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27.11.2007
Opinion Way: sondeurs ou escrocs?

Souvenez-vous du lendemain du débat entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal fin avril 2007. Mais si replongez-vous dans cette période électrique et électorale. La madone poussait sa colère saine, le futur heureux élu soupirait, agitait les jambes et exhibait sa montre « brillamment » sélectionnée pendant que deux journalistes parodiaient à merveille les aléas passifs du spectateur de tennis lambda. Vous voilà replongez dans ce passé proche et pourtant si lointain. À présent, un dernier effort mémoriel. Souvenez-vous de ce sondage paru quelques heures après cette partie de ping-pong sans filet annonçant que 53% des français donnait Nicolas Sarkozy vainqueur du débat au détriment de la dame du Poitou. Cette enquête fut alors reprise par foule de médias et tranchait avec la prudence, voire les thèses inverses, qu’arboraient les autres instituts de sondages. Ce sondage était le fruit d’un nouveau venu dans le paysage fébrile des enquêteurs français : Opinion Way. Ce dernier intrigue, perturbe et agace dans les milieux journalistiques, politique entre autres, mais pourquoi ?
Chaque sondeur serait capable de vous expliquer les différentes possibilités qui s’offre à lui pour construire un échantillon auprès duquel l’enquête est menée, traiter les données ou encore effectuer ces si délicats redressements. Bref, les sondages sont scientifiquement encadrés par des règles méthodologiques strictes qui visent, dans la mesure du possible, à limiter et encadrer les erreurs intrinsèques à de telles enquêtes. D’ailleurs, dans l’objectif d’améliorer et de mieux contenir les sondages, la France impose depuis 1977 à tout institut de sondage d’exposer, devant la Commission des sondages, la méthodologie employée, les données brutes, ou encore la proportion de personnes ayant répondu aux questions .(1)
Tout institut de sondage oui, sauf un irréductible qui échappe à la règle expliquée ci-dessus : Opinion Way. Qui est cet institut ? Comment fonctionne-t-il ? Quelle indépendance ? Tant de question pour tant de réponses difficiles à débusquer qui construisent, de fait, une sorte d’aura suspecte autour de ce nouveau venu en terrain déjà miné. Opinion Way est un mystère parce qu’il agit en grande partie par le biais d’enquête Internet. Il n’apparaît pas aberrant qu’un institut de sondage puisse, à première vue, avoir recours à cette technologie. Pourtant, si nous regardons de plus près les contraintes de la toile, nous pouvons nous interroger sur la pertinence d’une telle association.
Internet a connu depuis quelques années, en France notamment, une démocratisation qu’il serait difficile aujourd’hui d’ignorer. C’est ainsi qu’il est aujourd’hui le quatrième média mais également, particularité de celui-ci, un nouveau moyen de communication. Cependant, nous ne pouvons communiquer, par le web, avec l’ensemble des catégories des français puisque si démocratisation il y a certaines catégories, les + de 65 ans par exemple, sont quelques peu exclus de cette révolution culturelle. Nous sommes là, face à une première limite des enquêtes par Internet, celle d’un silence forcé pour différentes catégories pourtant nécessaire pour la fiabilité de l’enquête. L’autre limite, de taille, est l’inexistence d’un annuaire répertoriant les internautes. Or, comment établir un échantillon de la population mère (population étudiée) si nous n’avons pas une base de donnée si ce n’est exhaustive au moins minimale.
Opinion Way a trouvé des solutions à ce problème de lien avec l’interrogé. De façon caricaturale, nous pourrions résumer le credo de ce nouvel institut de la manière suivante « si je ne peux aller à la rencontre des potentiels enquêtés alors je les ferais venir à moi ». Partant de ce principe, O.W. a recours à des annonces publicitaires ou bien des campagnes de mailing pour attirer ceux qu’ils ne peuvent saisir. Seul bémol, la représentativité de l’échantillon est dans le cas présent fortement restreinte voire nulle. En effet, il n’y a pas ici une catégorisation de la part du sondeur des interrogés mais une inscription volontaire de ces derniers pour faire ces enquêtes. Or, même si les enquêteurs procèdent à une sélection post-inscription, il est fort peu probable que toutes les catégories soient représentées et donc que l’échantillon soit réellement représentatif de la population étudiée. A ce biais théorique, s’ajoute la façon par laquelle l’institut de sondage en question tente de séduire le panel. Dans le but d’obtenir une population conséquente, Opinion Way ne cache pas son recours à la pratique dit de l’ « incentive », soit l’offre de cadeaux ou de bons de réductions, dans l’élaboration du fameux échantillon. Cette pratique sanctionne une nouvelle fois le potentiel représentatif des individus interrogés puisque suivant les cadeaux proposés, les interrogés seront de telles ou telles catégories socio-professsionnelles, tel ou tel âge etc. Ces différents soucis de construction du panel menacent, dans un premier temps, la représentativité mais surtout - in fine - rendent les résultats beaucoup plus fébriles et contestables.
La principale critique faite à cet institut de sondages est sa capacité à sortir un sondage en faveur des positions de Nicolas Sarkozy candidat et à présent président. Alors est ce qu’Opinion Way est au service de ce dernier et de ses idéaux ou bien est-ce une fâcheuse coïncidence. Il semble qu’ici les répercussions des limites vues plus tôt entrent en jeu. En effet, comme nous avons pu l’expliquer selon les cadeaux offerts une certaine frange de la population sera attirée et donc une certaine pensée dominera le panel. De plus, selon Hugues Cazenave, directeur d’Opinion Way, les personnes répondant aux enquêtes en lignes sans rétributions sont généralement des personnes âgées ou encore retraitées. Or, selon les résultats des élections présidentielles de 2007 c’est cette tranche de la population qui serait la plus séduite par le nouveau chef de l’Etat. Alors, avons-nous à faire à un institut de sondage à la botte d’un courant politique ou bien simplement à une méthode défaillante et plus attrayante pour certaines catégories de la population qui se trouvent être une base importante de l’électorat de droite ? Toujours est-il que cet institut de sondages montre les limites des enquêtes dites « on line ».
Pour conclure, il est important de pointer du doigt un fait qui peut avoir un certain écho dans les résultats des enquêtes, celui des financements et des rapports avec les politiques des sondages. En effet, il est assez troublant de constater que l’institut CSA est détenu à 44% par le groupe Bolloré, que IFOP est dirigée par Laurence Parisot, présidente du MEDEF ou encore qu’Hugues Cazenave, président d’Opinion Way, est passé par le cabinet du beau-frère de Monsieur Bolloré Gérard Longuet. Il ne s’agit pas là d’établir, de façon hâtive, une théorie du complot mais simplement de s’interroger sur certains conflits d’intérêt palpable dans le monde audio-visuel mais également dans le domaine des enquêtes d’opinion qui sont aujourd’hui sacralisées de façon démesurée.
ELBE
01:32 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sondages, opinion, way, csa, ifop, sarkozy, 2007














Commentaires
Nous ne serions trop te conseiller cette lecture :
http://sabotage-blog.blogspot.com
L'article "Pour en finir avec Opinion Way" est assez exhaustif...
Ecrit par : sabotage | 29.11.2007
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