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31.12.2007

Fins et perspectives

        2007 s'achève et aura vu des changements s'amorcer, des âmes s'envoler, des silences se répéter, des images se bousculer et une nouvelle présidence arriver. Une année chargée en émotions, en activité, en espoirs et en fatalités. Bref, une année en France qui détient bonheurs et tristesses, désillusions et illusions. 2008 s'annonce, nous l'accueillons avec des souhaits d'amélioration, convaincu que, cette fois, décembre peut trembler le bonheur sera total.

        On appelle ça des cycles et au final chacun de ceux -ci possède leurs lots de sourires et de peines, libre à chacun d'en choisir la somme, la mienne sera souriante. J’en profite pour remercier ceux qui m'accompagnent, les yeux interdits qui lisent, ma famille qui reste liée, les futurs nouveaux nés qui font une attaque en masse dans mon entourage (ne craignez rien on va vous la protéger cette planète bleue), aux amis qui voient leurs vies prendre des tournures adultes comme nous tous, à ceux qui luttent dans leur monde en espérant que la révolution personnelle mènera à autre chose qu'une résignation collective, j'ai une pensée aux étoiles qui veillent encore et toujours sur moi et je donne mes derniers mots à celle qui m'a fait retrouver le sens de la vie et de l'envie et que je rêve de voir vieillir à mes côtés, MA Bounette (on en a vu des choses en 2007, tu en as fais fuir des instants de douleurs, tu en a vaincu des luttes contre les fantômes de la peine, pour tout ça je t'aime et te regarde avec l’œil de l'amant mais aussi de l'admirateur). Pensées à celles et ceux dans la souffrance et aux autres également ;-).

        Que 2008 soit à vous car 2007 est (déjà) a hier.
 
        Pour finir cette année, c'est un article du Nouvel observateur qui va signer l'envoi. Rien de bien joyeux, ni de glorieux, juste un survol d'une mutation sociétale qui inquiète certains, ravit d'autres et (surtout) anéantit des âmes habilement masquées derrière des chiffres. Parce que même si les années passent certains agissements offrent des marques qui, elles, passent beaucoup plus difficilement. Mon seul vœux (très pieux) pour 2008 est qu'on combatte la misère plutôt que les miséreux et qu’on cesse de croire qu’il est naïf de parler d’humanisme quand on traite des humains, oui 2007 n’a pas eu peur du paradoxe.

Elbe



Au coeur de la machine à expulser



      Derrière la vitre valsent les cloches de Notre-Dame. Paris s'éveille, la Seine se réchauffe au soleil d'automne. De son bureau, au dernier étage de la Préfecture de police, le spectacle est grandiose mais le commissaire Gilles Beretti ne voit rien. Il a l'oeil fixé sur son ordinateur. Au téléphone, le cabinet du préfet réclame les derniers résultats. 14 179 interpellations depuis début janvier, 1 776 expulsions, loin du seuil de 3 680 fixé - pour Paris - d'ici à la fin de l'année. Il y a quelques semaines, le nouveau ministre de l'Immigration a tapé du poing sur la table, rappelant l'objectif de 2007 : 25 000 reconduites à la frontière. C'était 15 000 en 2004; 20 000 en 2005...«Personne ne sait au juste d'où sortent ces chiffres», note, philosophe, Gilles Beretti, mais c'est comme ça. Au-dessus de sa tête, le portrait du nouveau président semble lui rappeler tous les jours : 25 000 ! C'est compris ? La France de Sarkozy a promis la fermeté. Multiplication des contrôles d'identité, délivrance à la chaîne d'arrêtés de reconduite à la frontière, placements en rétention, partout, la police et l'administration se démènent. A Paris, au coeur de la fourmilière, c'est lui, Gilles Berett qui mène la bataille. Tout se joue ici, dans son service, à la 12e section des RG, pudiquement rebaptisée «pôle d'éloignement». Le top en matière de lutte contre les sans-papiers. Dans ce grand couloir gris, au 5e étage de la Préfecture de police de Paris, 250 officiers - dont 35 chargés exclusivement du travail clandestin, combattent - 7 jours sur 7 l'immigration irrégulière. Descentes dans les ateliers, contrôles quotidiens dans les quartiers chauds de la capitale, les fonctionnaires de la 12e, qui travaillent main dans la main avec les services de la préfecture, arrêtent, chaque jour, des dizaines d'étrangers en infraction. Le parquet est sous pression, les tribunaux asphyxiés. Le système, complexe, arbitraire, chauffe à plein régime, mais, souvent, ne résout rien. Voyage au centre de la plus grosse machine à expulser de l'administration française.


      Ce mardi matin, une équipe de la 12e est en route vers la gare du Nord. La routine : contrôle d'identité sur la voie publique. Une vingtaine de policiers en civil se retrouvent au terminal des bus. Des hommes, quelques femmes, jeans, sac au dos, ils ont l'air d'étudiants, de simples badauds. Le chef de l'opération remet à chacun la photocopie signée du procureur les autorisant à effectuer, en vertu de l'article 78-2 du Code pénale des contrôles d'identité dans le quartier pour une durée de trois heures. «Contrairement à ce que les gens croient, indique le lieutenant. Nous n'avons pas le droit d'interpeller sans autorisation du parquet, sauf dans les gares internationales.» Ambiance tendue, le ciel s'assombrit. Les équipes partent à la pêche rue Saint-Denis. Quelques minutes plus tard. Dramane, escorté par trois officiers, hisse sa grande carcasse dans le camion des RG. Il a les dents du bonheur, une cicatrice sur le front. Il bafouille qu'il est né en 1977, au Mali. Il allait à un cours de français dans un foyer du 10e. Carole, la jeune femme des RG chargée de l'interrogatoire, appelle aussitôt le «pôle de compétence», le bras droit de la 12e à la préfecture. Là-bas, ils sont une quinzaine, devant leur ordinateur, chargés de livrer en quelques minutes le maximum d'informations sur les étrangers interpellés. Pour Dramane, «c'est bon», informe une voix du pôle de compétence. Le Malien est dans les fichiers, il a déjà fait l'objet de deux APRF (arrêt préfectoral de reconduite à la frontière), en 2003 et en 2005. Le jeune homme se laisse fouiller, emmener dans le box à l'arrière du camion. D'autres bientôt le rejoignent, un Algérien de 20 ans, Ali, cueilli en combinaison de peintre à la sortie du bus, un Bangladais avec une valise immense remplie de cassettes porno, un Sri Lankais, un Brésilien, un Congolais, une Chinoise, mu- tique, et deux copains de Shanghai, un petit et un grand maigre qui répète en boucle «papiers maison». A l'entrée du camion, il y a embouteillage. Un Zaïrois, les lèvres gonflées de rage, hurle : «Je suis souffrant», un Sénégalais tente de glisser qu'on l'attend à la plonge dans un restaurant de Montparnasse. Carole, pendue au téléphone avec le pôle de compétence, ne sait plus où donner de la tête. «Pour l'Haïtien, c'est pas bon, titre de séjour», l'Erythréen non plus : «Demande de réfugié en cours. Au revoir monsieur.» Le Chinois, «compliqué», il a trois enfants, et à Paris, contrairement à d'autres départements, on n'expulse pas les familles : politiquement trop risqué. Par contre, le Sri Lankais, «tout bon. Mister, you're going with us to the police station». Les PV d'interpellation, préremplis, sont signés à la chaîne. «Allez les gars, commande le chef. On y retourne.» Ils cueillent aussitôt Eddy, un grand brun moulé dans un costume en daim. Il dit qu'il est palestinien. «Ils racontent tous ça», prévient un agent. On lui fait le petit test, un «questions pour un champion», comme on dit à la 12e : «Alors, elle est comment la carte d'identité palestinienne ?»L'homme ne sait pas répondre, le pôle de compétence ne l'a pas identifié mais, une fois en garde à vue, ses empreintes digitales parleront peut- être... Un policier lui demande s'il a sur lui une arme, un couteau ?«Je ne suis pas un criminel», marmonne Eddy. Au loin, depuis une demi-heure, une jeune fille à chignon observe la valse des étrangers autour du camion des RG. «J'en peux plus de voir, chaque jour, sous mes fenêtres, des gens contrôlés au faciès, balance-t-elle.C'est honteux toutes ces rafles...» Les policiers, eux, en ont assez d'entendre ce mot ignoble. Non, ils ne sont pas des «fachos», simplement des fonctionnaires qui font leur boulot. Ils pensent aux petites Chinoises, qu'ils ont vues, enchaînées à des machines à coudre, à Belleville, ils pensent aux milliers d'étrangers qui rêvent aux lumières de la France et se retrouvent à dormir à 10 dans 10 mètres carrés pour 500 euros par mois. «Aucun pays ne peut se permettre d'ouvrir grand ses frontières, souffle l'un d'entre eux. L'Europe est une passoire. Sans un minimum de répression, on est morts.»

      Le camion blanc des RG démarre. Sous la pluie, la fille au chignon crie : «J'espère qu'avec ça, au moins, vous allez les faire vos chiffres.»

      Retour à la 12e section. Bilan de l'opération : une quinzaine de sans-papiers interpellés en deux heures. Dramane, le Malien arrêté gare du Nord, Ali, l'Algérien en tenue de peintre, les deux Chinois et les autres attendent, bras croisés, dans un petit box en verre. Leur garde à vue vient d'être notifiée au procureur de la République. Au bout de vingt-quatre heures, quarante-huit heures maximum, ils seront fixés sur leur sort : libè res ou places en centre de rétention en attendant, peut-être, d'être expulsés vers leur pays de naissance. On les informe qu'ils ont le droit de voir un médecin, un avocat et un interprète. Les policiers disposent d'une centaine de contacts, joignables jour et nuit, traducteurs, étudiants parlant kurde, chinois, soneke, tamoul... L'interrogatoire se fait derrière une vitre, au guichet, comme à la Sécu. Un petit Bangladais poireaute, les yeux dans le vide. L'avocat commis d'office, appelé trois heures plus tôt, n'est toujours pas arrivé. Il y en a bien un, une femme, qui débarque à l'accueil en furie : «J'ai plus de dix dossiers de sans-papiers. A croire qu'il n'y a plus de délinquants dans Paris !» Mais elle n'est pas là pour lui. Heureusement, le traducteur de bengali arrive. L'interrogatoire commence. Le fonctionnaire ouvre son fichier Word : «Allons-y :il habite où ce monsieur ? - Chez des amis, répond l'interprète. - De quoi vit-il ? - Parfois, il vend des fleurs.» Le petit homme explique qu'il est arrivé en France en 2004 avec un faux passeport, il a fait, sans succès, une demande de réfugié à l'Ofpra (Office français de Protection des Réfugiés et Apatrides). Le fonctionnaire demande d'épeler le nom de l'organisme et poursuit : «Voulez-vous retourner au Bangladesh ?» Derrière la vitre, la petite tête dit non : en cas de retour, prétend-il, il risque la mort. Fin de l'interrogatoire. L'interprète, payé 18 euros de l'heure, réclame ses sous. Le lieutenant jette un coup d'oeil au PV. C'est ce qu'on appelle ici «le contrôle qualité» : comme dans toute entreprise moderne, on s'assure que les «process» ont bien été respectés. Car, pour «un rien», une erreur de date, de signature, quelques minutes de trop entre une interpellation et une garde à vue, tout le travail des policiers peut partir en fumée. «L'ILE [Infraction à la législation sur les étrangers] est devenue une procédure quasi criminelle, s'indigne un officier. Les JLD [juges des libertés et de la détention, chargés, au bout de quarante-huit heures, de contrôler la régularité de la mise en rétention] nous cherchent des noises en permanence.» Plus d'un quart des sans-papiers placés en rétention sont libérés pour vice de procédure. La moitié d'entre eux seulement seront expulsés. «La France est championne de l'embrouillamini administratif et juridique», soupire Eric Jacquemin. Le chef du 8e bureau de la Préfecture sait de quoi il parle. C'est lui qui, avec ses agents, sélectionne les candidats au départ. Lui qui, à l'instant même, décide du sort de Dramane, d'Ali et de tous les malchanceux arrêtés aujourd'hui. Partiront-ils avec un simple APRF, seront-ils placés au centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes ? Subtile partie de roulette russe. Tout dépend du nombre de places disponibles au CRA, de la situation de l'étranger et, surtout, de sa nationalité. La machine à expulser tourne selon l'humeur des magistrats, mais plus encore selon celle, changeante, des consulats. Sans laissez-passer, aucune reconduite n'est possible. En ce moment, à Paris, l'Algérie, la Chine, l'Egypte coopèrent bien. Mais certains pays comme l'Inde, la Tunisie, le Mali refusent quasi systématiquement de reconnaître leurs ressortissants. Rien ne sert d'ordonner un placement en rétention pour les migrants de ces pays- là. La police se demande même pourquoi continuer à les interpeller. Théoriquement, Dramane le Malien devrait passer entre les mailles du filet. Mais cette fois, le chef du 8e bureau décide sa mise en rétention. «Le Mali, c'est 100% de refus depuis février, dit-il.Mais là, on a une photocopie de passeport, on va tenter le coup.» Même tarif pour Ali, l'Algérien, le Bangladais vendeur de fleurs, les deux copains de Shanghai... Pas le choix, il y a 3 680 expulsions à réaliser d'ici à fin décembre, même en incluant dans ce chiffre les aides au retour, les interdictions de territoire pour les criminels, les départs volontaires - tout de même trois à cinq dossiers par semaine - l'objectif paraît compliqué, d'autant que les Bulgares et les Roumains, qui, l'an dernier, assuraient 30% des reconduites, font désormais partie de l'Europe. Eric Jacquemin, de sa belle plume, signe les mises en détention. Sans états d'âme et sans illusion : «On laboure la mer», dit-il.

      Le drapeau français flotte, majestueux, au-dessus du CRA de Vincennes. Dramane, Ali et les nouveaux arrivants sont placés dans le tout nouveau bâtiment. L'autre, incendié l'an dernier par des «retenus», n'a pas encore été rénové. Derrière le grillage, les élèves de l'Ecole nationale de Police, hébergée sur le même site, s'entraînent. «Bienvenue au CRA», lance le commandant Bruno Marey. Le directeur a de grandes moustaches grises et un bon sourire. On l'a chargé d'accueillir la journaliste. La préfecture est soucieuse de montrer combien les sans-papiers sont désormais bien traités. Fini le temps pourtant pas si lointain - deux ans à peine - où Paris les enfermait au dépôt dans des conditions moyenâgeuses. Là-bas, sur l'île de la Cité, il ne reste plus qu'une quarantaine de places pour les femmes. Le CRA de Vincennes, rénové à grands frais, accueille, lui, jusqu'à 280 hommes et 400 po liciers. «Le CRA n'est pas une prison», assure le commandant Marey. Bien sûr, il y a les barbelés de 3 mètres de haut, partout des caméras de surveillance, mais à l'intérieur les «retenus» circulent librement. Ils ont, dès leur arrivée, un règlement intérieur traduit dans toutes les langues, du savon, une brosse à dents, des serviettes propres. Au bureau de l'Anaem (Agence nationale de l'Accueil des Etrangers et des Migrations), ils peuvent trouver une assistance psychologique, des conseils pour préparer leur départ, à celui de la Cimade, la seule association présente dans les CRA, ils peuvent bénéficier d'une aide juridique. Une infirmière les accueille 20 heures sur 24 : «Je distribue beaucoup de calmants, confie-t-elle. Certains sont des habitués, qui ont déjà fait deux, trois centres de rétention mais beaucoup sont perdus.» Elle a scotché sur le mur la radio d'un estomac traversé d'un couteau. Un Algérien n'a rien trouvé d'autre pour éviter l'expulsion. D'autres avalent des fourchettes ou des clous... La visite continue au pas de charge : ici, le réfectoire, avec au menu, ce soir, salade farandole, crêpes au fromage et coupe liégeoise, là, la salle de télé, le coin téléphone. Les haut-parleurs crachent en continu le nom de ceux qui ont de la visite ou doivent partir au tribunal. Au bout du couloir, un homme agenouillé sur un drap prie. Dehors, des dizaines de «retenus» tuent le temps sur l'étroite promenade. Ils discutent, fument, étendent leur linge. Un homme s'approche. La trentaine, un regard vif, des boucles brunes : «Regardez-nous. Nous ne somme plus rien, madame : des animaux, la machine nous casse.»Le Tunisien raconte qu'il est étudiant à la Sorbonne, marié à une Française, qu'il a lu Pascal et Montaigne. «Elle est belle la France...»Autour de lui, soudain, un groupe se forme, une masse d'habits sales et de regards suppliants. Ils disent que «la bouffe est dégueulasse», qu'il n'y a«même pas de poisson pour le ramadan», qu'au petit matin les Chinois ont été libérés, comme ça, sans raison.«Eux, ils peuvent payer de bons avocats», souffle l'un. Un autre : «Il suffit de lâcher de la thune aux consuls.»Allongé près de la table de ping-pong, Dramane, le jeune Malien rencontré gare du Nord, fait un petit signe de la main. En confiance, loin du camion des RG, il explique qu'il est en France depuis 2000, qu'il fait des ménages le soir dans des entreprises et qu'il paie même des impôts.«En sept ans, personne ne m'avait jamais embêté», murmure-t-il.«Tout ça, c'est depuis Sarkozy.» Son ami Ali, le peintre algérien, acquiesce. Lui est entré en France au printemps. Pour 5 000 euros, un passeur l'a conduit jusqu'à Almeria. Vingt-quatre heures de traversée en mer puis trois jours dans les camps espagnols jusqu'à ce qu'on lui dise : «Allez Jile !» Ce matin, les deux copains ont, comme dix autres «retenus», tenté de plaider leur cause devant la juge du tribunal administratif. Ils demandaient l'annulation de leur arrêt de reconduite à la frontière. Tous ont été déboutés. Pour eux, la roulette russe continue. Fatalistes, ils disent : « C'est Dieu qui décide. » Ils attendent que le juge les libère ou prolonge encore la rétention, trente-deux jours maximum, le temps que leur pays, peut-être, se décide à les reconnaître. Le consul du Mali, comme à son habitude, ne devrait pas signer de laissez-passer pour Dramane. Celui d'Algérie, toujours coopérant, devrait, lui, permettre l'expulsion d'Ali. Carlson Wagonlit, l'agence de voyage du ministère, est déjà en train de chercher un billet d'avion pour Alger. Le jeune homme sera prévenu la veille du départ. Les anciens lui ont expliqué qu'il pouvait refuser d'embarquer. Au pis, il risque trois mois de prison, au mieux, il sera libéré. Ce soir, au téléphone, Ali prévient sa mère qu'il risque de rentrer au bled, plus tôt que prévu, et sans cadeaux. Il est désolé, mais il retentera sa chance. Malgré l'humiliation et les contrôles, il n'a pas renoncé à la France.




Sophie des Deserts
Le Nouvel Observateur

28.12.2007

Flaschistes




De partout et venus de nulle part les flash crépitent
Dans la danse des consciences les objectifs s’invitent
Les balances ont grandi sous le signe de la méfiance
A présent, les voilà au centre de la tendance
Il suffit désormais d’un simple « clic »
Pour que la mauvaise réputation naisse du déclic
Les murs n’ont plus seulement des oreilles
Ils ont aussi des yeux vicieux qui veillent
Derrière chaque regard se cache un témoin anonyme
Peu courageux, le mobile devient arme du crime
Plus besoin de semelle de cuir pour que la liberté vacille
Il suffira du portable dernier cri pour briser une famille


Femme amoureuse se languissant devant son tendre amant
La caméra embrasse et immortalise ces délicieux moments
Le temps est passé, les baisers sont devenus rancœurs
Seul les films rappellent les anciennes heures de chaleurs
Fier l’homme satisfait d’antan se pare de l’habit de Satan
Du bout de la souris, il émet ses souvenirs d’amour brûlants
Lent processus pour délation spontanée d’âme brisée
Internet donnera la réputation à ces anciens baisés
Seuls les cachets parviendront à endormir l’humiliation
L’âme outragée s’en ira vers une toute autre destination
Alors que les images passées satisferont l’humaine perversité
Ses proches pleureront le souvenir d’une femme violée


Réunions de groupes au cours de la récré
Fini le temps des goûtés place à celui de la publicité
Prédateur en puissance face à l’œil artificiel
La proie plie sous les coups de poings et de flash cruels
Le malheureux ne sourit plus, il va gâcher la pellicule
Violents coups pour violent coup d’éclat qui fera des émules
Demain, sur son lit d’hôpital il sera proclamé star
La haine sera au cœur de la toile et au 20 heure le soir
Comme dans la chanson il sera en haut de l’affiche
Ses nouveaux tortionnaires se moquent bien qu’on les fiche
Si les cicatrices du visages se refermeront les heures passant
La rencontre de la haine et du bitume fera son temps

Douceurs d’une matinée du mois de juillet
Les rayons traversent la fente des volets
Caressent le visage d’un couple lové l’un contre l’autre
Agréable instant pour des tourtereaux comme tant d’autres
Les heures passent et les âmes se lèvent
Petite cigarette sur la terrasse pour poursuivre le rêve
Jusqu’à un bruit sourd et pourtant éloquent
La gâchette caressée immortalisa l’instant
De la passion confinée naît le brouhaha du jugement
Les une des presse à amour volés se vendent tant
Pas de chances pour ces âmes tendrement enflammées
Ils n’auraient pas du à être surnommées « célébrités »


Les pages de rêves de papier glacé passent et se tournent
Les sages sont moins censés, l’esprit passe et s’ajourne
La vidéosurveillance comme unique lien social
L’Autre est devenu le juge du bien et du mal
Jadis, les commérages se négociaient en ticket de ration
Aujourd’hui jalousies et envies assurent gratuité à la délation
Chacun doute et ne sourit plus que pour paraître innocent
Les sirènes sont silencieuses mais efficaces sont ses agents
Entre réflexions ou diffamations il faut choisir
Hélas, seule la dernière fait la gloire de la mire
La torture n’est plus nécessaire pour cadenasser la liberté
La meilleure des milices a le visage de la citoyenneté

Elbe

NB:  La version originale est disponible ici. J'ai du faire quelques modifications pour des raisons pratiques et esthétiques afin que chaque vers tienne sur une ligne.

L'art du tag

Il y a encore quelques années quand nous entendions parler de Tag les images des murs couverts de graphismes, de bon ou mauvais goût, nous venaient immédiatement en tête. C'était l'époque où les peintres en bâtiment étaient des artistes et l'expression urbaine était sauvage et authentique. Aujourd'hui encore, entre deux promenades au cœur de la ville nous avons le plaisir de voir un Batman expédier une Barbie au fond des égouts et tant d'autres signes d'inventivité.

Toutefois ce n'est pas de ces tags dont je veux vous parler, hélas non. Des murs ternes de nos villes allons au sein des écrans lumineux qui renferment le net où les promotions pour le papier WC côtoient le My-space d'un fan de Bob Marley et les clichés volés de la dernière starlette de l'heure précédente.

Web, grand melting pot ou devrais-je dire Neting pot. Dans cet univers merveilleux et parfois pathétique le tag est la balise grâce à laquelle les surfeurs des mers en HTML se repèrent. Prenez un moteur de recherche parmi tant d'autre tapez "chien dent édenté" et vous trouverez tous les blogs à se faire dans la blogosphère qui auront mis en guise de tag "chien dent édenté". Paraîtrait-il que les tags "sexe" "porno" serait les tags à la mode, il n'y a pas à faire, n'en déplaise à ses détracteurs, Internet est le reflet de nos sociétés dorées où la morale est exhibée dans les discours pendant que les pulsions se satisfont dans le noir et à l'abris des inquisiteurs. C'est donc ça la relation de l'humain et du paraître.

Intrigué? Rassurez vous nous le sommes tous. Comment de simples lettres peuvent-elles diriger un monde, douce utopie ou bien terrible constat d'une société grégaire. Nous n'en savons que trop rien si ce n'est que "Les yeux interdits" sont allés voir et vérifiés la puissance de cette force métaphysique qui guide l'Homme moderne.

Alors, nous avons réfléchi comment tester le mystère et prouver que les vagues des surfeurs se repèrent au phare du Tag. Que faire? Ma foi c'est assez simple, nous sommes le 21 décembre 2007 et la sphère médiatique comme le bar d'en face ont rempli leurs vers de palabres par les fameuses photos osées de la sirène Manaudou, comme quoi on sort que rarement de l'analogie nautique. Pour les anciens yeux interdits on appelle ça un Buzz.
Une fois avoir trouver l'appât, il nous fallait trouver le costume de l'imposture. Processus assez simple, assez classique et donc peu identifiable. Premier article sur votre Blog serviteur où nous vous promettons, au nom de la liberté de la presse (bafouée), les clichés de la championne olympique en accédant vers un autre blog ouvert spécialement à cet effet. Les tags sous cette note sont "laure""manaudou""nue""sexe""porno""érotique".

Dans le second blog, toujours pas de photos juste une invitation pour cliquer sur un autre lien, prétendument hébergé à l'étranger pour accroître une crédibilité auprès de ceux qui ont une toute petite maîtrise du Web, et doté d’un nom beaucoup plus évocateur "manaudou-nue.overblog.com". Les tags sont les mêmes pour ne pas déconcerter ces âmes à la dérive.
Nous y voilà, le grand blog où le Graal promis était censé résidé. J'imagine le cliqueur passionné qui pense avoir dépassé les barrages interdits pour satisfaire sa curiosité et qui se retrouve face à un texte nommé « Flaschistes » et même pas un bout d'épaule de la nageuse.
Bilan de l'opération: les tags accrochent ses adeptes et les mènent où les premiers le désirent et où les seconds le redoutent: la déception. Comme tout système nous pouvons le détourner de sa fonction première.

En terme de statistique nous frôlons l'éloquence:


Les yeux interdits depuis le 22/12: 2088 visiteurs uniques pour 4068 pages vues (au lieu d'une dizaine de visiteurs et d’une cinquantaine de pages vues au quotidien)


photographieduneepoque.centerblog.net depuis le 22/12: 2 102 visiteurs uniques


manaudou-nue.overblog.com depuis le 22/12:2124 visiteurs uniques pour 5698 pages vues classé au rang 45 des blogs!

Nous étions face au raz de marée grégaire où les yeux du net recherchaient ceux que beaucoup décriaient dans les rues. Ils ne s'agissait pas de faire une leçon de morale mais simplement de montrer que chacun d'entre nous, pour des raisons qui nous appartiennent, sommes des présumés complices de ces « Flaschistes » ou autres manipulations.
Complices volontaires ou attirés par la force de l'image et l'envie d'être voyeur par le trou de la serrure virtuelle, le chapeau change mais l’habit reste. La rumeur est dans le sens de l'époque: pas d'offre pas de demandes.

Je voulais juste parler de ce phénomène où tout le monde observe tout le monde, où le portable est plus vite dégainée pour prendre une photo que pour appeler un proche ou les pompiers. Tout le monde juge tout le monde par voix du Net comme si les pères la pudeur étaient plus modernes que les philosophes détenteurs d'esprit non en berne.

Combien d’entre nous se lèvent contre la vidéosurveillance partout et se laisse séduire par ces clichés volés? La meilleure des polices désormais n'a ni treillis ni armes, mais juste un portable et une folle envie de rumeurs. La liberté peut être étouffée par ses propriétaires sans même qu'un président n’ait à décréter un Etat d'urgence. Il est toujours temps de ne plus être complice passif. En attendant profitons des bras des nôtres plutôt que des clichés des autres...

« Souriez vous êtes fliqués… »

Elbe

22.12.2007

Manaudou nue

 

 

 

Ce n'est pas mon habitude mais au nom de la liberté de la presse je vous donne les photos de Laure Manaudou nue...

 Pour les voir cliquez sur le lien suivant:

 

http://photographieduneepoque.centerblog.net/

 

 

Pour ceux que ca choque, vous me connaissez alors ne me jugez pas je vous en prie

 

 

ELBE 

 

 

 

13.12.2007

Le colonel nuit gravement à la santé


      Deux mains se croisent forment une poignée et déclenchent les hostilités. Les dents grincent, les têtes se baissent, le poing aussi alors que les chèques s’esclaffent sur le dos des droits de l’Homme. Un pas déposé par le président colonel Kadhafi sur le parvis parisien et la dignité républicaine se sent fébrile dans son ensemble.

      Voilà des années que l’hexagone s’enorgueillit d’être la patrie des droits de l’homme, l’honneur de l’humanité incarné et l’opposante aux âmes belliqueuses du nouvel ordre international. Ce statut, un tant soit peu auto-défini, a parcouru les livres d’Histoire générations après générations, les lumières regardant Jaurès regardant l’Abbé Pierre. L’identité nationale mise en avant il y a encore quelques mois, ne se drape pas seulement dans un drapeau, une langue ni même un béret acoquiné d’une baguette mais aussi dans des valeurs historiquement établies et garantes d’une cohésion républicaine allant au-delà de concepts nationalistes et populistes avancés. La garantie de la dignité humaine est une de ces valeurs angulaires de la fierté française et même européenne.

     Seulement voilà, la balance commerciale pèse lourd dans l’idéologie à géométrie variable du monde moderne. Le pragmatisme devenu masque de la volonté de gestion uniquement financière sert de couverture à des négociations délicates sur un plan dignité mais fort agréable sur un plan pécunier. La France souffre économiquement et semble être prête à s’infliger le poids de personnes sacrifiées pour scarifier quelques contrats doux dans le compte en banque, rude dans la conscience.

     Oh, la question n’est pas tellement si oui ou non nous devions accepter les pétro-dollars de M. Kadhafi mais plutôt comment devions nous les recevoir. La politique d’aujourd’hui comme d’hier ne peut, hélas, se complaire dans le manichéisme et l’idéologie simpliste, séduisante, rassurante et souvent pénalisante. Dans un univers de globalisation et d’économie capitaliste cette donnée est d’autant plus vraie et se cache derrière le concept, en guise de légitimation des actes, de Realpolitik.

      Venu de l’Allemand et se traduisant littéralement par « politique pragmatique (!) », la realpolitik est le passage de l’intérêt financier et diplomatique avant l’intérêt humain voire social. En caricaturant cette conception des relations internationales, nous pourrions dire que peu importe le sang qu’il y a sur le chèque tant que les chiffres sont lisibles. Aborder le monde sous le prisme unique de l’économie porte certaines dispositions peu flatteuses et même difficilement tenables d’un point de vue strictement humanitaire.

     Cependant, la réalité étant telle, il est peu étonnant de voir la France, démocratie occidentale, se plier à l’exercice diplomatique moderne avec talent et parfois même avec excès. L’excès de zèle est toujours gênant surtout quand il est soudain.

     Le zèle et ces excès c’est s’empresser de féliciter un président en place pour sa victoire aux législatives et pour son futur poste de Premier ministre, après avoir enfermé son opposant, dans le but d’être le premier dans les flagorneries. C’est accueillir un chef d’Etat responsable de tortures, de violences et aux conceptions démocratiques limitées, en déroulant le tapis rouge et les honneurs. L’excès de zèle c’est s’offrir au monde sans se faire draguer et sans prévoir les retours et les maladresses d’une telle offrande.

      Retours et maladresses, voilà ce qui s’est invité dans la gestion des relations diplomatiques de cette nouvelle ère présidentielle jusque là exemplaire au niveau de la realpolitik. Néanmoins, l’exemplarité s’est vite transformée en contestation venue d’ailleurs. Quand Nicolas Sarkozy baise la main de Vladimir Poutine, Angela Merkel inflige un soufflet à la froideur moscovite. Quand Nicolas Sarkozy serre la pogne du guide libyen, Rama Yade et Bernard Kouchner jouent en doublette et fusillent l’amour intéressé de la diplomatie française. Quand Nicolas Sarkozy parle éducation avec le président chinois, Rama Yade parle des droits de l’Homme à sa solitude. Quand Nicolas Sarkozy parle de voyoucratie dans les banlieues, son double félicite les avancées démocratiques faites en Lybie après la libération d'infirmières torturées des années durant. La realpolitik c’est aussi s’exposer aux comportements les plus irrationnels juste pour équilibrer une balance qui ne penchera qu’un tout petit peu moins alors que l’image et l’honneur connaîtront une déclinaison plus sensible. 

     Que M. Kadhafi vienne usé ses billets sur le sol français n’est donc pas scandaleux en soi car l’argent aujourd’hui n’a plus d’odeur, ni d’honneur. Puisque tout s’achète, tout s’oublie et rien ne se plie mieux que les convictions devant les bilans financiers, admettons que la France pour l’intérêt général négocie avec le colonel, premier et unique acheteur du rafale. Toutefois, il y a un écart entre négociations et célébrations. Le tapis rouge sang s’est déroulé, les honneurs lui ont été offerts, les sourires hypocrites dessinés, l’assemblée nationale a ouvert ses portes et la majorité présidentielle s’est tue. Enfin pas vraiment, les représentants de l’UMP ont justifié la présence et la célébration de Kadhafi en expliquant que c’était certes un tortionnaire mais de moins en moins. En clair, il coupe des têtes mais il désinfecte à présent. Non, l’argent n’est pas indissociable d’une tenue diplomatique cohérente. Non, les contrats ne sont pas l’excuse des oublis de l’humanité. Non, le monde n’est pas une entreprise où les actionnaires se partagent les profits pendant que la main d’œuvre étouffe. Non, la rupture ce n’est pas la création de réseaux économique en dépit des valeurs mais justement c’est ouvrir le dialogue sans pour autant se compromettre.

      Pour finir, à voir la pléiade d’originalités et d’activités prévues par le dirigeant libyen (chasse à cour, tente climatisée, délégation hors norme) mélangé au débat voire la controverse que cette visite a provoquée, sans oublier non plus les propos provocants, même si parfois réalistes, vis à vis de la France, le vrai bilan de cette phase de Realpolitik est que Kadhafi a réussi à pointer du doigt les faiblesses du système en place qui oscille entre bonne conscience et bonne finance tout en se garantissant un retour dans le giron mondial. Non pas besoin d’être démocrate pour être un expert en relations internationales, il faut simplement être malin.


ELBE

11.12.2007

La grêve... une autre Manche

En lisant le numéro 891 du Courrier International, nous pouvons déguster un article de The Independant qui tranche avec la vision attribuée, par nos médias, aux esprits étrangers au sujet de nos récentes grêves. Alors qu'on parle d'archaïsme, de conservatisme, de corporatisme dès lors que l'on traite de mouvements sociaux en légitimant ces positions grâce à un prétendu consensus international sur la question, il semblerait qu'outre-manche certaines âmes soient moins catégoriques et dénoncent, sous forme d'humour, l'antigrêvisme primaire qui se dégage de la petite Gaulle. Nous vous proposons de lire cet article afin de vous faire votre propre opinion et vous donner un élément supplémentaire pour étayer votre réflexion autour d'un sujet complexe dans ce système mondial du début du XXI siècle: un mouvement de grêve doit-il s'adapter aux contraintes économiques de la société ou bien, au contraire, doit-il user de ces capacités de gènes pour servir ses revendications?

ELBE

Ils ont bien raison de faire grève


A chaque conflit, on entend les mêmes banalités sur l’archaïsme des syndicats… Stupidité, estime un éditorialiste britannique, qui dénonce avec humour un mauvais partage des richesses.

L’une des conséquences des grèves en France est qu’elles rendent fous ceux qui écrivent habituellement sur ce genre d’événements. On se retrouve à lire des articles du genre : “Dans une économie moderne et mondialisée, le militantisme à l’ancienne n’a strictement aucun pouvoir. C’est la raison pour laquelle ces cheminots doivent se rendre compte que, en immobilisant la totalité du pays, leurs syndicats impuissants sapent l’économie non seulement de la France, mais de l’Europe tout entière et d’une bonne partie du cosmos. Pis encore : d’autres secteurs d’activité ne manqueront pas aussi de se mettre en grève ! N’ont-ils pas lu mon livre où il est clairement expliqué pourquoi ce genre de choses est désormais impossible ? Et maintenant, à cause d’eux, je vais carrément devoir marcher pour me rendre à ma conférence intitulée : Pourquoi il est complètement absurde d’imaginer qu’une grève puisse avoir de nos jours le moindre impact !”
Parce qu’elles sont françaises, ces grèves sont menées avec un certain panache. Ainsi, les chanteurs d’opéra se sont joints aux protestations, ce qui devait donner des échanges des plus savoureux dans les piquets de grève, entre sopranos et altos : “Tu es un jauuuuuuuuune ! — Je veux travailler ! — Tu es un jauuuuuuuuuuune ! Aussi me voyez-vous dans l’obligation, cher monsieur, de vous balancer un pavé !” Et maintenant, pour protester contre la fermeture de leurs tribunaux, des avocats et même des juges ont voté la grève. Peut-être les magistrats manifesteront-ils au cri de : “Que voulons-nous ? Avant de répondre, je vous demanderai d’examiner soigneusement les pièces à conviction.” Contre les grèves, les mêmes arguments démodés ressortent toujours : les travailleurs défendent leurs privilèges, comme le droit à la retraite après des décennies de travail, et le pays ne peut plus se le permettre. Aussi le discours typique d’un économiste progouvernemental pourrait-il commencer ainsi : “Ce système de retraite date des années 1960 alors que nous étions beaucoup plus pauvres, mais, maintenant que notre société est bien plus riche, il faut le supprimer. Car personne n’ignore que plus on est riche, moins on a les moyens.”

Prendre exemple sur le Myanmar, une bonne idée !

C’est pourquoi les gagnants du Loto, dès qu’ils ont touché leur chèque, vendent tous leurs disques et éteignent le chauffage, conscients qu’ils sont de ne plus pouvoir se vautrer dans leurs anciens privilèges. Et c’est bien connu, quand on a inventé la charrue, on a réuni tous les paysans pour leur dire : “Cette petite merveille va faire le boulot en deux fois moins de temps. Et c’est formidable parce que cela signifie que désormais nous allons tous travailler cinq heures de plus par jour.”
Ces prétendus “privilèges” seraient un frein pour l’économie et la raison pour laquelle le pays va mal. Les Français devraient donc prendre exemple sur les Britanniques, parce que, grâce à nos politiques visionnaires, notre système de retraite est désastreux et nous travaillons en moyenne 2 h 38 de plus par semaine que les Français. Nous sommes donc de toute évidence bien mieux lotis. Cela dit, nous avons encore beaucoup à apprendre de ces véritables économies modernes que sont des pays comme le Myanmar, où il n’y a pas de retraites et où les gens sont contraints de travailler jour et nuit s’ils ne veulent pas être battus comme plâtre en public. Et, en plus, c’est connu : ils sont pleins aux as, les veinards !
Etant donné la détermination du nouveau gouvernement français à éradiquer cette culture d’acquis sociaux indus, Nicolas Sarkozy doit bien connaître quelques-uns des représentants de cette classe privilégiée ! Vous serez surpris d’apprendre que non : l’actuel président n’est pas copain comme cochon avec, par exemple, un cheminot lillois mal rasé, mais avec Bernard Arnault, PDG de Christian D’Or [sic], qui pèse bien 21 milliards de dollars. Son syndicat doit être drôlement archaïque.
Dans ce contexte, il peut sembler miraculeux que quiconque puisse devenir aussi riche dans un pays comme la France. On nous présente toujours ce pays comme un cas ­désespéré où les hommes d’affaires ne peuvent monter le moindre projet sans se retrouver avec des hordes de manifestants balançant dans leur jardin des dizaines de milliers de porcs brûlés. Mais l’économie française a connu une croissance similaire au reste du monde occidental. Avec, certes, une différence majeure : la fortune des 1 % de Français les plus riches n’a pas été multipliée par trois en termes réels au cours des dix dernières années, comme au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.
Le président Nicolas Sarkozy est le représentant d’une aile frustrée des hommes d’affaires qui veulent que la gestion du pays soit confiée à des financiers du genre de ceux qu’on rencontre à la City londonienne, ces fameux 1 % les plus riches. Mais une partie des grévistes semblent avoir compris que réduire les retraites, fermer des tribunaux, supprimer des milliers de postes d’instituteurs et privatiser une partie du système universitaire n’est pas une crise de folie passagère, mais fait partie d’un plan bien précis. Et puis, un gouvernement qui a l’air de dire : “La gestion de nos chemins de fer est dépassée : faisons plutôt comme les Anglais” doit être empêché de réussir.

Mark Steel


The Independent

Extrait du Courrierinternational.com

06.12.2007

Nouvelle Ève

 

Nouvelle Ève échouée dans un débris de rêve
Écroulée dans un monde aux arbres sans sève
Elle regarde les cieux fuir sous ces yeux
Sciemment, sans pleurer le temps de ses aïeux

Nouvelle Ève cherche à fuir du nouvel Eden
Haine comme carburant et fidèle rengaine
Gène contre ADN comme passeport de la bête humaine
Nouvel Eden au jardin faits de souhaits sans teint ébène

Nouvelle Ève veut cruellement se taire
Pendant que sa vie, elle, s’enterre
Terrifiée par le bruit qui la terrasse
Sa langue se lie quand on la traite de pétasse

Nouvelle Ève se prive de tout pour rien
A cause de cette revue faite de tout et de rien
Le kilo devenu arme du nouveau bourreau
Elle cache sa nourriture dans les tiroirs de son bureau

Nouvelle Ève hurle dans son silence
Quand son homme l’ignore au moment de la danse
Hier amante désirée, désormais âme dénigrée
Les baisés ont le goût d’une passion déphasée

Nouvelle Ève sourit aux yeux de la civilisation
Pleure quand celle-ci ne lui prête plus attention
Intention d’alléger le cœur des autres
Quand le sien dans la douleur se vautre

Nouvelle Ève lutte contre le temps
Demain ira mieux que le présent
Persuadée pourtant qu’elle se ment
Décompte les secondes entre elle et le firmament

Nouvelle Ève s’habille pour s’effacer
Casper aux cheveux longs et bien lissés
C’est l’absence qui l’a fait briller
Sans bruit, juste pour être oubliée

Nouvelle Ève broie du noir
Quand durement s’amorce le soir
Ambiance nocturne et mélancolique
Les larmes pour seuls narcotiques

Nouvelle Ève se penche à l’étage
15 mètres sépare âme et naufrage
nouvelle Ève perce l’atmosphère
Ève devient corps sans vie au bitume amer

ELBE

pour tous les petits bouts de femmes qui un jour deviendront grandes...courage

04.12.2007

Témoin de l'Histoire



C'est la lettre d'une femme, la lettre d'une âme, les lettres d'un drame. Emise d'un endroit isolé de la forêt amazonienne, cette lettre nous est présentée comme une preuve de vie mais se meut rapidement en signal d'alarme. Pendant que les mots parcourent les pages, l'émoi court en nous et l'envie de comprendre vient faire frisonner nos esprits. Ingrid Betancourt, c'est l'image de toutes ces voix étouffées parce que trop libre, parce que trop vivante. Ingrid Betancourt n'est rien d 'autre que l'image du silence si bruyant.
C'est l'histoire d'une femme, de milliers d'âmes mais c'est surtout c'est l'Histoire. Une Histoire que nous parcourons à travers ces lignes accompagnés d'une émotion inévitable mais aussi de notre regard de citoyen découvrant ce qu'est la vie d'une otage au 21ème siècle. Ici, sous nos yeux les pages des futurs livres d'histoire s'écrivent et ce témoignage vient se graver dans la mémoire de l'humanité pour ne pas oublier et pour continuer à lutter. Pour conclure espérons que de la base de notre pays aux plus hautes sphères étatiques, nous cesserons d'employer l'analogie faite avec les prises d'otage dès que les rails de nos trains nous susurrent le silence... la souffrance aussi a une dignité.

ELBE


« C’est un moment très dur pour moi. Ils demandent des preuves de vie brusquement et je t’écris mon âme tendue sur ce papier. Je vais mal physiquement. Je ne me suis pas réalimenté, j’ai l’appétit bloqué, les cheveux me tombent en grandes quantités
Je n’ai envie de rien. Je crois que c’est la seule chose de bien, je n’ai envie de rien car ici, dans cette jungle, l’unique réponse à tout est « non ». Il vaut mieux donc, n’avoir envie de rien pour demeurer au moins libre de désirs. Cela fait 3 ans que je demande un dictionnaire encyclopédique pour lire quelque chose, apprendre quelque chose, maintenir vive la curiosité intellectuelle. Je continue à espérer qu’au moins par compassion, ils m’en procureront un, mais il vaut mieux ne pas y penser.
Chaque chose est un miracle, même t’entendre chaque matin car la radio que j’ai est très vieille et abîmée.
Je veux te demander, Mamita Linda, que tu dises aux enfants qu’ils m’envoient trois messages hebdomadaires (…). Rien de transcendant si ce n’est ce qui leur viendra à l’esprit et ce qu’ils auront envie d’écrire (…). Je n’ai besoin de rien de plus mais j’ai besoin d’être en contact avec eux. C’est l’unique information vitale, transcendante, indispensable, le reste ne m’importe plus(…).
Comme je te disais, la vie ici n’est pas la vie, c’est un gaspillage lugubre de temps. Je vis ou survis dans un hamac tendu entre deux piquets, recouvert d’une moustiquaire et avec une tente au dessus, qui fait office de toit et me permet de penser que j’ai une maison.
J’ai une tablette où je mets mes affaires, c’est-à-dire mon sac à dos avec mes vêtements et la Bible qui est mon unique luxe. Tout est prêt pour que je parte en courrant. Ici rien n’est à soi, rien ne dure, l’incertitude et la précarité sont l’unique constante. A chaque instant, ils peuvent donner l’ordre de tout ranger [pour partir] et chacun doit dormir dans n’importe quel renfoncement, étendu n’importe où, comme n’importe quel animal (…). Mes mains suent et j’ai l’esprit embrumé, je finis par faire les choses deux fois plus doucement qu’à la normale. Les marches sont un calvaire car mon équipement est très lourd et je ne le supporte pas. Mais tout est stressant, je perds mes affaires ou ils me le prennent, comme le jeans que Mélanie m’avait offert pour Noël, que je portais quand ils m’ont pris. L’unique chose que j’ai pu garder est la veste, cela a été une bénédiction, car les nuits sont gelées et je n’ai eu rien de plus pour me couvrir.
Avant, je profitais de chaque bain dans le fleuve. Comme je suis la seule femme du groupe, je dois y aller presque totalement vêtue : short, chemise, bottes. Avant j’aimais nager dans le fleuve mais maintenant je n’ai même plus le souffle pour. Je suis faible, je ressemble à un chat face à l’eau. Moi qui aimais tant l’eau, je ne me reconnais pas. (…) Mais depuis qu’ils ont séparé les groupes, je n’ai pas eu l’intérêt ni l’énergie de faire quoi que ce soit. Je fais un peu d’étirements car le stress me bloque le cou et cela me fait très mal.
Avec les exercices d’étirement, le split et autres, je parviens à détendre un peu mon cou. (…) Je fais en sorte de rester silencieuse, je parle le moins possible pour éviter les problèmes. La présence d’une femme au milieu de tant de prisonniers masculins qui sont dans cette situation depuis 8 à 10 ans, est un problème (…). Lors des inspections, ils nous privent de ce que nous chérissons le plus. Une lettre de toi qui m’était arrivée, m’a été prise après la dernière preuve de survie, en 2003. Les dessins d’Anastasia et Stanislas [neveux d’Ingrid], les photos de Mélanie et Lorenzo, le scapulaire de mon papa, un programme de gouvernement en 190 points, ils m’ont tout pris. Chaque jour, il me reste moins de moi-même. Certains détails t’ont été racontés par Pinchao. Tout est dur.
Il est important que je dédie ces lignes à ces êtres qui sont mon oxygène, ma vie. A ceux qui me maintiennent la tête hors de l’eau, qui ne me laissent pas couler dans l’oubli, le néant et le désespoir. Ce sont toi, mes enfants, Astrid et mes petits garçons, Fab [Fabrice Delloye], Tata Nancy et Juanqui [Juan Carlos, son mari].
Chaque jour, je suis en communication avec Dieu, Jésus et la Vierge (…). Ici, tout a deux visages, la joie vient puis la douleur. La joie est triste. L’amour apaise et ouvre de nouvelles blessures… c’est vivre et mourir à nouveau.
Pendant des années, je n’ai pas pu penser aux enfants et la douleur de la mort de mon papa accaparait toute la capacité de résistance. Je pleurais en pensant à eux, je me sentais asphyxiée, sans pouvoir respirer. En moi, je me disais : « Fab est là, il veille à tout, il ne faut pas y penser ni même penser ». Je suis presque devenue folle avec la mort de mon papa. Je n’ai jamais su comme cela s’est passé, qui était là, s’il m’a laissé un message, une lettre, une bénédiction. Mais ce qui a soulagé mon tourment, a été de pensé qu’il est parti confiant en Dieu et que là-bas, je le retrouvera pour le prendre dans mes bras. Je suis certaine de cela. Te sentir a été ma force. Je n’ai pas vu de messages jusqu’à ce qu’il me mette dans le groupe de [l’otage] Lucho, Luis Eladio Pérez, le 22 août 2003. Nous avons été de très bons amis, nous avons été séparés en août. Mais durant ce temps, il a été mon soutien, mon écuyer, mon frère (…).
J’ai en mémoire l’âge de chacun de mes enfants. A chaque anniversaire, je leur chante le « Happy Birthday ». Je demande à ce qu’ils me laissent faire une gâteau. Mais depuis trois ans, à chaque fois que je le demande, la réponse est non. Ca m’est égal, s’ils amènent un biscuit ou une soupe quelconque de riz et de haricot, ce qui est habituel, je me figure que c’est un gâteau et je leur célèbre dans mon cœur, leur anniversaire.
A ma Melelinga [Mélanie], mon soleil de printemps, ma princesse de la constellation du cygne, à elle que j’aime tant, je veux te dire que je suis la maman la plus fière de cette terre (…). Et si je devais mourir aujourd’hui, je partirais satisfaite de la vie, en remerciant Dieu pour mes enfants. Je suis heureuse pour ton master à New York. C’est exactement ce que je t’aurais conseillé. Mais attention, il est très important que tu fasses ton DOCTORAT. Dans le monde actuel, même pour respirer, il faut des lettres de soutien (…). Je ne vais pas même me fatiguer à insister auprès de Loli [Lorenzo] et Méla qu’ils n’abandonnent pas avant d’avoir leur doctorat. J’aimerais que Méla me le promette.
(…) Mélanie, je t’ai toujours dit que tu étais la meilleure, bien meilleure que moi, une sorte de meilleure version de ce que j’aurais voulu être. C’est pourquoi, avec l’expérience que j’ai accumulé dans ma vie et dans la perspective que donne le monde vu à distance, je te demande, mon amour, que tu te prépares à arriver au sommet.
A mon Lorenzo, mon Loli Pop, mon ange de lumière, mon roi des eaux bleues, mon chief musician qui me chante et m’enchante, au maître de mon coeur, je veux dire que depuis qu’il est né jusqu’à aujourd’hui, il a été ma source de joies. Tout ce qui vient de lui est du baume pour mon coeur, tout me réconforte, tout m’apaise, tout me donne plaisir et placidité (…). J’ai enfin pu entendre sa voix, plusieurs fois cette année. J’en ai tremblé d’émotion. C’est mon Loli, la voix de mon enfant, mais il y a déjà un autre homme sur cette voix d’enfant. Un enrouement d’homme-homme, comme celle de mon papa (…). L’autre jour, j’ai découpé une photo dans un journal arrivé par hasard. C’est une propagande pour un parfum de Carolina Herrera « 212 Sexy men ». On y voit un jeune homme et je me suis dit : mon Lorenzo doit être comme ça. Et je l’ai gardé.
La vie est devant eux, qu’ils cherchent à arriver le plus haut. Etudier est grandir : non seulement par ce qu’on apprend intellectuellement, mais aussi par l’expérience humaine, les proches qui alimentent émotionnellement pour avoir chaque jour un plus grand contrôle sur soi, et spirituellement pour modeler un plus grand caractère de service d’autrui, où l’ego se réduit à su plus minime expression et où on grandit en humilité et force morale. L’un va avec l’autre. C’est cela vivre, grandir pour servir (…).

A mon Sébastien [fils du premier mariage de Fabrice Delloye], mon petit prince des voyages astraux et ancestraux. J’ai tant à te dire ! Premièrement, que je ne veux pas partir de ce monde sans qu’il n’ait la connaissance, la certitude et la confirmation que ce ne sont pas deux, mais trois enfants d’âme, que j’ai (…). Mais avec lui, je devrais dénouer des années de silence qui me pèsent trop depuis la prise d’otage. J’ai décidé que ma couleur favorite était le bleu de ses yeux (…). Si je venais à ne pas sortir d’ici, je te l’écris pour que tu le gardes dans ton âme, mon Babon adoré, et pour que tu comprennes, ce que j’ai compris quand ton frère et ta sœur sont nés : je t’ai toujours aimé comme le fils que tu es et que Dieu m’a donné. Le reste ne sont que des formalités.
(…) Je sais que Fab a beaucoup souffert à cause de moi. Mais que sa souffrance soit soulagée en sachant qu’il a été la source de paix pour moi. (…) Dis à Fab que sur lui, je m’appuis, sur ses épaules, je pleure, qu’il est mon soutien pour continuer à sourire de tristesse, que son amour me rend forte. Parce qu’il fait face aux nécessités de mes enfants, je peux cesser de respirer sans que la vie ne me fasse tant mal. (…)
A mon Astrica, tant de choses que je ne sais par où commencer. Tout d’abord, lui dire que « sa feuille de vie » m’a sauvé pendant la première année de prise d’otage, pendant l’année de deuil de mon papa (…). J’ai besoin de parler avec elle de tous ces moments, de la prendre dans mes bras et de pleurer jusqu’à ce que se tarisse le puits de larmes que j’ai dans mon cœur. Dans tout ce que je fais dans la journée, elle est en référence. Je pense toujours, « ça, je le faisais avec Astrid quand nous étions enfants » ou « ça, Astrid le faisait mieux que moi ». (…) Je l’ai entendu plusieurs fois à la radio. Je ressens beaucoup d’admiration pour son expression impeccable, pour la qualité de sa réflexion, pour la domination de ses émotions, pour l’élégance de ses sentiments. Je l’entends et je pense « Je veux être comme ça » (…). Je m’imagine comment vont Anastasia et Stanis. Combien cela m’a fait mal qu’ils me prennent leurs dessins. Le poème d’Anastasia disait « par un tour du sort, par un tour de magie ou par un tour de Dieu, en trois années ou trois jours, tu seras de retour parmi nous ». Le dessin de Stanis était un sauvetage en hélicoptère, moi endormie et lui en sauveur.
Mamita, il y a tant de personnes que je veux remercier de se souvenir de nous, de ne pas nous avoir abandonné. Pendant longtemps, nous avons été comme les lépreux qui enlaidissaient le bal. Nous, les séquestrés, ne sommes pas une thème « politiquement correct », cela sonne mieux de dire qu’il faut être fort face à la guérilla même s’il faut sacrifier des vies humaines. Face à cela, le silence. Seul le temps peut ouvrir les consciences et élever les esprits. Je pense à la grandeur des Etats-Unis, par exemple. Cette grandeur n’est pas le fruit de la richesse en terres, matières premières, etc, mais plutôt le fruit de la grandeur d’âme des leaders qui ont modelé la Nation. Quand Lincoln a défendu le droit à la vie et à la liberté des esclaves noirs en Amérique, il a aussi affronté beaucoup de Floridas et Praderas [municipalités demandées par les FARC pour la zone démilitarisée]. Beaucoup d’intérêts économiques et politiques qui considéraient être supérieurs à la vie et à la liberté d’une poignée de noirs. Mais Lincoln a gagné et il reste imprimé sur le collectif de cette nation, la priorité de la vie de l’être humain sur quelque autre type d’intérêt.
En Colombie, nous devons encore penser à notre origine, à qui nous sommes et où nous voulons aller. Moi, j’aspire à ce qu’un jour, nous ayons la soif de grandeur qui fait surgir les peuples du néant pour atteindre le soleil. Quand nous ne serons inconditionnels face à la défense de la vie et de la liberté des nôtres, c’est-à-dire, quand nous serons moins individualistes et plus solidaires, moins indifférents et plus engagés, moins intolérants et plus compatissants. Alors, ce jour-là, nous serons la grande nation que nous voulons tous être. Cette grandeur est là endormie dans les cœurs. Mais les cœurs se sont endurcis et pèsent tant qu’ils ne nous permettent pas des sentiments élevés.
Mais il y a beaucoup de personnes que je voudrais remercier car ils ont contribué à réveiller les esprits et à faire grandir la Colombie. Je ne peux pas tous les mentionner [elle cite alors l’ex président Lopez et « en général, tous les ex présidents libéraux », Hernan Echevarria, les familles des députés du Valle, Monseigneur Castro et le Père Echeverri].
Mamita, hélas, ils viennent demander les lettres. Je ne vais pas pouvoir écrire tout ce que je veux. A Piedad et à Chavez, toute, toute mon affection et mon admiration. Nos vies sont là, dans leur cœur, que je sais grand et valeureux. [elle dédie alors un paragraphe de remerciements à Chavez, Alvaro Leyva, Lucho Garzon [ancien maire de Bogota] et Gustavo Petro, puis mentionne des journalistes].
Mon cœur appartient aussi à la France (…). Quand la nuit était la plus obscure, la France a été le phare. Quand il était mal vu de demander notre liberté, la France ne s’est pas tue. Quand ils ont accusé nos familles de faire du mal à la Colombie, la France les a soutenu et consolé.
Je ne pourrais pas croire qu’il est possible de se libérer un jour d’ici, si je ne connaissais pas l’histoire de la France et de son peuple. J’ai demandé à Dieu qu’il me recouvre de la même force que celle avec laquelle la France a su supporter l’adversité, pour me sentir plus digne d’être comptée parmi ses enfants. J’aime la France de toute mon âme, les voix de mon être cherchent à se nourrir des composants de son caractère national, elle qui cherche toujours à se guider par principes et non par intérêts. J’aime la France avec mon cœur, car j’admire la capacité de mobilisation d’un peuple qui, comme disait Camus, sait que vivre, c’est s’engager. (…) Toutes ces années ont été terribles mais je ne crois pas que je pourrais être encore vivante sans l’engagement qu’ils nous ont apporté à nous tous qui ici, vivons comme des morts.
(…) Je sais que ce que nous vivons est plein d’inconnues, mais l’histoire a ses temps propres de maturation et le président Sarkozy est sur le Méridien de l’Histoire. Avec le président Chavez, le président Bush et la solidarité de tout le continent, nous pourrions assister à un miracle.

Durant plusieurs années, j’ai pensé que tant que j’étais vivante, tant que je continuerai à respirer, je dois continuer à héberger l’espoir. Je n’ai plus les mêmes forces, cela m’est très difficile de continuer à croire, mais je voudrais qu’ils ressentent que ce qu’ils ont faire pour nous, fait la différence. Nous nous sommes sentis des êtres humains (…).
Mamita, j’aurais plus de choses à dire. T’expliquer que cela fait longtemps que je n’ai pas de nouvelles de Clara et de son bébé (…). Bon, Mamita, que Dieu nous vienne en aide, nous guide, nous donne la patience et nous recouvre. Pour toujours et à jamais."

Ingrid Betancourt

DOUBLE!

 

 

 

     AUJOURD'HUI CA FAIT DEUX 2 ANS D' AMOUR AVEC LA FEMME DE MA VIE

 

 JOYEUX ANNIVERSAIRE BOUNETTE!

 

      NE CHANGE RIEN.... en tout cas pas de mec ;-)

 

 

JE T'AIME PUCE!!!!!!

 

PEACE & LOVE à TOUS MAIS AUJOURD'HUI C'EST POUR NOUS ET QUE NOUS 2!!!!!

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