« Télé le business | Page d'accueil | Témoin clandestin »
27.06.2007
Les coulisses du pouvoir

Voilà quelques jours que le nouvel avatar de télé réalité a débarqué sur la première chaîne. L’histoire des secrets, anglicisée évidemment, a fait une entrée remarquée dans ce canevas hertzien mettant au centre de nombreux bar les débats d’un jour. Ces illustres inconnus d’hier, sont les cibles des railleries présentes et les clients en devenir de thérapies dévastatrices. Bref la télé réalité garde le concept de l’homme marchandise et le décline en introduisant le mystère sur ces êtres pourtant commun mais hélas, pour eux, sous les optiques des caméras.
Hors de question d’entrer dans les longues élucubrations autour de ce concept de la télé réalité dénuée de toute réelle authenticité, ceci a été fait tant de fois que nous aurions l’impression que la plume se mord constamment la cartouche. Intéressons-nous plutôt à une nouveauté à la fois étonnante et forte enrichissante sur les motivations et la mentalité qui habitent cette première chaîne. En effet, depuis le début de l’émission, le site Internet de TF1 nous donne l’opportunité (les fourbes diront la chance) de suivre 22 heures sur 24 les péripéties immobiles des 13 acolytes. Face au spectre de la gratuité je me suis laissé aller dans ces méandres de la toile à observer de plus près ces rats de laboratoires bipèdes.
Comprendre… je voulais saisir les motivations qui pouvaient pousser de jeunes personnes à entrer dans ce genre d’émission qui ont subies maintes et maintes critiques qui, pour la plupart du temps, réduisaient à néant la fierté des candidats. Le processus était enclenché et après le temps de chargement je fus propulsé au cœur de la maison et de ses trublions, jadis appelé loft et lofteurs mais ceci n’est qu’une ressemblance fantasmée de toute évidence.
Les premières minutes ne furent pas ennuyeuses, ni scandaleuses, elles furent tout simplement banales. Comme des gens normaux, ils faisaient chauffer les pattes avec de l’eau, parlaient avec la bouche et même respiraient de l’air. Rien de surprenant, rien de révolutionnaire juste les artifices d’une vie quotidienne dans un cadre fictif. L’impression d’appartenir à la troupe était limitée mais progressivement un autre aspect se montrait beaucoup plus instructif, même corrosif.
Enfin du croquant dans ce lourd flan télévisuel. A plusieurs reprises le son s’estompe et se tait pour laisser place à un écriteau aussi mystérieux que risible « coupure sonore nécessitée par le contrôle éditorial ». Première information, qui n’en est pas vraiment une, le terme éditorial vient poser les limites de la liberté et de la spontanéité des habitants du préfabriqué. Tout est contrôlé, rien est laissé au hasard malgré l’illusion d’improvisation qui se joint à la diffusion continue des journées de nos protagonistes. Le son se coupe quand la discussion monte d’un niveau et devient susceptible de perturber la sérénité de la ménagère de cinquante an, qui après avoir été poussée à faire les courses pour les foyers, est à présent l’alibi des communicants pour formater le contenu du petit écran, afin que les bulles et le cola se pérennisent un peu plus longtemps.
Oui, cette émission aussi superficielle et superflue soit-elle est une aubaine pour mettre en avant le contrôle de l’image et surtout les multiples significations que peut avoir un seul événement et ce suivant les images choisies. Prenons la révélation qui a mis en émois tout un petit monde médiatique : l’annonce d’un jeune transsexuel à la télévision française et de surcroît à une grande heure d’écoute. Tous les éléments du coup de publicité fantastique étaient présents pour les grand décisionnaires de l’audimat. Erwan (nom du candidat voulant devenir un garçon physiquement pour que son corps soit en cohésion avec son esprit) est, pour ainsi dire, une sorte de « Loana, Jean-Edouard et la piscine » New look. Quelques jours après le début de l’émission, une polémique déjà alimentée de toute part, et un prime pas des plus convaincants, la production tenait l’élément pour donner l’impulsion publicitairement salvatrice pour le concept. En effet, ce genre d’émission joue généralement son avenir lors des toutes premières semaines, l’adhésion du public est immédiate ou n’est pas. Alors, après qu’un candidat ait découvert le secret d’Erwan, la production a mis en scène de façon théâtrale les aveux de ce jeune homme conscient du risque qu’il prenait mais sans doute ignorant de la manipulation que son mal être s’apprêtait à subir. Aux alentours de 18 heures, après une rude journée à s’interroger sur les portées de sa future révélation, le jeune candidat était convoqué devant ses camarades mais surtout en pleine quotidienne de l’émission soit devant quelques millions de téléspectateurs pour faire, en direct, l’annonce de son secret sans doute plus lourd que tout solde positif de la production. C’est la voix tremblante qu’il avoue devant son assemblée et les paires de yeux indiscrètes qu’il se sent garçon dans un corps de femme. Juste le temps de tirer deux ou trois larmes à l’intéressé et le générique est lancé pour couper court aux explications du jeune homme concernant sa participation dans cette émission controversée.
C’est ici qu’intervient le vice d’Internet… Assez perturbé par cette coupure je me plongeai dans ce fameux live. C’est alors que j’assistai à l’éclatement d’une vérité douloureuse et hélas si attachée à une réalité quotidienne. Erwan, plein d’humilité, égraine les raisons qui l’ont poussé à venir ici. La première est celle d’adresser un message à la population française afin de solliciter un peu plus de respect. Un discours touchant, certes consensuel, mais plein de la souffrance d’un jeune adulte en proie aux jugements extérieurs. Ce qui m’a le plus intéressé c’est la seconde raison exposée. S’il était là c’est aussi pour pouvoir obtenir quelques euros afin de combler l’erreur de sa nature. C’est ici, qu’il enchaîna sur une critique vis à vis des cliniques privées qui font de la santé un commerce et sur la difficulté d’obtenir un rendez-vous à court terme dans un hôpital public qui, comme le montre Patrick Pelloux(1) dans son livre, souffre d’un déficit de moyen énorme et ce à cause d’une gestion plus financière que médicales des établissements. Erwan est même allé jusqu’à préciser que « certains se prostituent d’autres se suicident moi je préfère faire cette émission ». Je trouvais ça bien et très instructif, qu’une personne mette en avant ce problème plutôt discret dans les médias. Mais voilà, nous étions sur Internet et c’est hélas sans surprise que j’ai pu constater que lors de la quotidienne du lendemain, TF1 n’a diffusé qu’une partie du discours… la plus consensuelle le reste étant peut être trop proche de la réalité et pas assez fantasmé. Pourtant les faits sont là, en France en 2007 des personnes se sacrifient, parfois sous les caméras, souvent dans l’anonymat dans l’espoir de pouvoir toucher aux grâces de la santé… mais ce n'est pas vendeur.
Ces manipulations de l’œil et de l’esprit sont multiples dans ce programme. De façon plus légère, j’ai pu constater que dès la révélation de quelques secrets de fabrication de l’émission ou bien de critiques émises par les candidats sur le concept, le fameux bandeau « coupure sonore necessitée par le contrôle éditorial » apparaissait puisque les secrets qui peuvent se révéler sont ceux qui ont le droit de cité dans l’audimat. Enfin, la censure camouflée a également frappé lorsque le basketteur au costume de rappeur trop grand pour lui, Tony P, s’est fait charrier par l’un des candidats… étonnant quand on sait que c’est une signature du label de musique de TF1…
Tant de faits, tant d’observations que certains jugeront comme subjectifs, d’autres comme non fondés qui, toutefois, peuvent nous faire poser des questions sur les dérives mercantiles de la télévision excusées, sous prétexte de privatisation, d’exploiter les drames contemporains d’hommes et de femmes qui eux par contre seront très vite oubliés pour les plus chanceux, ou lâchés au milieu des bonnes consciences pour les plus télégéniques… De tout temps l’image a été au centre de tant de convoitises et de détournements qu’elle s’en est accommodée. Pourtant tout nous porte à croire que l’Homme en a déjà oublier les risques…
ELBE
(1) Patrick Pelloux, Histoires d'urgence, Le checrhe midi, 2007
16:45 Publié dans télévision | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : TF1, secret story, erwan, manipulé, argent, hôpital, Patrick Pelloux














Ecrire un commentaire