20.10.2007
Maux de guerre / gare aux mots

Entre un divorce et un drop, la vie sociale française semble se réanimer et retrouver ses habits d’antan. Les rues se remplissent à nouveaux de cris, de mégaphones et de rouge. Les plateaux télé et radios ré-entendent les justifications de la majorité en place et les journaux font leurs ouvertures sur le désespoir du consommateur et la désormais rituelle analogie entre grêves dans les transports et prises d’otage.
Prise d’otage, un mot si fort qu’il semblerait être en train de perdre de sa substance et devenir un concept de communication politico-médiatique très efficace. Prise d’otage pour un train qui ne foulera pas ses rails un matin ou encore un bus qui ne verra pas ses sièges usés par l’arrière train des français semble être une exagération face aux réalités de la planète qui voit, ces dernières années, une sorte d’inflation de l’ « arme de l’otage » que ce soit de la Colombie à l’Irak en passant par l’Afghanistan. C’est sans doute une guerre sémantique pas des plus prioritaires de notre monde contemporain. Il faut s’y faire les mots deviennent des objets à définition variables dépendant du contexte. On n'hésitera plus à parler d’otage pour montrer le caractère privatif d’une situation ou bien de nazi pour qualifier un président certes populiste et porteur d'une définition de la nation discutable mais sans doute pas équivalente au IIIème Reich et à ses idéologies purement raciales. Bref le mot voit sa substance se déplacer vers d’autres lieux, s’étendre en direction d’autres causes et se retrouve ainsi face à la possibilité d’une banalisation. Quel risque plus grand pour le monde des lettres que de se retrouver dans une littérature où les mots pourraient épouser toutes les situations, où l’imaginaire derrière les palabres se confondrait. Quoi de plus dangereux pour la signification du mot si l’horreur humaine vient se comparer à la privation matérielle ? A force d’étirer les concepts qui vivent derrière les mots nous arriverons à une littérature qui ne saura même plus de quoi elle parle vraiment, ou bien à la banalisation des faits historiques, ainsi qu’à l’anéantissement de toutes alternatives et à l’explosion de toutes échelles de valeur. En effet, que notre monde de verbe sera triste le jour où l’amour s’appliquera autant à sa femme qu’à son ordinateur, où la haine se confondra entre injustice et mauvaise humeur et où tant de mots qui font de notre quotidien une saveur de multiples sentiments se retrouveront réduits à un seul terme qui englobera tout ces états si proches et pourtant si étrangers les uns des autres.
Prise d’otage…construction médiatique s’il en est mais essayons de la définir. Alors que les unes de journaux parlent de ceci pour le consommateur, désormais travailleur à ses heures perdues à en croire la prédominance de cette identité d’acheteur, ne pourrions nous pas parler d’une prise d’otage des rôles.
En effet, en cette rentrée sociale et politique nous semblons vivre une lutte d’images forte. D’un côté la nouvelle présidence de la république, qui a accédé à son trône à coup de déclarations de rupture tonitruante, de cris de réformes dévastateurs et le tout appuyé par une machine médiatique extrêmement bien huilée. De l’autre côté se trouvent le noyau syndical à qui l’on promet la bataille depuis désormais plusieurs mois. Ils sont là, prêts à affronter le nouveau pouvoir. Nous voilà donc face à un système bicéphale bloqué dans des positions fermes et sans doute détentrices, en partie, de la future crédibilité des organes respectifs. Le gouvernement joue ici une première carte qui s’annonce d'hors et déjà crucial pour les réformes à venir. Il est vrai que si celui-ci recule ouvertement sur cette réforme des régimes spéciaux, l’image de rupture sera fortement entachée et les futures réformes sentiront sans doute l’odeur du mégaphone. Les syndicats, eux, jouent leur carte de l’efficacité en tant qu'opposants. Une efficacité qui entraîne certaines divisions au sein de ce milieu syndical. Divisions entre les jusqu’au-boutiste espérant faire de ce premier combat quinquennal un combat de rassemblement contre une politique jugée libérale et les réformateurs qui ne veulent pas forcément aller à la rupture mais surtout contrôler des réformes qu’ils jugent trop radicales et idéologiques face à la réalité de la société. Des divergences qui, pour le moment, ne mettent pas en danger l’unité syndicale qui se mobilisent sur les pavés mais qui à terme pourraient faire le jeu du gouvernement.
Toutefois où cela nous mène ? Entre un exécutif qui ne veut admettre sa possible erreur provoquée par la précipitation se mettant à la tête de simulacres de négociations et un monde syndical partagé entre jusqu’au-boutisme et volonté réformatrices moins idéologiques. Difficile de le savoir. Si pour l’instant la principale des revendications est la tenue de vraies négociations sans les limites imposées par l’Etat où le cas de la pénibilité de travail serait vraiment prise en compte, il semblerait que cette solution ,réclamée par la branche réformatrice du corps syndical, ne soit pas celle désirée par Xavier Bertrand ministre du Travail et surtout responsable de l’avenir de la politique intérieure du président Sarkozy comme nous l’avons vu plus tôt. Ce denier clame son intransigeance sur le décret relatif aux régimes spéciaux. Or, si la majorité tisse les fantasmes autour de l’unique personnage du conducteur de TGV, sorte d’ersatz du plombier polonais pour le traité constitutionnel, il ne faut pas oublier que parmi les employés de la SNCF certains demeurent confrontés à une grande pénibilité de travail. La réforme des régimes spéciaux, qui n’est pas une ânerie en soit, ne serait-elle pas plus efficace si elle s’adaptait réellement aux conditions de travail et non aux impératifs politique d’un gouvernement mis à mal dans sa crédibilité par un pouvoir d’achat stagnant et d’une frange syndicale prisonnière de visées jusqu’au-boutistes voire corporatistes. Alors oui, la prise d’otage pourrait être plus idéologique que mercantile. Deux monde aux intérêts immédiats divergents sont destinés à rester stoïques face au progrès. Ne serait-ce pas l’heure des pas en avant, des discussions fondées hors de toutes idéologies, des réformes non spectaculaires mais pragmatiques et associées au réel ? Ne serait-ce pas l’heure d’exclure le social des contraintes idéologiques pour lui offrir de la matière ?
Alors que nos mots semblent perdre leur sens pour être instrumentalisés par le petit écran, les dirigeants et les partenaires sociaux semblent perdre la tête pour garder le contrôle de l’instrument. Des régime spéciaux pourtant faibles en représentativité française choisis comme terrain de jeux, feront de ses bénéficiaires justifiés ceux qui souffriront de ce bal où les masques ont bien du mal à tomber et où chacun tient à être élu reine de la soirée. Toujours est il que la politique du tout ou rien est souvent celle du néant.
ELBE
14:55 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : grêve, manif, syndicat, sarko, bertrand, régimes, spéciaux











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