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21.11.2007
Entre formes et réformes (partie II)

Ce fond qui fuit
Depuis le début de la mobilisation étudiante, les médias traitent en grande partie des moyens de celle-ci. Comme nous en avons déjà parlé, intéressons-nous à présent au fond de cette réforme et aux revendications des opposants. Afin de mieux comprendre le texte de loi et les arguments des partisans, vous pouvez aller sur http://www.nouvelleuniversite.gouv.fr/. En ce qui nous concerne nous nous concentrerons sur quelques critiques faites à la LAU, puisqu’il est toujours plus pertinent d’aborder les failles d’un processus que de jouer les simples bénis oui-oui.
La LRU, la LAU, la Loi Pécresse et toutes les dérives nominatives s’est fixée pour but l’autonomie des universités et ce notamment en ayant recours à des investissements privés. Cette Loi connaît de nombreuses critiques.
La première de celles-ci est la fenêtre temporelle durant laquelle se sont déroulées les concertations, soit début juillet 2007. Il est évident qu’il faut bien un temps pour négocier et qu’il faut bien qu’il arrive. Cependant, n’est ce pas étonnant pour une loi jugée primordiale pour la survie universitaire que celle-ci soit votée durant la période estivale, période peu propice à la mobilisation et réflexion étudiante. En effet, entre les étudiants rentrés voir leurs familles, les travailleurs et également les vacanciers, la communauté universitaire est dispersée et peu mobilisable. C’est peut être regrettable mais c’est un fait qui existe depuis la nuit des temps et il apparaît peut crédible d’avancer que le ministère ignorait cette donnée ou bien la maîtrise du milieu universitaire serait fort inquiétante. Cet épisode, anecdotique pour certains, est au mieux une maladresse au pire une volonté délibérée d’exclure les étudiants de leur avenir. C’est de ce phénomène temporel que s’explique en partie une mobilisation si tardive mêlée également par une certaine volonté de participer au mouvement social plus général dans l’hexagone.
La seconde est l’aspect très vague, très creux de cette loi qui nous laisse un sentiment de contentement général recherché. En effet, ce texte est si épuré, si imprécis que chacun peut y trouver ce qu’il veut y trouver, ainsi tout débat autour de la loi et des ambitions de celles-ci est facilement contournable par le ministère qui peut, alors, ajuster l’argumentaire aux guises de ce texte à géométrie variable. Il est regrettable qu’un texte présenté comme une pierre angulaire ne soit pas aussi précis que l’ambition initiale mais après tout n’est ce pas là la caractéristique fondamentale du droit ?
Le troisième concerne l’engagement de l’Etat face à l’autonomie des universités. Ce texte de loi permet aux universités de devenir propriétaires de leurs bâtiments. L’idée en elle-même n’est pas plus farfelue qu’une autre, cependant l’état de délabrement avancé de certaines facultés françaises pose un problème : comment une faculté peut-elle faire face seule à la restauration d’un campus entier ? Ici encore, la loi demeure vague et n’engage pas l’Etat à réhabiliter les locaux avant leur cession, pourtant l’efficacité de l’Université parait inévitablement liée à un cadre d’étude de qualité. L’engagement de l’Etat est également remis en cause face aux constats de l’absence de quelconques traces de réflexions autour de l’amélioration de la situation étudiante parfois désastreuse (logements, travailleurs, bourses etc.)
Un quatrième point, met en exergue l’investissement privé. Contrairement à l’ambiance générale du mouvement, il ne semble pas question, pour l’instant, de privatisation totale de l’université. En effet, il n’y aurait rien de scandaleux à voir l’arrivée de fonds privée au sein de l’université française mais sous certaines conditions. Pourquoi ne pas faire de cet investissement un investissement anonyme, c’est à dire sans la présence du donateur dans le conseil d’administration, sans influence de ce même membre sur les programmes de la faculté et ajouter la garantie d’une égale redistribution sur toutes les facultés de l’Université ayant perçue le don (soit par investissement de l’Etat, soit par redistribution du don lui-même). Le privé peut être une chance pour l’université si celui-ci est contrôlé et ne fait pas de l’autonomie de l’université un simple transfert de dépendance entre l’Etat et les entreprises.
Un cinquième volet plus administratif intrigue. Il s’agit d’abord du statut des professeurs et des personnels qui semblent voir progressivement évincé le statut de fonctionnaire pourtant essentiel pour la continuité de l’université française. Être fonctionnaire est important pour les professeurs-chercheurs. En effet, la recherche nécessite une certaine mobilisation réflexive qui s’avère plus compliquée lorsqu’elle est perturbée par des pensées strictement alimentaires et une situation précaire. Il est donc important pour la recherche que le statut des fonctionnaires soient conservé pour les professeurs dans le but de poursuivre des recherches pas forcément rentables à court terme mais très utiles pour la compréhension du monde, pour les sciences humaines, ou pour aboutir un jour à une découverte essentielle, car derrière chaque chercheur se cache un trouveur en puissance. De plus la LRU autorise les établissements a engagé, sous la base d’un contrat, une personne issue de la société civile pour devenir professeur. Il est vrai qu’il est plus qu’utile de rapprocher l’université de la réalité, cependant quelle considération porte la réforme aux capacités pédagogiques d’un enseignant. La pédagogie, utile et nécessaire pour l’objectivité et la compréhensibilité des cours, ne s’invente pas, elle s’apprend. Pourquoi ne pas faciliter les interventions extérieures en développant les conférences si celles-ci ne se substituent pas aux cours. Enfin, le cas de la présidence de l’université est également problématique. En effet, cette réforme consacre le président en un véritable manager d’entreprise, puisqu’il peut recruter qui il veut sans même consulter le conseil prévu à cet effet, et non plus un responsable d’une équipe et d’une politique universitaire définie de manière collégiale. De plus ce même président peut être issu d’un milieu autre qu’universitaire ce qui peut entraîner des risques dans la cohérence de l’université entre ses différentes composantes.
Pour conclure, alors que cette loi est présentée comme étant la réponse aux principaux maux de notre université, il semblerait que beaucoup d’étapes ont été oubliées. La lutte contre l’échec au premier cycle est un des atouts annoncés de cette loi. Or, il semble utopique voire infondé de prétendre que l’investissement du privé va, à lui tout seul, régler le problème. Différentes mesures seraient à mettre en place. Pour lutter contre ce phénomène, il faudrait essayer aux maximum, notamment grâce aux bourses, de diminuer le nombre d’étudiants-travailleurs touchés par ce fort échec, mettre en place des soutiens pour ces mêmes étudiants travailleurs dispensés des travaux dirigés, encadrer plus les étudiants de première année (tutorat ?) afin de rendre plus douce la cassure entre la terminale et la faculté, accentuer le nombre d’heure de langue dans un contexte de mobilité et de mondialisation grandissant…
Oui il y a une réforme de l’université à faire, oui les critiques sont nombreuses sur cette loi mais elles ne sont pas pour autant inscrites, pour la majorité, dans le conservatisme mais plutôt dans un contexte de crainte par rapport à la marchandisation de l’université. Ce n’est pas du conservatisme que de penser que cette loi est plus idéologique que réellement pragmatique. La sensation qui traverse ce mouvement est celui d’un mécanicien qui ferait le plein de sa voiture avant de l’avoir construite. Si urgence il y a, est ce en se précipitant, en faisant passer coûte que coûte une loi provoquant doutes et inquiétudes que l’université sera réellement réformée ou bien est ce en établissant un processus qui organiserait l’université dans le but de l’autonomie de façon progressive et non soudaine afin de garantir les missions premières de l’université?
Pour conclure, nous avons pu voir que les moyens de la mobilisation étudiante sont critiquables pour leurs précocités, ce qui a eu pour effet néfaste de diviser la communauté universitaire et détourner les débats sur ces moyens plutôt que sur le fond.
Cependant, cette mobilisation repose sur de véritables convictions et craintes. Les médias et les représentants du gouvernement qualifient ce mouvement de « politique ». il est vrai qu’il revêt également un habit plus global, plus politique mais est ce honteux. Qu’un jour on stigmatise la sacro-sainte catégorie « des jeunes » pour leur abandon dans la superficialité et que le lendemain on dénigre ce même groupe parce qu’il s’interesse et se mobilise n’est ce pas contradictoire ? Il est sain pour la démocratie que les voix s’élèvent, que les contestations réagissent de toutes parts, qu’il existe des oppositions également à ces grèves le tout étant d’aboutir à un dialogue mais également à une prise en considération non idéologique des craintes d’un mouvement étudiant moins, gauchistes, « khmers rouges » ou fascistes que citoyens et actifs.
ELBE
( cette réflexion est personelle et s'inscrit dans une logique de débat, retrouvez le texte de loi dans la catégorie documents, en attendant pensons, parlons car la division c'est autant de chances pour l'imperfection... prouvons que la jeunesse sait s'écouter même dans la différence!)
17:00 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blocage, antiblocage, unef, fse, uni, pécresse, lau











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