05.02.2009

Fin et début d'histoire

Tout n'est que commencement

Un an et demi d'existence. Ridicule à l'échelle humaine, inespéré dans l'univers du 2.0. Ce blog aura respiré les premiers pas d'un président, un blocage de faculté, la sortie de quelques albums de rap, le départ d'un va-t-en guerre pour l'arrivée d'un homme fait d'espoirs et d'attentes, bref parmi les brèves se sont inscrites, modestement, mais surement des bribes d'époque et quelle époque!

Ecrire pour espérer, respirer et continuer. D'une plume ou d'un clavier azerty, ce ne sont que quelques lettres, quelques chiffres tissus de réflexions plus ou moins censées. C'est par le plaisir et l'envie que ces chroniques se sont dressées sur l'écran, jamais par contrainte ni même par soucis de renouvellement. A l'instinct, c'est ça les yeux interdits.

Puis vint le temps du changement. Pas sur le fond, mais sur la forme. Quitter un support pour en embrasser un autre. Tout est question d'opportunités et d'occasions à saisir. Aller vers plus de dynamisme, épouser un apect plus magasine, qui facilitera le suivi, parvenir à un mélange entre informations, opinions et collaborations sont les motivations de ce changement d'hébergeur mais également de concept et donc de nom.

L'esprit du blog est convié au voyage et tentera ainsi de perdurer dans son nouvel habit. Ce ne sont ni des séparations, ni des oublis mais une nouvelle aventure avec un goût de déjà vu sans être ressassé. Les yeux interdits ne cligneront plus mais continueront à observer ce qui s'offre au regard voire un peu plus. Merci pour les fidèles et infidèles de ce blog et rendez-vous à www.presse-pensee.info où vous êtes conviés à participer sous forme d'articles, de commentaires, ou de simples regards, vous êtes les bienvenu(e)s.

"J'ai observé que, d'ordinaire, on se dit "au revoir" quand on espère bien qu'on ne se reverra jamais - tandis qu'en général on se revoit volontiers quand on s'est dit "adieu". " Sacha Guitry

Alors je vous dis Adieu.

Elbe

30.01.2009

Scoop: comment pallier la pub supprimée du service public

(image tirée de CQFD, journal de critique sociale)

 

26.11.2008

Assis sur ses quatre pieds

Vue sur le monde

 

Assis sur ses quatre pieds

L’Homme s’égare devenant pilier

Liée aux verres sa destinée s’épanche

Jours après jours, l’Histoire se penche

 

Aux crissements des bouteilles

Se succèdent les errements de ses pareils

Raillé pour l’addiction au comptoir

Il présentera l’addition à la grande Histoire

 

Il a mélangé le rouge et le blanc

Quand Rosa luttait pour un banc

Ria-a-t-il d’un pas sur la lune ?

Pria-t-il pour l’abbé sans rancune ?

 

Le mur est tombé bruyamment

Sur la nappe des cris d’un triste amant

La rose a éclos en pleine nuit

Au goût d’un bourbon d’ennui

 

Les rotatives tournent toute la soirée

Pour qu’au matin, la vie accompagne le rosé

Les lignes s’avalent alors comme des vers

La Bar comme gueuloir des faits divers

 

Chaque fois les mêmes gestes

Goulots, rires et pensées en zest

Moqué du fond au coin du quartier

Le fond de bouteille aide à oublier

 

Assis sur ses quatre pieds

Chroniqueur présent depuis le passé

Quand les glaçons fonderont leurs solitudes

Le tabouret laissera le monde à ses turpitudes

Elbe

 

05.11.2008

Contre point sur Obama

No Mc Cain

 

On a envie de dire "ça c'est fait", remballer ses Facebook et autres blogs de soutien, éteindre CNN, penser rapidement au rêve américain et repartir pour un tour. Beau symbole c'est vrai, libéral c'est aussi vrai, le changement faudra attendre pour voir. Il parait qu'une page se tourne, que rien ne sera pareil, en même temps le prédecesseur a laissé une Maison Blanche dans un tel état qu'il sera difficile d'en rajouter une couche. Après l'insouciance de la victoire devra venir la vigilance du devoir. En attendant de voir si la page d'Histoire promise parviendra à s'écrire et si le changement aura juste le nom où la forme, je vous propose de lire la lettre de Ralph Nader (et oui lui aussi candidat et même de gauche que nous qualifierons d'alter) où il fait part de sa septicité vis à vis d'un changement peut être trop claironné pour être honnête.  Parfois on oublie que les clivages changent à travers les frontières, on oublie que les rêves de la gauche européenne sont les cauchemards de gauche aux USA, on oublie... Il est agréable d'applaudir le symbole et l'espoir, encore plus de voir des idéaux vivre.  Wait and see...

 

Cher Sénateur Obama


Au cours de votre campagne présidentielle de presque deux ans , les mots" espoir et changement" ont été la marque de fabrique de vos déclarations. Pourtant, il y n'y a pas de concordance entre ces objectifs et votre personnalité politique qui succombe à des centres de pouvoirs en contradiction qui ne veulent ni "espoir ni changement" mais plutôt la poursuite du statut quo d'un pouvoir retranché fermement sur ses positions.

Vous avez reçu de la part des entreprises et de Wall Street des contributions intéressées bien plus importantes que celles faites à McCain, un fait sans précédent, ainsi que des contributions de sociétés d'avocats. Jamais auparavant un candidate Démocrate à la présidence n'avait obtenu cette suprématie sur son adversaire Républicain. Pourquoi, mis à part votre vote inconditionnel pour la subvention de 700 milliards à Wall Street, ces grandes compagnies ont -elle intérêt à investir autant dans le sénateur Obama ? Ce pourrait-il que dans vos antécédants comme sénateur d'un état fédéral, comme sénateur au niveau national, et compte tenue de votre campagne pour la présidentielle - favorisant le nucléaire, les industries du charbon, le forage pétrolier en mer, les subventions aux entreprises suivant le Mining Act de 1872, et évitant tout programme raisonnable de mesures sévères à prendre à l'encontre de la vague de malversations commises par les entreprises et un budget militaire surgonflé de gaspillage -- vous ayez prouvé être leur homme ?

Pour faire avancer le changement et l'espoir, le présidentiable doit faire preuve de caractère, de courage, d'intégrité - - et non pas d'expédient, d'accommodation et d'opportunisme à court terme. Prenez, par exemple, votre mutation d'un défenseur clair des droits des Palestiniens à Chicago avant que vous ne vous présentiez au Sénat US, en un acolyte, un imitateur du lobby extrêmiste AIPAC, qui prône l'oppression militariste, l'occupation, le blocus, la colonisation et l'accaparement des terres et de l'eau depuis des années contre le peuple Palestinien et leur territoires rabougris de Cisjordanie et de Gaza. Eric Alterman a fait une synthèse de nombreux sondages lors d'un article de décembre dans le Nation Magazine montrant que la majorité des juifs américains s'opposaient à la politique d'AIPAC.

Vous savez bien que c'est seulement quand le gouvernement US soutiendra les mouvements de paix israéliens et palestiniens, qui ont mis sur pied il y a plusieurs années une solution détaillée à deux états (soutenue par une majorité d'Israéliens et de Palestiniens), qu'il y aura une chance de résoudre pacifiquement ce conflit de 60 ans. Pourtant vous adoptez la position des extrémistes, à tel point que dans votre discours infâme lors de la conférence d'AIPAC (juin 2008 note ndlt), juste après avoir été élu candidat Démocrate à la présidentielle, vous avez soutenu une " Jerusalem indivisible" et vous vous êtes opposé à des négociations avec le Hamas - - le gouvernement élu à Gaza. Une nouvelle fois vous avez ignoré la volonté des israéliens qui le 1er mars 2008, lors d'un sondage réalisé pour le quotidien respecté Haaretz, ont favorisé à 64% des "négociations directes avec le Hamas". Se ranger du côté des extrêmistes d'AIPAC c'est ce que l'un des nombreux Palestiniens qui soutient le dialogue et la paix avec les Israéliens, décrivait quand il écrivait " aujourd'hui, l'antisémitisme c'est la persécution de la société palestinienne par l'Etat d'israël."

Au cours de votre visite en Israël cet été, vous n'avez programmé que 45 minutes de votre temps pour les Palestiniens, sans conférence de presse, et sans visite aux camps de réfugiés palestiniens, ce qui aurait permis que les médias attirent l'attention sur la brutalisation des Palestiniens. Votre voyage prouve votre soutien au blocus cruel illégal de Gaza en violation du Droit International et de la Charte des Nations Unies. Vous vous êtes concentré sur les victimes israéliennes au Sud dont le nombre total l'année dernière équivaut à 1 civil israélien tué pour 400 palestiniens tués dans la Bande de Gaza. Au lieu d'une attitude d'homme d'état critiquant toute violence et soutenant à la place la proposition de la Ligue Arabe de 2002, permettant la création d'un état palestinien viable dans le respect des frontières de 1967 en échange de relations économiques et diplomatiques complètes entre Israël et les états arabes, vous avez joué le rôle de politicien de pacotille, quittant la région et laissant les Palestiniens remplis d'un sentiment de choc et de peu de respect.

David Levy, un ancien négociateur de paix israélien a ansi décrit succintement votre voyage " il y a eu une manifestation presque voulue d'indifférence sur le fait qu'il y a ici deux narrations. Cela peut lui être utile comme candidat mais pas comme président".

Ali Abunimah, un commentateur américain palestinien, a noté qu'Obama n'a pas fait une seule critique à l'égard d'Israël, " de sa colonisation incessante et de la construction du mur, et des bouclages qui rend la vie intenable à des millions de Palestiniens"... Même l'Administration Bush a récemment critiqué l'utilisation de bombes à fragmentation contre les civils libanais ( http://www.atfl.org/). Mais Obama a défendu l'attaque d'Israël contre le Liban, la justifiant par le fait qu'Israël exercait son "droit légitime à l'auto défense".

Dans de nombreux articles publiés dans Haaretz, le journaliste Gideon Levy a durement critiqué les attaques par le gouvernement israélien contre des civils à Gaza, dont des attaques " en plein coeur des camps de réfugiés surpeuplés... ayant provoqué d'horribles bains de sang" début 2003.

L'écrivain et pacifiste israélien, Ury Avnery, a décrit la présence d'Obama lors de la conférence d'AIPAC comme "ayant battu tous les records d'obséquiosité et de servilité," ajoutant qu'Obama " est prêt à sacrifier les interêts américains les plus basiques. Après tout, les US ont un intérêt vital à réaliser un accord de paix israélo palestinien ce qui leur permettront de trouve le chemin des coeurs au sein des masses arabes de l'Irak au Maroc. Obama a fait du tort à son image dans le Monde Musulman, et hypothéqué son futur - - quand et s'il est élu président" a-t-il dit ajoutant " je suis certain d'une chose : les déclarations faires par Obama à la conférence d' AIPAC sont trés trés mauvaises pour la paix. Et ce qui est mauvais pour la paix est mauvais pour Israël, mauvais pour le monde et mauvais pour le Peuple Palestinien".

Autre défaillance de votre personnalité c'est la façon dont vous avez tournez le dos aux musulmans américains dans ce pays. Vous avez refusé d'envoyer des représentants pour parler aux electeurs musulmans lors d'événements organisés par eux. Vous avez rendu visite à de nombreuses églises et synagogues, vous n'avez fait aucune visite de mosquée en Amérique. Même Georges W. Bush a rendu visité à la Grande Mosquée de Washington DC après le 11 Septembre pour exprimer des sentiments naturels de tolérance devant un groupe religieux important d'innocents effrayés.

Bien que le New York Times ait publié un important article le 24 juin 2008 intitulé " les electeurs musulmans ont détecté un certain dédain de la part d'Obama" ( par Adnrea Elliott) citant des exemples de votre aversion pour ces Américains venant de différents horizons, qui servent dans les forces armées et qui travaillent pour réaliser le rêve américain. Trois jours plus tôt, l'International Herald Tribune avait publié un article de Roger Cohen intitulé " Pourquoi Obama devrait visiter une Mosquée". Aucun de ces commentaire et articles n'a changé votre bigoterie politique contre les musulmans américains - - bien que votre père ait été un musulman du Kenya. (Obama n'est pas "noir" comme on nous le serine à longueur d'infos intox mais metisse sa mère était blanche et sa grand mère maternelle dirigeait une banque, donc ce n'est pas non plus un "enfant d'Harlem" comme la propagande veut nous le faire croire, l'"image étant plus facile à "vendre" politiquement parlant semble-t-il ndlt).

Peut être que c'est le fait que vous vous êtes plié aux exigences des extrémistes pour interdire à l'ancien président Jimmy Carter de parler lors de la Convention Nationale Démocrate qui traduit le mieux votre absence complète de courage politique. C'est une tradition pour les anciens présidents, qui a été accordée à Bill Clinton cette année à une heure de grande écoute.

Voilà un président qui a négocié l'accord de paix entre Israël et l'Egypte, mais son livre récent faisait pression sur la superpuissance israélienne dominante pour éviter l'Aparthied des Palestiniens et faire la paix, raison pour laquelle il a été mis de côté. Au lieu d'une déclaration importante à la nation de Jimmy Carter sur ce problème international essentiel, il a été relégué dans un coin de la scène aprés de " formidables applaudissements" qui ont suivi la projection d'un film sur l'oeuvre du Centre Jimmy Carter post Katrina.

Honte à vous, Barack Obama.

Puis votre attitude honteuse s'est propagée à d'autres zones de la vie politique américaine. ( Voir l'analyse factuelle de ma co listière, Matt Gonzalez http://www.voternader.org). Vous avez tourné le dos à 100 millions de pauvres américains comprenant de pauvres blancs, afro américains et latinos. Vous avez toujours mentionné vouloir aider la "classe moyenne" mais vous avez omis, de façon répétée, de mentionner les "pauvres " en Amérique.

Si vous êtes élu président, cela est plus une démonstration de votre obéissance au pouvoir concentré entre les mains des "entreprises suprémacistes" que celle d'une ascension sociale à la suite d'une campagne brillante sans précédent qui parlait de "changement". Ce devrait être de ramener le pouvoir concentré dans les mains d'un petit nombre à la multitude. Ce devrait être une Maison Blanche présidée par un homme noir qui ne tourne pas le dos aux malheureux ici et à l'étranger, mais defie les forces de l'avidité, du contrôle dictatorial sur les travailleurs, les consommateurs, et les contribuables, et la politique étrangère de militarisation. Ce devrait être une Maison Blanche qui transforme la politique américaine - - s'ouvrant au financement public des élections ( par des approches volontaristes) - - et permettant aux petits candidats d'avoir la possibilité d'être entendus lors de débats et dans la plénitude de leurs libertés civiques actuellement restreintes. Appelons cela la démocratie compétitive.

Lors de votre campagne présidentielle vous avez fait preuve, encore, et encore, d'attitudes lâches.

L"'Espoir " disent certains jaillit "éternellement".

Mais pas quand la "Réalité" le consume quotidiennement.

Salutations
Ralph Nader 03/11/08
Source : http://www.uruknet.info/?p=48493

Introduction Traduction Mireille Delamarre pour www.planetenonviolence.org

18.10.2008

Dos à dos

Un peu de patriotisme?

 

Le stade de France a cette forme de soucoupe volante déposée au bord d’une autoroute. Anachronique et futuriste l’antre règne au milieu des terres dionysiennes. Symbole du succès black blanc beurre de 98, aussi vite médiatisé que brûlé, le terrain de football est la fierté du coin. Les touristes sourient allègrement aux photographes, les sportifs en herbe y font trépasser leurs rêves et les journalistes nostalgiques relisent leurs calepins se souvenant des célébrations victorieuses.

Tout un symbole ce stade. Zinédine faisait sourire Jacques quand Lilian sauvait Aimé, a en avoir des trémolos tant l’idéal métissé semblait enfin prendre forme. Puis les heures ont passé, les serpentins mondiaux se sont retirés pour laisser la grisaille du quotidien reprendre ses droits, la terre de gloire hexagonale fut très rapidement renommer 9-3 et vit les objectifs criminalisant se substituer aux reportages autour de la balle et des réussites. Le stade de France s’est mis à moins vibrer, les rêves se sont petit à petit accrochés aux murs enfantins, le football s’est vendu comme une porte de sortie sans expliquer que cette sortie était plus étroite que salvatrice.

Si quelques semaines durant, l’euphorie d’un filet vibrant a estompé les cris des alentours, un jour arrive où le silence se lasse et à son tour rêve de tour du stade, de ola, de unes et de reconnaissance. Le 93 – prononcé 9.3. dans les hautes sphères pour faire « jeune » et insister sur ce monde qui serait à part – a fini par troquer son habit de lumière pour son cri de misère. Lieux symboles des difficultés sociales des quartiers populaires où les générations se sont succédées et ont témoigné de déceptions successives, là où les différentes vagues d’immigration ont fini par échouer et ont tenté de se construire entre exclusion sociale et racisme.

La nouvelle génération a connu l’échec de grands frères motivés puis résignés, entendu parler de l’exil des anciens à travers la mémoire familiale et ont à leur tour essuyé les contradictions d’une république et son esprit qui souffre dans la réalité. Eux, pour la plupart Français, formés dans les classes de l’école française, nourris aux Lumières et autres Jaurès, restent perçus comme « issu de ». Balancés d’identités en identités par les regards des autres, toujours pesant dans les temps adolescents, par les photographies médiatiques ils passent de « français d’origine » les jours d’échecs à « français bien intégré » les périodes de succès sans parler des jours où la francité leur est retirée. Une ballade parmi les identités qui, forcément, finit par aboutir à un repli sur une identité construit par le jeune citoyen lui-même. Quand le sentiment de rejet de la part des siens émerge c’est le repli sur la différence et sur l’identité la moins proche que celle qui est refusée que l’individu met en avant, souvent celle de sa famille. Puis un jour d’automne, au milieu d’un terrain de sport, mué en espace social, pendant que les feuilles tombent les sifflets s’abattent sur un symbole de l’identité refusée : la Marseillaise.

Aux vues de l’Histoire, cet acte peut être vu comme paradoxal. L’idéal républicain porté par le drapeau tricolore et la Marseillaise véhicule justement l’unité des identités qui traversent le pays et l’enrichissent autour d’un socle d’égalité, de liberté et de fraternité. Aux vues des Histoires personnelles, l’idéal est devenu pure utopie. Les sifflets portent à la fois les rêves déçus, la sensation d’avoir été dupée et quelques attitudes provocatrices. Des sifflotis donc teintés par l’incohérence historique et poussés par un ressenti d’inégalités qui mène une population à s’en prendre au symbole d’abord d’un idéal mais aussi, depuis hélas quelques années, symboles du nationalisme et d’un Etat plus coercitif que providence. L’acte n’a peut être pas été calculé, est sans doute douloureux pour un idéal et pourtant il a des causes.

Ces causes, nombre de commentateurs avertis et irrités semblent les mettre sous le tapis, préférant les sirènes du patriotisme bêlant et de l’indignation permanente au risque de botter la sociologie sur la touche. Édito, interventions, débats, tous sont unanimes pour condamner la nappe sonore qui a accompagné Rouget Delisle lors du match France-Tunisie. Tous regrettent l’attaque du principe républicain et l’attitude désinvolte de français alors nommés « issus de » quand on ne leur ôte pas leur citoyenneté. Les tirades sont belles, enveloppés dans l’esprit cocardier primaire, les mots et paroles font bloc. « Gaminerie », « petits cons », « irrespectueux », « irréfléchis », le verbe est fourni et aime à jouer avec l’idée de non-réflexionn et de spontanéité de la foule.

Pourtant, cette attitude de dénonciation sans fond paraît, elle aussi, être inscrite dans cette logique de la passion plutôt que de la raison. Ces commentateurs du quotidien demeurent ancrés sur le fait que sont les sifflets mais refusent de réfléchir à ces causes, ces fondations du mécontentement. Comme les sifflets, les palabres tombent niant le contexte et la genèse de ces criées. Si les sifflets avaient occulté l’histoire d’un symbole, les analyses elles-aussi mettent de côté les rouages de ce qui est un symbole, celui de la souffrance et de la sensation de marginalisation rampante de l’ensemble d’une population. Une population qui n’a pas sifflé La Marseillaise dans son ensemble par ailleurs, juste quelques individus. Qu’aurions-nous dit d’une personne qui, à l’heure de la création du train, se serait émerveillait des rails à tel point qu’il en aurait oublié de regarder la locomotive. Qu’il regarde l’Histoire par le mauvais bout sans doute. En effet , les rails sont la conséquence du train et non l’inverse. Ici les sifflets sont les rails qui n’ont pu exister que par l’existence du train des raisons sociales.

Dos à dos, oubli contre oubli, ignorance contre ignorance, des débats agités pour assurer une remontée dans les sondages toujours bien vu en temps de crise, et c’est l’esprit quant à lui qui compte les points. Triste match nul car nous le savons, la cocarde n’a jamais émancipé l’Homme, la pensée en a au moins l’ambition.

Elbe

 

Source de l'image: asp.uditis.ch

Article également publié sur Agoravox