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21.11.2007
Entre formes et réformes

Depuis plusieurs semaines l’Université française vit, conteste et se divise. Le paysage se résume dans le prisme médiatique par un amas de chaises devant les portes des facultés très vite défini par les objectifs manichéens des caméras comme l’allégorie d’une vendetta sur la démocratie.
Tentons de mettre en suspend le « prêt à penser » hertzien pour parvenir à comprendre, saisir les différentes variables qui font et défont ce mouvement estudiantin.
Cherchons quels peuvent être les limites et les apports des moyens mis à disposition de cette mobilisation. Interrogeons-nous, au-delà des formes, aux positions qui traversent cet instant social. Bref, faisons l’autopsie de cette action étudiante sans en dénaturer le corps qui est encore vivant.
Ces formes qui font (ré)agir
En parcourant furtivement la grande toile, il est facile de constater que la forme des actions, lors des mouvements sociaux, semblent sans cesse être confrontés aux interrogations et polémiques, ce dès l’essor d’un conflit de ce type.
Le milieu universitaire n’échappe pas à cette règle. Du CPE à 1995 en passant par la Loi Devaquet, à chaque fois les moyens de la mobilisation furent critiqués, montrés du doigt et érigés en atteinte à la liberté...
« Blocage » c’est de ce mot que naissent diatribes, controverses et contestations. Bloquer consiste à empêcher l’accès de la faculté aux étudiants dans le but de provoquer le débat, attirer l’attention des pouvoirs politiques et médiatiques. Toutefois, cette méthode est également perçue comme une atteinte à la liberté d’étudier pouvant être le fruit d’une minorité de la communauté universitaire.
Ici, l’antagonisme est réel et porte en lui tant de contradictions et de réalités qu’il demeure difficile, voire impossible, de tracer une ligne fixe qui déterminerait les bons et les méchants à la manière de Walt Disney.
Le blocage est un moyen d’action qui s’inscrit dans un contexte de revendications sociales tenues soit par une majorité soit par une minorité d’étudiants. Plus le tissus médiatique progresse, plus l’individualisme gagne du terrain sur la norme, moins le débat est existant et plus spectaculaire est sollicité pour la reconnaissance du mouvement. En effet, l’Université est un lieu où beaucoup d’étudiants viennent, cueillent du savoir, et s’en vont au quotidien profitant d’une vie sociale hors université. Si ce n’est, peut être, pas la majorité des âmes étudiantes, c’est tout de même une catégorie de la population non négligeable qui est susceptible de passer à côté d’une mobilisation autour d’idées qui peuvent leurs être pourtant très proches. Le blocage peut donc permettre l’instauration d’un débat et la diffusion des informations. L’aspect médiatique n’est pas à ignorer non plus tant les mouvements sociaux changent à mesure que la sphère médiatique évolue. Aujourd’hui, pour qu’un conflit existe sur la durée il faut parvenir à mobiliser l’œil du monde : les mass-média. Or, est ce la faute des grévistes si ces derniers privilégient le spectacle au devoir d’information ? Les blocages s’inscrivent donc dans une logique de débat et d’existence médiatique.
Cependant le blocage est une méthode qui mobilise une forte opposition et de vives critiques, elles aussi viables, montrant la complexité du débat. Le blocage est vu comme une atteinte à la liberté d’étudier. Cette liberté et en effet mise entre parenthèse face à l’occupation des locaux universitaires où se tiennent habituellement les cours. L’Université française se revendique d’être un lieu de débats et d’expression libre. Ce fait est vérifiable. Cependant, il est vrai que le blocage, lorsqu’il intervient subitement, devient alors un moyen privatif d’échanges et de débats hors Assemblées générales et surtout peut provoquer une réflexion dans l’urgence jamais très bonne pour la cohésion du mouvement. Ce dernier phénomène peut se traduire par une réflexion maîtrisée par les leaders mais beaucoup moins par une partie des participants « plus suiveurs » qui peuvent à la longue être une faiblesse pour le mouvement car donnant la sensation d’une mobilisation uniquement syndicale, le blocage jouera alors contre ses premières volontés. L’instauration subite du blocage c’est aussi ouvrir la porte, comme ces temps ci par exemple, à un faux débat sur les moyens de mobilisation et non la fin. Ceci entraîne donc une césure dans la communauté universitaire et donc affaiblit le mouvement.
Ces différentes données, non exhaustives, semblent mettre en exergue les difficultés face auxquelles sont confrontées les mouvements pro et anti-bloqueurs. Ainsi, nous pouvons nous demander si le blocage n’est pas un moyen extrême de mobilisation, dans le sens où celui-ci ne devrait intervenir pour être véritablement efficace qu’après une série de mobilisations, de réunions d’informations et de manifestations restée lettre morte chez les différents pouvoirs. De cette manière, la légitimité du mouvement serait beaucoup moins contestable. Dans une autre logique, le mouvement étudiant ne devrait-il pas, avant de se radicaliser, s’interroger sur le principe de blocage filtrant. Même s’il est à présent un peu tard pour appliquer la réflexion à la mobilisation actuelle, les prochains mouvements pourraient inclure les différentes controverses pour fédérer en plus grand nombre. Cependant vu le contexte actuel, l'efficacité fort limité du blocage et la fermeture progressive du dialogue ne serait il pas interessant d'abandonner ce moyen d'action et en chercher d'autres car à présent seuls les étudiants sont pénalisés et les débats s'éternisent sur les méthodes non sur le fond.
L’autre débat sur la forme concerne l’expression démocratique. Étonnant de voir que deux camps se déchirent le mot démocratie estimant sans doute qu’elle ne peut être qu’uniforme.
La première forme de démocratie est celle appelée Assemblée Générale. Ici, cette organisation vient contrer l’idée ambiante qualifiant les bloqueurs de « khmers rouges »(sic) ou encore de fascistes. En effet, ces AG, ouvertes à tous, sont les lieux où débattent et votent les étudiants présents des questions autour de la Loi critiquée et des moyens d’actions. Certes, au sein de ces assemblées générales il n’est pas rare d’assister à des querelles syndicales, à des déclamations semblables à des bons exercices théoriques et le tout sous des hourras ou des huées c’est selon. Toutefois, derrière ce spectacle, c’est ici que le mouvement peut se comprendre par l’écoute des différents acteurs, la compréhension des différents courants d’opinion et par la conversation avec d’autres personnes venues participer à ces AG. Ces réunions c’est l’occasion du vote et tout le monde peut venir exprimer son opinion. La modalité de celui-ci est tout de même critiquée. Il est vrai que le vote à main levée, puisque c’est de ceci dont nous parlons, demande un certain aplomb au milieu de partisans et d’opposants qui peut gêner certains individus, mais ce type de vote n’est pas illégitime pour autant puisque utilisée par l’Assemblée Nationale. Le véritable problème peut surgir lorsque les suffrages sont très partagés, mais ce cas reste très marginal. Les assemblées générales malgré les aspects critiquables ne sont donc pas en contradiction avec la notion de démocratie.
La seconde forme de démocratie est le vote. Pour la génération étudiante contemporaine, le paysage démocratique est constitué d’un isoloir, d’une enveloppe, d’un bulletin et d’une urne. La démocratie adopte cette forme qui est fort peu contestable même si, il est vrai, celui-ci supprime l’élan collectif qui accompagne une mobilisation sociale. Toujours est-il que le principe même du vote anonyme est difficilement contestable. Néanmoins pour une légitimité du vote, il est nécessaire de réunir plusieurs critères :
- un vote dit traditionnel au sein des universités (vote papier et isoloir) et non virtuel. En effet, toujours dans l’objectif de confronter les opinions et non de rester cloîtrés chez soi en attendant que le temps décide, il paraît important que le vote se passe sur les lieux du débat quitte à ouvrir le scrutin sur deux jours pour que les étudiants-travailleurs puissent y participer.
- Les questions posées doivent être de deux ordres afin de retranscrire totalement la réalité du mouvement étudiant. Dans un premier temps une question autour des moyens de la mobilisation et ensuite une question sur la position des étudiants par rapport à la Loi Pécresse, en l’occurrence. En effet, quelle légitimité aurait un vote qui occulterait le débat de fond pour uniquement la forme. Il est vrai que la loi a été votée, mais dans ce sens de l’autonomie n’est ce pas le rôle de l’université française d’interroger ses étudiants sur ses positions vis à vis de cette loi. Passer sous silence ceci c’est comme si un médecin ne prescrivait que des anti-douleurs lorsque son patient se casse le bras : les cris s’estompent mais la fracture reste. C’est une question de légitimité qui plus est utile pour démontrer que ce vote ne sera pas agité comme passe droit pour l’intervention policière regrettable dans le cadre universitaire de débat. L’université française se doit de retranscrire l’ensemble de la mobilisation estudiantine afin que le monde extérieur comprenne ce qui se passe et que la démocratie soit totalement impartiale.
La démocratie n’est pas seulement le débat des moyens mais également celui des idées, le vote devrait en être l’écho.
ELBE
17:10 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blocage, antiblocage, unef, fse, uni, pécresse, lau











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