juste une question en guise de conclusion, est ce le courage des dirigeants ou la publicité qui fait la qualité des programmes ?
Affaire à suivre…
Elbe
22:45 Publié dans télévision | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : pub, télé, france, 2, 3, carolis, sarkozy














Commentaires
Bien vu, surtout que financer entièrement la chaine publique par les deniers de l'Etat place celle-ci en état de dépendance extrême qui pourrait mener à une dictature médiatique à l'italienne...
Risque exagérés, certainement, cependant qui sait?...
Ecrit par : j-mark | 24.01.2008
Comme tu dis qui c'est, bon pas avec la présidence d'aujourd'hui faut pas abuser (aie mon âme de gauchiste me tiraille ;-) mais bon le temps n'est pas toujours fait de certitude autant être prudent. Puis il y a une chose que je n'ai pas mis mais qui est essentiel pas de pub? et quand va-t-on aller aux toilettes hein!
Ecrit par : elbe | 25.01.2008
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