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31.08.2007

Fantasme d'avant l'aube

Pendant un mois je lui fus fidèle et me suis réveillé à ses côtés. Pendant un mois elle m’inspira soupirs et silences embrumés. Elle, femme aux yeux cernés et à l’image déformée par les parades politiciennes et communicantes, m’a dirigé et suivi dans l’expérience du travail estival. Je l’avais croisé dans ces spots de propagande pendant le temps de l’élection Mister ou Miss Présidence 2007, je l’avais fantasmé dans les livres, je l’avais imaginé et ignoré au quotidien croyant qu’elle ne me voudrait jamais comme amant. 30 jours d’étreintes et de fatigue avec elle m’ont donné la leçon de cette France qui se lève tôt.


04H00 du matin, mon portable dernier cri, essoufflé depuis un an, éveille mes sens lorsqu’il se met à hennir sa mélodie criarde et tristement quotidienne auto proclamée clairon moderne du LTFE (Lève-Toi Fainéant d’Étudiant). Désappointé, je donne une légère impulsion sur la touche « Arrêt » et dresse mon corps face à l’aube. Les cheveux se querellent, forment des épis, se divisent entre les plats et les volumineux, les rebelles et les rangés et soudain mettent en scène l’expression « avoir les cheveux en bataille ». Me voilà donc, à 4H02 du matin, chargé d’une mission de casque bleu capillaire sans même être encore ravitaillé. Ne coupons pas les cheveux en quatre, le réveil est difficile et il y a bien que cette masse de poils en guise de couvre chef qui trouve la force d’agiter les molécules d’air de ce matin à peine né. Quelques quarts d’heure s’écoulent, le corps étouffé par les odeurs de la nuit sent à présent la noix de coco de supermarché, les cheveux portent leur armistice en bandoulière, l’haleine pâteuse est devenue goutteuse, le tout sous des yeux cernés mais motivés : je suis fin prêt à rencontrer cette dame qui n’a pas manqué de promotion mais peut être un peu d’attention.


La France qui se lève tôt porte un long manteau de silence malgré les relents citadins des rues qu’elle peut traverser. Le bitume respire, quelques oiseaux viennent perturber la collecte d’apaisement urbain et parfois un engin mécanique déboule, sans aucune mesure, passant devant la lumière rouge du feu tricolore qui rêve encore du cinémomètre qui lui a tenu compagnie l’autre soir. Seuls les bruits de mes pas se font redondants. Le contact de la semelle et du goudron est régulier et lourd mais demeure unique invité de cette croisade avant l’aube. Gêné par mon culot de briseur d’harmonie je préfère m’accompagner de mon MP3 et de son bruit artificiel garant des repères nécessaires à moi, modeste étudiant diurne par habitude. Cette France là ne gène personne, nous susurre parfois la sérénité du matin au point de toucher l’angoisse de la tranquillité et de la solitude que la France d’après 8 heures fuit.


La France qui se lève tôt porte mille et un visage. La main de fatma croise la croix qui elle-même salue la kippa puis le Bouddha. Elle est de sang mêlé et ne se gène pas pour s’emmêler. Un grand canevas de différences pour une France qui se lève tôt unie. L’union des cernes sans doute puisque les yeux gonflés se croisent, ne brillent pas mais semblent porter les mêmes désirs d’oreiller. Les âmes dévalent à travers le métro, le bus, les trottoirs et toutes ont la tête aux rêves et les jambes au travail. Certains se donnent la force en allant travailler à deux, d’autres cherchent à stimuler leurs méninges à l’aide d’un roman de gare ou bien de la dernière étude des rêves qui sait… la France qui se lève tôt paraît s’occuper pour oublier l’appel de la couette.


Parmi tous ses habitants, cette France là compte ce vieil ouvrier qui bat ce rythme de l’aube depuis une trentaine d’année bien sonné se nourrissant des rêves futurs d’une retraite méritée, il y a cette infirmière qui à peine réveillée se rappelle que les soins et la mort ne connaissent pas de répit, il y aussi ce petit patron qui s’est levé tôt pour régler des papiers et réfléchir sur un bilan déficitaire, ou encore cette jeune femme maquillée comme une voiture volée au décolleté et à la jupe flashy qui rentre chez elle après avoir couvert de pas le dancefloor et de baisers son Jules, on peut y voir ce sans abri tendant déjà la main pour nous rappeler que la misère existe, même sous le clair de Lune. Il existe encore tant et tant de visages que mon regard novice d’étudiant, ne saurait décrire dans son entité ce monde qui vit pendant que l’autre commence à s’étirer.


Cette France qui se lève tôt a vu tant d’encre coulée sur elle, qu’elle s’est sentie salie, trahie mais sûrement pas comprise. Il ne s’agit pas d’un monde un et indivisible, mais d’un espace aux multiples facettes qui se contredisent et font de l’autre une menteuse. Elle a flirté avec les déclinaisons électorales, occupé les pontons du mérite mais n’a jamais eu son image. Celle d’un monde tout ce qu’il y a de plus banal avec les cernes en plus. Là aussi les âmes sont déçues, là aussi les vacances ont la côte des grands champions, là aussi les convictions sont variées…bref cette France qui se lève tôt est la même que celle qui se couche tard ou qui fait la sieste : en manque de rêves mais en vie...

ELBE

Commentaires

euh n'empeche qu'il est arrivé des matins où tu ne partais pas les bras vide mais chargé de calins endormis mais plein d'amour...

Ecrit par : bounette | 03.09.2007

A tous les lecteurs de ce blog il est en effet arrivé des matins nombreux (mais pas assez) où mes bras trouvaient ceux de ma chérie encore endormie pour tenter de prendre un peu d'énergie et beaucoup de passion avant de travailler...merci ma bounette

Ecrit par : Elbe | 03.09.2007

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